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APPEND. HT, 1] PLAN GÉNÉRAL DE LA COLONISATION

avait déjà des points d'attache àNaucratis, à Caricon, à Nikiou^ aux alentours de la Cyrénaïque, de pénétrer plus avant : elle promettait de devenir le centre du commerce de l'Arabie et de l'Ethiopie avec les côtes de la Méditerranée.

Dans le bassin de l'Euphrate et du Tigre, nous trouvons une première colonie à l'endroit où la grande route de l'Orient franchit l'Euphrate, une deuxième sur cette môme voie en Mésopotamie, une troisième là où la dite route se bifurque pour monter d'un côté en Médie et descendre de l'autre à Babylone. Une double colonie à l'embouchure du Tigre devait, comme entrepôt des opulentes provinces de Babylonie et de Susiane, comme centre du commerce de l'Inde avec la Syrie, l'Asie-Mineure, l'Europe, promettre de rivaliser avec la cité égyptieime, tandis qu'Alexandrie près Babylone pouvait également bien protéger le bassin de l'Euphrate contre les Arabes et attirer à soi les relations et les échanges avec leurs tribus. On sait quelle a rlé plus tard l'importance deKoufa, située précisément dans cette position. Le bassin du Tigre longe une large ceinture de montagnes derrière laquelle s'élève le plateau de Médie; celui-ci se dresse comme une acropole en tête des plaines intérieures de l'Iran, qui s'étalent au pied. Pour protéger la route qui y conduit et l'acropole elle-même, Alexandre contraint les montagnards récalcitrants à loger dans des villes, et il semble qu'à partir d'Alexandrie près Arbèles, une série continue de villes nouvelles se soit allongée au pied de la chaîne et jusque dans les montagnes. La Médie elle-même, comme le dit Polybe, se garnit tout autour de villes helléniques, dont nous avons pu signaler au moins une sur la grande roule qui mène à l'est du côté des défilés Gaspiens.

Par delà ces défilés, la grande route, une fois descendue au niveau de la^ plage Caspienne, suit le bord septentrional du plateau de l'Iran; puis, à l'ondroit où l'Arios fait br.^cho dans celte clôture, elle se partage en deux branches qui s'écartent des deux côtés du Paropamisos et vont, Tune au N.-E. vers l'Oxus et l'Iaxarte, l'autre au S.-E. dans la direction de l'Inde. Sur la première moitié de cette route, à la lisière du désert, qui a constamment menacé avec ses hordes touraniennes la civilisation du pays iranien, s'élève la ville où furent plus tard sinon la résidence, du moins les tombeaux des rois parthes.

Le Paropamisos, vaste région montagneuse, difficile d'accès, ne peut être englobé lui-même dans le monde qui s'hellénise ; mais il est entouré d'une ceinture de villes grecques qui protègent en même temps les voies commerciales, et Hérat, Kantlahar, Ghizni, etc., attestent aujourd'hui encore avec quelle sûreté de coup d'œil Alexandre a su choisir les points les plu» importants, tandis que Prophthasia assure les communications du côté du

1) Ce qui me permet d'ajouter ici Nixéou aux autres établissements, c'est qu'Etienne de Byzance emprunte son article à Aristagoras; or, en un autre endroit (s. v. ruvaix6iroXic), il dit d' Aristagoras qu'il n'était guère plus jeune que Platon- Cf. Strab., XVII, p. 79^.

OXFORD

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S.-O, avec Alexandrie de Carmanie. Ce sont les nœuds du grand réseau de voies naturelles qui sillonnent Tlran, et en même temps les postes les plus importants au point de vue militaire.

Les colonies apparaissent plus serrées là où il s'agit de rejoindre la route qui mène de Tlnde dans le bassin étroit el élevé du Caboul, et de la protéger soit du côté du sud, dans la direction du Paropamisos, soit du côté du nord, où e!le franchit les crêtes du Caucase pour descendre ensuite vers rOxus.

Il y a trois bassins, pourvus chacun de deux cours d*eau, qui s*étagent au-dessous de la haute citadelle de l'Iran; c'est sur eux qu'Alexandre concentre toute Ténergie de la colonisation, ne transformant le pays intermédiaire qu'autant qu'il est nécessaire pour assurer les communications entre ces trois vallées. Le bassin de l'Euphrate el du Tigre, vu sa proximité de l'Europe, est plus accessible à la colonisation ; le roi edouble d'attentioa pour le bassin de l'Oxus et de l'Iaxarte, pour celui de l'Indus et de l'Hyarotès.

Nous ne rencontrons que deux centres principaux en Bactriane et en Sogdiane : Alexandrie dans l'oasis de Merv et la ville bâtie au coude de l'Iaxarte sont les deux postes frontières opposés aux Touraniens de l'Ouest et aux Scythes du Nord. Sur le nombre considérable d'autres colonies installées dans ces régions, il n'en est guère qu'une ou deux que nous puissions localiser ; on ne voit pas bien, par exemple, si le pays a été protégé et comment il Ta été à l'E., du côté des hautes montagnes du Turkeslan, d'où sont venus plus tard les ennemis les plus dangereux de l'hellénisme implanté en Sogdiane. Il est à remarquer qu'Alexandre n'a fait aucune tentative pour naviguer sur l'Oxus et pour protéger par un établissement à son embouchure la voie commerciale qui, une vingtaine d'années après lui*, a déjà ou garde encore une importance extrême. Il se réservait de pénétrer plus tard, en partant de l'Hellade, dans le Pont et îa Colchide: sans ces points occupés, sans une flotte dans la mer Caspienne, flotte que l'on préparait déjà quelque temps avant sa mort, une colonie à l'embouchure de l'Oxus dans la mer Caspienne, séparée de la Bactriane et de la Sogdiane par le désert louranien, aurait été une sentinelle perdue.

Les plus brillantes perspectives étaient celles qu'ouvrait la conquête de l'Inde occidentale ; les villes nouvelles bâties sur l'Acésine, l'Hydaspe, l'Indus, formaient une série d'entrepôts auxquels de nombreuses colonies semées dans le bassin du grand fleuve et sur la cAte hospitalière qui l'avoisine devaient assurer un rôle important. Néarque est chargé de découvrir avec la flotte la route qui va par mer de Tembouchure de l'Indus à celle du Tigre. Une fois là, on essaie de faire le tour de l'Arabie; en même temps, Héraclide a mission de construire une flotte sur la mer Caspienne, pour explorer aussi cette mer, et déjà les mesures sont prises pour parcourir également les côtes méditerranéennes de l'Afrique : il s'agit de conquérir à l'hellénisme les

1) Strab., XI, p. 509.

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rivages qui eoserrenl le bassin de la Méditerranée aussi bien que les plaines groupées au pied des sommets de l'Iran, pour embrasser à la fois les deux grands domaines daus lesquels se meut la vie de Tancien monde. A ce moment, le roi meurt.

On dit : son empire s'est écroulé aussitôt. Mais la civilisation grecque implantée au milieu des Barbares a survécu à la dissolution de Tempire. On dit : Tétat de Tempire perse rendait son entreprise facile. Mais le fait d*avoir si bien compris cette situation ; d'avoir su non pas seulement renverser l'édifice, mais utiliser ses débris et imprimer à la vie des peuples une allure nouvelle ; d'avoir su apprécier à sa juste valeur l'inépuisable activité de la race grecque, qui, resserrée sur un petit espace, n'employait ses forces qu'à se détruire elle-même, et lui assigner une tâche où elle pût déployer son énergie créatrice, organisatrice, ce ferment de vie qui bouillonnait en elle; d avoir osé, avec une audacieuse assurance, semer dans les espaces immenses du monde barbare ces postes avancés, ces colonies sporadiques, ces petits centres de vie hellénique aux pulsations vigoureuses; d'avoir fait tout cela avec prévoyance, en sachant choisir d'un coup d'œil sûr la bonne place, avec pleine conscience du but, des moyens, et la certitude du succès, voilà précisément ce qui fait la grandeur historique d'Alexandre. Que l'on apprécie comme on voudra son caractère et sa morale; dans cette œuvre, qui est sienne, il se montre également grand par la hardiesse de ses conceptions et par l'énergie de sa volonté ; à la hauteur où il porte les aptitudes humaines, c'est un géant.

CUAPITRE DEUXIÈME

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