APFKND. ]II, 2| COLONIES DE BITHYNIE
Bithynie, dont les frontières sont des plus variables. Les rois du pays ne sont pas, il est vrai, de race grecque ; mais ils se font si bien aux mœurs nouvelles que Malalas les donne précisément pour des Macédoniens * . La première ville que nous rencontrons dans le pays est Nicomédie. D'après le Chronkon Paschale^ei TEusèbe arménien ', elle fut bâtie Tan d'Abraham 1755 ou 264 avant J.-C, dans l'angle le plus profond du golfe d'Astacos. Astacos avait été détruite par Lysimaque, probablement dans les dernières années de son règne : ce sont les Astacéniens que Nicomède, le véritable fondateur du royaume de Bithynie, appela à peupler la nouvelle ville, et celle-ci fut bâtie avec les ruines d'Astacos, en face de l'ancienne cité *. On prétend que l'emplacement de la ville neuve fut désigné par un présage analogue à celui que l'on raconte à propos d' An tioche^ et d'Alexandrie^, et les monnaies de Nicomédie, comme celles des villes précitées, montrent l'aigle qui fond sur l'autel du sacriBce pour emporter la tête de la victime au lieu prédestiné par les dieux''. Libanios, qui rapporte le fait, décrit aussi la magnîGcence de la cité : il n*y a que quatre villes plus grandes, et il n'en est point de plus belles. Il se peut qu'elle ait dû une partie de sa splendeur à l'époque impériale, mais le meilleur de sa prospérité datait cependant du temps de son fondateur*.
Dans l'intérieur de cette Bithynie occidentale, à la pointe E. du lac Ascanien, Antigone avait déjà b&ti une Antigonia, que plus tard Lysimaque appela Nicœa, du nom de son épouse '. Il y avait déjà là, à une époque antérieure, une localité du nom d*AYxtupYj«<>, ou Hélicoré'*; et l'assertion de Pline, à savoir que Nicée s'était jadis appelée Qlbia", se trouve confirmée par un texte d'Etienne de Byzance^'; cette localité préexistante a dû être absorbée également par la nouvelle ville. Quant à l'étymologie qui rapportait le nom de la ville à la nymphe Nicœa et aux relations de la dite nymphe avec Dionysos revenant de l'Inde'*, ces légendes s'expliquent par le fait que les Nicéens vénéraient le dieu comme itpoitixcap»'; les monnaies
de la ville lui donnent, ainsi qu'à Héraclès, le titre de KTICTHC- Mais elles portent aussi le nom d'Alexandre, sans l'appeler toutefois « fondateur'* », et Dion Chrysostome dit : yévwv oux àXXaxoOev âXXcov ovviXO^vtwv
1) Malal., p. 221, éd. Bonn. — â) p. 328 éd. Bonn. — 3) II, p. 120 éd. Schœne. II y a une erreur dans les données de Cédrénus (p. 292 éd. Bonn.). — 4) C'est ce que dit Memnon dans Photius: ivxixpù *A<rrâxou. Pausanias ( V, 12) et Trebellius Pollion ( Vit. Gallien. 4 ) prétendent que le nom seul d'Astacos a été changé, mais c est une erreur. Pausanias ( V, 12, 5 ) appelle Astacos une fondation de Zipœtès, « un Thrace, à en juger par le nom ». — 5) Malal., p. 202 éd. Bonn. — 6) Jll. Val., I, 30.— 7) Liban., Ora/. VI. — 8) Sur le tombeau de la reine, voy. Tzetzes, Chil, HI, 960. — 9) Voy. ci-dessus, p. 489, 2. — 10) Steph. Byz. 8. V. Nîxaia. —-11) D'après une ancienne scholie rapportée au passage précité d'Etienne de Byzance, dans Holstenius et dans Hudson, Geogr, Minor, IV, p. 40. - 12) Plin., V, 32, § 148. — 13) Steph. Byz. s. v. '0X6{a. — 14) Memnon., fr, 41. Nonnus, Dionys, XVI suh fie. — 15) Dio Curys., Oraf. XXXIX, p. 158, éd. Rcimar. — 16) AAESANAIHJN NIKAIEIS ap. Mionnkt, Suppl. V, p. 107, n"« 579-581.
704 LES COLONIES d'aLEXANDRE [aPPEND. III, 2
9avX(i>v xai oXîywv, àXXà 'EXXi^vwv te tôv itpwtwv xa\ MaxeÔovwv^ Nous trouvons dans Etienne de Byzance, au mot Boxîeiov: woXi; *pyyta«, ^^ouas WlAvriv ^'Axtatav >>e^o|AévY)v, Tpéçouffav aXa;: ce passage es*, à rapprocher de ce qu'il dit au motNîxata, où il appelle cette ville BoTttaswv ôcnotxoç. L'identité de la ville en queslion est confirmée par ce que nous savons de la salure du lac Ascanien ou Atlœen *. Ainsi Nicée, avant de s'appeler Antigonia, portait le nom macédonien de Bottiéon; c'était une colonie des Bottiéens de Macédoine, qui s'étaient associés aux colons helléniques déjà installés à Olbia et aux Phrygiens ou Bébryces, plus anciens encore, de TAncore posidonienne. Le passage où Memnon dit que le nom de la ville vient de la nymphe Nicœa est bizarre, et on ne peut pas encore Téclaircir complètement : ^pyov Ôà Yéyove Nixaécov xûv (letà *AXêÇav§p3u pièv ayffTpaTeuadcvTwv, (iexà Ô2 xbv èxeîvo'j Oavaxov xatà ÇT^rr^viv tiaxptôo; xaûxrjv xxt^dcvxwv x«\ ff-jvoixc- <Ta(jLéva)v. L'hypothèse la moins acceptable est celle de Raoul-Rochette, qui voit dans ces compagnons d'Alexandre des Nicéens de Béotie* : Memnon dit plus loin, en propres termes, qu'ils avaient été expulsés par leurs voisins les Phocidiens, lesquels avaient rasé leur ville. On voit parfaitenient qu'il s'agit de Nicœa en Locride, qui fut détruite durant la guerre Sacrée et ensuite occupée par Philippe : il est parfaitement possible, — et Suidas le dit au mot Nixaia» — qu'il y ait eu là depuis des Bottiéens installés à demeure. Les anciens Nicéens, et avec eux les Bottiéens, peuvent bien avoir fondé les premiers cette ville de Bithynie, en s'arrangeant de telle façon, par exemple^ que les Macédoniens restèrent d'abord dans la place et que les anciens Nicéens vinrent plus tard les rejoindre. En tout cas, cette ville neuve est exactement dans le goût de l'époque hellénistique, même pour ce qui est de son aspect extérieur, tel que le décrit Strabon*; elle est bâtie en carré et les rues s'y coupent à angle droit, de sorte que, d'une certaine pierre placée au milieu du gymnase, on voit les quatre portes de la ville.
La ville que je mentionnerai ensuite est Prusiade près la mer (HPOÎ 0ÀAÀ22HI sur les monnaies). Vers l'an 203, Prusias !•", fils de Ziaélas, avait, avec l'aide de Philippe de Macédoine, pris et détruit Cios ; il rebâtit ensuite la ville à nouveau et lui donna son nom ^
Au sud de cette ville se trouve la ville, célèbre encore aujourd'hui, de Broussa, jadis Prusa près de l'Olympe (HPOTIA sur les monnaies autonomes). Au sujet de son origine, il y a deux traditions qui diffèrent l'une de l'autre d'une façon étonnante. Tandis que Pline « la dit fondée par Hannibal (c'est-à-dire avant i83) et que Tzetzès' cite Prusias comme le roi pour le compte duquel Hannibal l'a bâtie, Strabon » apporte cette note singulière: xxî<7|iia npoudîou xoO icpb; KpoWov iroXeiiT^ffavxo;, et Etienne de Byzance dit
1) Dio Chrys., p. 153. — 2) Cf. AnisTr., Mirab. ausculta 53, p. 834 a 31. PuN. XXXI, 10, § 110, et, parmi les modernes, von Hammpr, Heige nach Brussa, p. 123. — 3) lîisl des colon, grecques, p. 221. — 4) Strab , XII, p. 564. — 5) Strab., XH, p. 563. Steph. Byz., s. v. Polyb., XV,21, etc. —6) Plin., V, 43. — 1) Tzsrz , Chiliad,, 111, 964 — 8) Strab., Xll, p. 56*.
706 LES COLOiNIES DES SL'CCESSEL'RS [aPPEND. 111, 2
X6y<î>. On a là, par conséquent, le témoignage complet d'un comtemporain extrêmement érudit. Ce qu'il peut y avoir d'exact dans l'autre allégation a été démêlé par Menn K
C'est le même Prusias qui a fondé la ville de Prusiade près de THypios (npouffieî; et Ilpovdilwv itpb; *T7tf<i> sur ses monnaies). Je laisse de côté les confusions faites assez souvent entre cette Prusiade et les deux autres villes homonymes. Celle-ci remplace Ciéros, qui donna lieu à des luttes répétées entre les princes de Bithynie et les Héracléotes*. Du reste, l'ancienne ville, bien que bâtie à l'intérieur des terres (à l'endroit où est Ouskoub aujourd'hui), était probablement aussi une colonie hellénique, car elle portait le même nom qu'une ville de Thessalie à laquelle s'attache, depuis les recherches de Leake, un intérêt particulier.
Déjà, à Nicée, nous avons eu à signaler un établissement d'Antigone le Borgne : ce prince protégea Astacos et Chalcédoine contre les agressions des dynastes bithyniens. Nous rencontrons encore son nom sur d'autres points du littoral de la Propontide. Etienne de Byzance cite une Antigonia, ville Bi6yv(ac icpb; Tw Aa(rxu),ifa) , plus une autre Antigonia, çpovpiov tt,; KuCiXYivTjç otiré^ov tt;; Tcpoaecmépoy OotXador,; (?) cuç oraôioy; v', deux localités qui, à ma connaissance, ne sont mentionnées nulle part ailleurs. Ensuite, parmi les îles Démonésiennes, au S.-E. de Chalcédoine, il y en a une que les Grecs appellent aujourd'hui encore Antigona ; ce nom vient peut-être du même Antigone, bien que je n'aie trouvé là-dessus aucun renseignement dans les auteurs anciens. En revanche, Pline' et la Table de Peutinger signalent une île Antiochia à peu près dans les mêmes parages.
Avant de quitter la région bithynienne, je dois encore citer quelques établissements dont il n'est pas possible de préciser l'emplacement. Etienne de Byzance mentionne, d'après Arrien, un port du nom de Nicomédion : à la façon dont étaient rédigées les BithynUica d'Arrien, au cinquième livre desquelles est emprunté ce renseignement, on ne peut même pas dire quel est le Nicomède qui l'a fondé. La ville de Zipœtion est, comme le nom Tindique, plus ancienne; elle date du temps des Diadoques : Memnon* nous apprend qu'elle fut bâtie par Zipœiès, après sa victoire sur Antiochos (280), •jicb xio AvTcepw opei. Mannert suppose que c'est la ville connue sous les noms de Bithynion et de Claudiopolis ; c'est une conjecture sans fondement aucun. La dite ville est également signalée par Etienne de Byzance. —Quant à Épiphania de Bithynie, elle ne nous est connue que par Etienne de Byzance: on peut admettre qu'elle a été fondée par Nicomède Épiphane. — Enfin, je crois pouvoir citer ici la Demelriu qui figure sur la Table de Peutinger parmi deux stations à l'est de Nicomédie.
2. — Je termine la liste des colonies nouvelles fondées dans la région du Pont en y comprenant la Paphlagonîe. Depuis longtemps déjà, la côte était couverte de nombreuses villes grecques, dont quelques-unes fort importantes.
1) MiùNN, Melelem,^ p. 139. — 2) Mem.nox, c. 27.-3) Pli.n., V, 32, g 151. — 4) Memnoti, c. 20.
708 LES COLONIES DES SUCCESSEURS [âPPENO. III. 2
par Etienne de Byzance, quand il dit de Kpîidaa : tcoXi; IlaçXxyovia;, f,v M/)pi6vv]; {lerà Tpotav SfxTi9e, Zr^iXa; 2s erXev à Nixo(ii^6ovc vl6;. Jedois dire que, dans Etienne de Byzance, qui suit l*orJre alphabétique, Kpfiwix se trouve avant Kpi^aiov, de sorte qu'Etienne doit avoir écrit Kpîjaa. Wesseling cite un passage de Galien * où figurent, parmi les villes les plus froides de Bithynie, Ntxaix xai IlpoOax xa\ Kpà<j9ou, et il suppose que c*estle même nom qui se trouve sous cette leçon.
La région du Pont renferme fort peu de colonies nouvelles : le roi Pharnace paraît avoir ^lé le premier à tenter une entreprise de cette nature en fondant Pharnacia, non loin de Cérasos. Ensuite viennent deux Eupatoria que Ton fait remonter à Mithradate le Grand : Tune, résidence royale bâtie dans Amisos ou à côté*, Tautre, au confluent de l'Iris et du Lycos'. Je ferai remarquer en passant qu*Héraclée, dans la Chersonèse de Thrace, a reçu du même Mithradate le nom d'Eupatoria*. Enfin, Polémon fonda la ville de Polémonion. Je ne m'étends pas davantage sur ces établissements, parce qu'ils appartiennent aux siècles postérieurs de l'histoire de l'hellénisme. — Il y a encore à mentionner ici une ville de Laodicée. Eckhel" notamment cite deux médailles provenant d'une ville de ce nom, qui typos habeant uni Ponto propnosy et il rappelle à ce propos que, suivant Pellerin, on trouve mentionnée dans un manuscrit turc une localité du nom de Ladik entre Osmandjik et Âmasia. Moltke ^ a passé là en allant de Samsoun à Amasia, à 14 lieues de Samsoun ; du haut des montagnes assez élevées qui se trouvent entre Ladik et Amasia, on voyait la situation très pittoresque de la première localité. Le nom, à lui seul, indique que la ville n'a été fondée qu'après 2 iô; elle appartient même plus probablement à Mithradate VI qu'à Mithradate IV.
3. — i Dans les possessions des princes du Pont, les côtes étaient garnies de colonies grecques, et il a pu y avoir une influence considérable exercée par cet élément étranger sur la culture de la population indigène : à l'intérieur du royaume de Cappadoce, il n'y avait rien de semblable, et, s'il y a là un trait caractéristique à noter, c'est qu'bn y songeait évidemment beaucoup moins à heUéniser le pays. Diodore le dit expressément^ : ce n'est qu'à partir de 162, depuis l'avènement du noble Ariarathe V (Philopator) élevé lui-même absolument à la mode grecque, que la culture hellénistique trouva dans le pays un accès plus facile. Voici les noms grecs que nous rencontrons de ce côté : D'abord, une Ariarathia, mentionnée par Ptolémée et par V Itinéraire d'Antonin^ comme située sur la route de Sébasteia à Comane de Cappadoce, c'est-à-dire au S.-E. de l'Argaeos'. Etienne de Byzance la caractérise ainsi : itiXi; itXr;(j:ov KaTriraôoxîat; àîtb *Apcapa6o-j KodcTcadoxia; padiXiuaavto;, Ya[jL6poO 'Aviii/oJ' Clinton'^ pense que l'Ariarathe ici nommé est Ariarathe IV ; si on pouvait démontrer que Laodice, la
1) Galen.,icî?\ Tpoç. ôjvdcji.I, p. 312. — 2) Appian., AfiMrie/., 78. — 3) Strab., XII, p. 556. — 4) Strab, VII, p. 312. — 5) Eckiiel, Docir, Summ., II, p. 354. — 6) Moltke, Briefe ùber Zustxade und Hegebcnheiten in der Tùrkei^ p. 203. — 1) DioDOB.,XXXM8,7.— 8) ïtiii Ant., p. 181. -9) Cf. p. 212. 213. — 10) Cllv Tox, Fai(. Ifeli,, m, p. 433.
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ex Asia inleriisse tradit... Isidorus Arieneos et Capretttas^ ubi sit Apama condita a Seleiico rege, inter CUkiam^ Cappadociam, Cataoniam, Armenuim^ et quoniam ferocissimas génies domuisset, initio Dameam vocatam. Que peuvent avoir été ces ferocissimœ gentes? Ce ne sont pas, à coup sûr, les Capreatœ ; Pline a peut-être ajouté par erreur cet inilio. Ceci admis, oa peut s'arrêter à l'hypothèse suivante : en fait de ferocissimae génies, il n'en est point qui méritent autant cette qualiGcation que les Galales, vaincus par Antiochos I*" dans la fameuse bataille qui lui valut le nom de Soter'. D'après la description que fait Lucien de cette bataille, il y a un fait tout au moins dont on se rend bien compte, c'est qu'Antiochos n'a pas marchn contre eux avec toutes ses forces; il a couru à leur rencontre avec une poignée de soldats armés à la légère, évidemment parce qu'ils fondaieni sur son territoire avec une rapidité foudroyante. On peut admettre qu'ils débouchèrent par la Cataonie : les défilés diflîciles et bien gardés du Taurus avaient dû leur barrer le chemin de la Cilicie ; ils avaient alors tourné à l'est, du côté de la Cappadoce Séleucide, et c'est là que le roi les battit.
4. — Une contrée particulièrement intéressante, c'est la Phrygie, à laquelle on peut rattacher, dans cet exposé, la Lycaonie ainsi que la Phrygie « Épictète » au nord et la Phrygie Pisidienne au sud.
Comme centre de TAsie-Mineure, la Phrygie est traversée par les grandes voies de communication : il n'y a le plus souvent qu'à les suivre pour rencontrer les colonies nouvelles. Nous commençons par la route du N.-O., celle qui va de la Cilicie à Nicée et à Nicomédie. De la Cilicie partent deux routes. Tune passant par Laranda et Derbe, l'autre plus à l'est, venant d'Archélaïs, qui se' rejoignent à Iconion, une ville incontestablement fort ancienne, mais dont les légendes sont, comme on le sait, hellénisées d'une façon tellement originale qu'on ne pouvait se dispenser de la nommer tout au moins à cette place.
La première ville décidément grecque que Ton rencontre en allant vers le nord est Laodicée, que Strabon * distingue déjà de ses homonymes par le surnom de xataxcxauiiévyj : on ne dit pas par lequel des Séleucides ou des princes d'Asie-Mineure elle a été fondée. Au pied de la montagne, qui longe le côté S.-O. d'une vaste et fertile dépression lacustre, la route, passant par Tyriaeon, localité déjà mentionnée par Xénophon, arrive à Philomélion. D'après son nom comme par ses monnaies autonomes, cette ville paraît avoir une origine grecque ; depuis Cicéron*, personne n'en fait plus mention. A l'extrémité nord de la dépression précitée, un embranchement se détache dans la direction du N.-O., tandis que la route du nord mène d'abord à Polybotos, La première station sur cette route est Synnada. Une inscription du temps des Constantins, que Choisy a trouvée à Tchifout- Kassaba, à cinq lieues au sud d'Aûoum Kara-Hissar* et qui porte le nom de la ville {ri XaïAwpà x&y 2uva8éwv jiTjtpiiroXic), a fixé aujourd'hui avec cer-
4) Voy. Hist. des Épigones, p. 230 sqq. — 2) Strab., XIV, p. 663. — 3) Cic, Ep. ad Fam., III, 8. XV, 4, — 4) Pbrrot, Revue Archéologique^ 18T6, p. ^^^'
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De la voie ci-dessus décrite se détache, arant d*arriver à Synnada, la route actueile, qui se partage bientôt en trois embranchements allant Tua dans le bassin du Méandre, l'autre dans la vallée de THermos, le troisième à Pruse. Au point de bifurcation se trouve Afioum Kara-Hissar, « que sa forte position naturelle et de nombreuses ruines antiques signalent comme une place jadis importante' ». On a émis bien des hypothèses sur le nom ancien de cette ville ; la plus acceptable est celle de Kiepert, qui reconnaîl en cet endroit Stectorion. Cette place ne figurerait pas sur notre relevé si Pausanias ne rapportait pas, à propos de Corœbos, fils de Mygdon, le détail suivant: tovtou piVTiiJia xi eniçavà; ev opoiç içewotYjTai 4>puyfi)v è; TexTopy,vw¥ (corrigé avec raison en STcxTopi^vwv), xat àîC* ayxoO 7coir,Taî; MOySovot; ovojia etc\ Toîc ^pw^t TtOcvOat xaOédtrjxcv ' . En tout cas, le nom de Mygdoniens est venu aux Phrygiens des Mygdones bien connus qui habitaient au bord de la Propontide : il n'y a, il est vrai, qu'une légère allusion dans la première moitié du passage à un établissement de Macédoniens Mygdoniens dans la région où nous sommes, au cœur de la Phrygie, mais je ne pouvais la laisser passer inaperçue.
Nous nous trouvons sur un terrain plus sûr en abordant, au sud-ouest de la vallée du Méandre, la ville de Peltœ. Sans doute elle se trouve déjà mentionnée dans VAnabase: mais il y a sur les monnaies autonomes TTEATHN- MAKEAON* En descendant le Méandre et ses affluents, aussi loin que va la frontière de Phrygie, on trouve les villes hellénistiques suiva,ntes. D'a^ bord, au-dessous de Peltœ, vient Euménia : Etienne de Byzance l'appelle ii6>i; *pyyia; 'ArrâXou xaXéiav-co; aTib Evjiévouç xoO 4>'.>a$éXçou. Celte nole, un peu défigurée, est confirmée par Eutrope' et la Chronique d'Eusèbe: Eumenes, frater régis Attali, qui Eumeniam in Phrygia condidit, clarus hàbetur. Pline, décrivant Tintérieur de la Carie, dit : est Eumenia Cludro flumini adposita^ Glaucus amnis * . Bien que les endroits dont le nom suit se trouvent beaucoup plus loin à l'ouest, on n'hésiterait guère à admettre que la ville dont parle PUne est bien celle-ci, si Etienne de Byzance ne mentionnait pas, à côté de l'Euménia de Phrygie, une ville homonyme de Carie, dont l'emplacement est, il est vrai, absolument inconnu. Il faut encore laisser indécise la question de savoir à laquelle des deux appartiennent les monnaies autonomes avec le dieu du fleuve et la légende FAAYKOZ» ainsi que celles qui portent ETMENEflN AXAIHN- — Plus loin en aval, mais dans la province de Carie, se trouvait, non loin du Méandre, comme nous l'apprennent les monnaies de la ville, Dionysopolis, *'ct<x|ix 'AttâX'iV xa\ Evaévoy; Çiavov e-jpovTcov Aiorj<rou 'ïtsp\ tou; xôitou; ^ : il s'agit sans doute du même Attale Philadelphe et du même Eumène, son frère, que nous avons mentionnés à propos d'Euménia. — Enfin, la dernière ville qu'il y a't à signaler de ce côté est Laodicée (r^^h^ Auxu»), adpellata primum DiospoHSj deinhhoas*, une des villes les plus importantes etles plus riches de TAsie-
i) KiEPRRT ap. FiiANz, Fûnf InschrifteH, p. 36. — 2) Pausan., X, 27, !• — 3) EuTBOP., IV, 2. — 4) Plin., V, 29, § 108. — 5) Steph. Byz., b. v. — 6) Pul»-, V, 29, § 105 (Ltiudicium pylicum dans la Table de Peutinger).
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surnom de CibotoSy qui se trouve déjà dans Pline * tout au moins, est cependant emprunté, en déÛnitive, à TArche, qui apparaît sur les monnaies impériales du m* siècle avec la légende NUE et la colombe portant le rameau d'olivier. La légende doit avoir été importée de Céîœnae, où elle sera venue de Babylone, et c'est plus tard seulement qu*elle se sera combinée de cette façon avec la tradition juive. — On ne saurait dire s'il faut faire entrer ici dans la liste les localités situées au nord et à l'est d'Apamée, du côté de Stectorion et de Philomélion, comme Euphorbion, Métropolis, Chélidoniœ : c'est une question à examiner. Il est parfaitement sûr, au contraire, que, outre Apollonia, déjà mentionnée parmi les fondatiqns d'Alexandre, nous devons cataloguer ici la ville d'Antiochia (appelée tj «pb; nt<ndta par Slrabon *) : l'emplacement des ruines ne nous est connu que depuis les découvertes d'AnuNDELL. Strabon dit : xavtr.v «oxiffav MàyvYjTe; oî icpbç MoKavôpw. La nouvelle ville s'incorpora une ancienne colonie indigène : on en a la preuve dans la IspoxnjvTQ ti; Mtjvbç 'Apxaîou ïiXîjÔoç ï'/^oyjoaL hpoSouXcov xai îspôv •/(i>ptù>v dont parle Strabon*. Eustathe ♦ fournit aussi là-dessus quelques renseignements. Il n'est guère admissible que ce culte ait été fondé par les Magnètes : ceux-ci n'étaient certainement pas les premiers colons de la ville, et il est probable qu'ils s'y sont établis précisément au moment où elle a pris son nouveau nom d'Antiochia. Malheureusement, personne ne nous dit quel est le Séleucide qui a fondé la ville : il est facile de faire des conjectures avec les incidents de l'histoire particulière de Magnésie insérés dans la trame de notre récit, mais on ne trouverait pas la moindre preuve pour consolider ces combinaisons hypothétiques. — De même, aucun indice ne nous permet de ranger ici les localités situées près de là du côté du sud, Néapolis et Limnopolis, localités qui figurent sur la carie de Kiepert. — Mais au delà du lac, sur lequel on a vue d'Antiochia, se trouve Séleucie dite 7) ffiôrjpâ (sic) dans Hiéroclès^, ou encore xr^ç Iltat^ta; dans ÉUenne de Byzance, Plolémée et les écrivains postérieurs cités par Wesseling au susdit passage d'Hiéroclès : elle ne porte pas de surnom sur ses monnaies. Arcn- DELL a cru en reconnaître les ruines à Egerdir, sur le bord du lac : en 18^t G.HmscHFELD a démontré que les ruines véritables se trouvent plus loin dans l'intérieur, à l'ouest du lac, au lieu ditSélef. La ville n'a certainement pas été fondée par Séleucos 1"; du reste, en thèse générale, il n'y ^P*^ une colonie en deçà du Taurus qu'on puisse attribuer avec certitude à ce prince.
Nous avons atteint la limite de la province dePhrygie au sud du Méandre : dans le bassin de ses affluents du nord, il n'y a pas de colonie hellénistique à signaler : du moins, pour Acmonia, Eucarpia, que l'on serait tenté d'inscrire ici, il n'existe point de preuves. Seulement, il est bon de se rappel^»* que c'est toujours par l'effet du hasard si nous connaissons comme fonda-
i) Plin , V, 29. - 2) Strab., XII, p. 377. — 3) Strab., p. 577 [éd. Meineke]: ailleurs (p. 557), on trouve 'A<jxc;îoy au Hou de 'Apxatov. — 4) Epstatb., Orat. de Alpheo, p. 30, éd. Taf. — 5) Hibrocl. p. 673.
APPEND. m, 2] COLONIES DE PHRYfilE ET DE LYDIE 745
lions hellénistiques les localités qui n*ont pas un nom de prince pour révéler leur origine. Pour Blaundos, ville située tout contre la frontière de Lydie,
le fait est attesté par les monnaies et leur légende BAATNA* MAKEAON* Quant à Cadi, non loin des sources de THermos, à Tendroit où le fleuve sort des monts Didymos, nous ne soupçonnerions pas son origine, attendu que même les nombreuses monnaies de la ville ne contiennent pas le moindre renseignement là-dessus, si Pline * ne parlait pas des Macedonett Cndieni, C'est pour cette raison que je ne veux ps^s passer sous silence ^^izani, dont les magnifiques ruines ont étonné ceux qui les ont découvertes» bien que je ne puisse invoquer à son endroit que le texte de Pausanias : «^p-jye; o\ eisi itoTQt(jiM IleuxlXÀ^} toi Si âtvwOev il 'ÂpxaSfotc xa\ 'AÇavwv e; Taut/.v ot^ix^iuvoi Tt|v ytâpQtv 8«txvvou<yiv X. T. X. '. — Il y a encore une ville de Phrygie que son nom semble rattacher à celte catégorie; c'est celle que Hiéroclés ^ appelle Diocleia, et qui porte dans Ptolémée le nom fautif de AAxeXa.
En terminant, je tiens à citer encore deux noms qui pourraient bien appartenir à notre sujet. Etienne de Byzance, au mot KyfiéXeia, dit entre autres choses : ï<m xa\ KvéeXa 4>puYia« xa\ Kv6ftXov Upov. Il y a lieu de rapprocher de ce texte un passage de Lucien : êicedi^ouv vhxt Ku^Xca* xb îi ê(Tt^ woXr/viov oûx krfiU, ^icotxov, <o; sicl^^i Xiyoc, 'AOtjvaiwv *. C'est, ce semble, la même localité que Tite-Live appelle Çuballum Gallogrgecise castellum '. Mais que faut-il penser de la colonie athénienne de Cybélon ? Que dire aussi de ce que rapporte Etienne de Byzance au sujet d'Acamantion, «iXiç t9|ç
î«Y«^^Ç ^^P^Y'*?» *Axa|iavTo; XTt9(i.a toO 6y)9éci>;, w oumiâx^^'^^ '^P^î ^^^^ SoXw- |iouc TÔv TÔ1C0V SéSttfxe ? Peut-être que dans Ko|xàvTtov, un des sept noms
(très corrompus d'ailleurs) de villes données par Cyrus à Pytharchos de . Cyzique, au rapport d'Agathoclès ^, on retrouverait notre Acamantion, dont il n'est question, que je sache, nulle part ailleurs.
5. — Pour faciliter le groupement, j'associe à la Lydie, dont je vais parler maintenant, le royaume de Pergame et la Troade.
Je commence par le point situé le plus loin au N . -E. Pline ^ place en Troade, les uns à cOté des autres, les MiletopolitWf Pœmaneni Macedones Aschilacœ (var. Asculacœ,) PolichnsBi^ Pionitœ. Ori peut rapporter Macedones à la fois aux deux noms qu'il sépare : cependant la construction la plus simple est de le rapporter au mot qui suit. La localité appelée Pœmanenos * est située, d'après la table de Peutinger, qui écrit Phemenium^ sur la route de Cyzique à Pergame. Asc^t'/aca? est évidenunent une mauvaise leçon, tout aussi bien qu' Ase«/aca? : il semble bien que c'est la même localité que l'on rencontre dans Hiéroclès * sous la forme SxéXcv-ca, Elle se trouve placée, dans cet auteur, après Blaudos (c'est-à dire Blaundos, dans les environs
\) Puif., V, 30, § 111. —2) Pausati., X, 32, 3. — 3)Hibrocl., p. 668. — 4) LuciAN., Jud, voc, 7. — 5) Liv., XXXVIII, 18. —6) ap. Athbn., I, p. 30. — 7) Pun., V, 30, § 123. « S) Aristid., Orat. Sacr,, IV, tom. I, p. 502 éd. Dindorf. Etienne de Byzance donne Posmàninon ; voy. d'autres variantes dans les annotations de WessELiNoau texte d'Hiéroclès, p. 662, Les monnaies portent nOIMANHNÛN. — 9) HiEROCL.,p. 662.
716 LES COLOXIES DES SClXESSElRS APPEND. ni, 2
.IffS sources du Maœstos*; et avant Molis (Mîl«^topolis, suîrant Wesse- Liyo) et Germae entre le Macestos et le lac d'Apollonia, s'il s'agit d'Hiéra Germe, car il y a une autre Germe dans les environs de Pergame*/; il s«=^nable qu'Hiérocl^s, après avoir commencé par Cyzique, la métropole de cette éparchie, contourné la côte et énuméré ensuite les villes les plus méridionales de IV'parcliie, celles qui sont situées à l'intérieur du pays jusqu'à la pointe S.-O., à Blaundos, il semble, dis-je, qu'il vient reprendre à la mer son point de départ. Si c'est bien le cas, sa IxDxvra désigne la localité dp Scylace, et la leçon ^Asculneae dans Pline n'est pas 1res loin de la vraie orthographe. Mais Pline ne parle-t-il pas de la Troade, et Scylace n'est elle pas sur la Proponlide? Milétopolis aussi, qu'il nomme immé<liatemenl après, Milétopolis est déjà située — ceci, du moins, nous en sommes sûrs — tout à fait dans la plaine de Mysie. Je tiendrais la susdite combinaison pour définitivement acquise, si plus loin Pline ne citait pas expressément Scylace ' ; cependant, ce n'est pas là un empêchement absolu, attendu que l'hypothèse parait confirmée par un autre rapprochement. Scylace, en effet, est déjà signalée par Hérodote * comme une ancienne ville des Pélasges, lesquels auraient été les ^jvotxoi des Athéniens. On sait ce qu'il faut penser de cette combinaison d'Hérodote ; la seule conclusion certaine qu'il y ait à entirer, c'est qu'il y avait des Pélasges à Scylace. D'autre part, nous rencontrons précisément dans cette région le nom de la province de Mygdonide *, c'est-à-dire un motif suffisant pour que les Scylacites se soient appelés des Macédoniens. Ceci exclut de la liste des colonies hellénistiques Scylace et ses Macédoniens : ceux-ci sont les habitants primitifs de la région, tout aussi bien que les Cilices Mandagandeni, que Pline mentionne tout de suite après®.
La première station qu'on rencontre sur la côte, en partant de Pergame, est une Lysimachia, dont Pline' est, il est vrai, seul à parler, et qu'il place entre Cane, une ville donnée aussi comme disparue à l'époque, et Ataméa (sic), Pline est aussi le seul auteur qui mentionne Attalia: Myriana ,. et intus JEgwx Attila. . . in ora autem etc, '. Detlefsen donne ici : Myrina. . Mg3sse, Unie, sans variante. — On cite, dans le domaine de Pergame, une seconde localité, du nom d'Hella. Etienne de Byzance dit à ce propos : -/wpîov 'AdioLZt 'A-cTfltXou p«ffi>it0; epiirôpiov IIoXûSio; iç'. Je ne la trouve mentionnée nulle part ailleurs: on ne saurait même dire au juste sur quel point du littoral elle était située, car on sait que, de ce côté, le principal port des rois de Pergame était Élaea. Etienne signale une Hellénopolis, itôXi; Biôuvta; (UToi tbv àvoixi<y|ibv BiOâXSriç. Ce ne peut être l'Hélénopolis dont il est souvent question dans les siècles postérieurs, la ville à laquelle Constantin le Grand donna ce nom en l'honneur de sa mère ' : la preuve, c'est que, d'a-
1) Voy, KiEPERT ap. Franz, p. 32. - 2) C. I. GR.ec., n» 3563. — 3) Pli.\., V, 32. — 4) Herod., I, 57. — 5) Strab., XïI, p. 576. Steph. Byz., s. v. — 6) Plw„ V, 30. — 7) Plin., V, 30, § 121. — 8) Plin., iùid, — 9) Voy. les nombreuses citations de Wf.hseu>c nd Hicrocl. p. 691.