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II. LES RÉGIONS SYRIENNES

En Âsie-Mineure, la quantité d*anciennes colonies grecques échelonnées sur le pourtour du littoral fournit à Thellénisme un moyen des plus commodes pour pénétrer également dans Tintérieur de la péninsule : des relations commerciales, des expéditions militaires, le mercenariat, avaient déjà commencé avant Alexandre à répandre de ce côté Tinfluence de la race grecque. Sans le trouble apporté par l'invasion des Galates, la péninsule aurait peut-être été plus tôt hellénisée totalement : en tout cas, au temps des Césars, l'héllénisation de i'Asie-Mineure se paracheva de telle sorte que les idiomes barbares ou disparurent complètement ou ne se maintinrent que çà et là dans le plat pays, dans les couches inférieures de la population.

Le résultat n'a pas été si brillant dans les contrées syriennes, je veux dire sur toute l'étendue des pays compris entre les monts d'Arménie au nord, l'Euphrate à l'est, les Arabes libres des déserts au sud. Dans ces régions, l'hellénisme ne trouva point ou pour ainsi dire point de précurseurs : ce n'est qu'avec Alexandre que commencent de ce côté les établissements grécomacédoniens; mais, par la suite, ils se multiplient extrêmement en un laps de temps très court, et, dans certains districts tout au moins, ils maîtrisent complètement l'élément indigène. Ammien s'exprime d'une façon tout à fait caractéristique en parlant de la région entre l'Euphrate et le Nil : quam plagam Seleucus Nicator occupatam auxit magnum in modum, cum post Alexandri Macedonis obitum successoriojure teneret régna Persidis, efficacix impetrabilis rex, ut indical cognomentum. Abusus enim muîtitudine hominum, quam tranquillis in rebm diutius rexit^ ex agrestibus habitaculis urbes construxit, multis opibus firmas et viribus : qttaf*um ad prœsens pleraeque licet Qrxcis nominibus adpeUentur, qux iisdem ad arbitrium imposita sunt conditoris, primogenia lamen nomina non amittunt, quœ iis Assyria lingua institutores veteres indidentnt *.

La meilleure manière d'ordonner la liste que nous allons dresser des villes nouvelles serait de prendre pour base Tancienne division politique du territoire; mais cette division, nous ne la connaissons pas en entier, et de plus, les limites des divers districts ne sont pas tracées avec assez de précision pour que nous puissions déterminer chaque fois avec certitude les localités qui leur appartiennent. Posidonios ' rapporte que la Séleucide et la Cœlé-

1) Amm. Mamc. XIV, 8, P. — 2) ap. Strab., XVI, p. 747.

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Syrie étaient divisées chacune en quatre satrapies; il semble ijouter que la Commagène et la Parapotamie en formaient chacune une. Cependant, à côté de cette répartition administrative, on voit apparaître de bonne heure les dénominations régionales que Ptolémée a prises pour base de son énumération . Je vais essayer de les utiliser chaque fois, concurremment avec le premier système ,

1. — La Haute-Syrie (r, avwSypia) comprendra pour nous les possessions des Séleucides entre TEuphrate et le Taurus jusqu'à la Cœlé-Syrie, c'est-àdire la Séleucide, plus la Commagène et la Parapotamie.

Nous trouvons tout d'abord, avoisinant la Cilicie, la contrée de Piérie, qui paraît s'être étendue au sud par delà FOronte, jusqu'au mont Casios. Une preuve que ce nom ne s*est pas accrédité seulement à une époque plus récente, mais qu'il était déjà en usage sous les rois Séleucides, c'est l'existence, dans le voisinage des bouches de l'Oronte, d'une Séleucie qui, sur les monnaies d'Antiochos IV, s'appelle déjà ZEAETKEnN ENTTIEPIAI. La ville est une fondation de Séleucos I«' * : on rencontre ici aussi l'aigle qui emporte de l'autel un morceau de la victime et se pose sur remplacement de la nouvelle colonie *. Il y avait déjà là une localité antérieure ; c'est ce que dit Strabon aussi bien que Malalas (rfa iraXatî; it6)^u>; ev xô» èfinopto» *rr,; XêYoïiivYjç riiepta;), car ce n'est pas Constantin qui le premier construisit le port de la ville, comme le prétend Théophane' : ce port, Polybe* le signale déjà. Le même historien décrit la position extraordinairement forte de la ville, à propos du siège qui la fit retomber au pouvoir d'Antiochos III. Le roi promit toute sécurité aux hommes libres qui se trouvaient dans la ville (il y en avait environ 6,000), puis, après en avoir pris possession, il ramena également les bannis, ttÎv te TcoXiretav a-jxoU aictôcoxc xQt\ xà; ouata; ^. — Etienne de Byzance cite une Héraclée Iltepta; : bien qu'elle soit parfaitement inconnue d'ailleurs, il n'y a pas de raison de douter de son existence. Le môme auteur note une Antioche Iliepiac, î^v^Apadov ot S*^ptot xaXoOffi, dont il n'est question nulle part ailleurs, mais le nom phénicien est une garantie de l'exactitude de ce renseignement : de même que Myriandros était une colonie phénicienne, les Phéniciens ont dû s'emparer de l'embouchure de rOronte, si importante au point de vue commercial ; il y a encore une autre Arad dans le voisinage de la Mer Morte. — Je pourrais faire figurer ici Kossos, à cause des statues qu'y fit ériger Harpale'^ et des monnaies autonomes de la ville; mais nous n'avons pas de témoignage exprès. — D'où vient que, dans Ptolémée, le nom de Séleucide parait être restreint à la plaine au nord d'Antioche, je l'ignore ; il cite dans la plaine en question Géphyra, probablement les ruines considérables qui se trouvent sur le rivage oriental du lac d'Antioche, à l'embouchure d'un petit cours d'eau qui doit/ être rOEnoparas des anciens.

1) Straii., XIV, pp. 749. 751. — 2) Malal., p. 199 éd. Bonn. — 3) Thïo- PHAN., Chron., p. 57 éd. Bonn. — 4) Polyr., V, 60. — o) Polyb., V, 61, 1. — 6) Athen., XII, pp. 585. 595.

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Ici, entre les monts Amanos et l'Euphrate au nord, nous 'entrons dans la Cyrrhestique, ainsi nommée de la ville de Cyrrhos, homonyme d'une ville de Macédoine. Sur la Cyrrhos syrienne, je n'ai rien à ajouter à ce qu'en a déjà dit Mannbrt; car Gennadius^ qui en était évéque, et Épipbane' ne donnent sur elle aucun détail précis. Je ne noterai que l'assertion d'Etienne de Byzance : r;; àxpiîcoXic r(v6apoç, pour dire que, d'après les distances fournies par la tajjle de Peutinger, elle est erronée et qu^tienne Ta tirée d'un passage de Strabon : Piv^apo; àxp6iroXt; ttj; KypptjdrtxTjç^, — Dans cetttf région se trouvait Bérœa, qui; d'après les textes des écrivains ecclésiastiques et des Byzantins, cités par Wesselino * et Mannert 5, est identique avec XaXcit -{Haleb-Alep). Appien, dans le passage reproduit au début, la range parmi les fondations de Séleucos !•'. — Non loin de là, à ce qu'il semble, était la ville d'Héraclée, la treizième de ce nom dans Etienne de B.yzance; Strabon la mentionne avec Bérœa comme une iroXi^viov qui aurait été jadis sous la domination du tyran Dionysios, fils d'Héracléon, et place à 20 stades de là le sanctuaire d'Athéna Cyrrhestique. Ptolémée en parle également. — A environ quatre milles à l'est de Béroea, sur la route d'Hiérapolis, il y avait une Batnœ; j'ignore si, comme son homonyme au delà de l'Euphrate, elle était Maeedonum manu condita. Julien • dit que le nom de cette ville est de langue barbare, et c'est probablement la vérité.

C'était également une ancienne ville indigène que Bambyke, plus tard Hiérspolis (*IepaiioXic... y' SopCa; r^ %a\ Tep^iroXi; 8iot toO o, d'après Etienne de Byzance; lEPOTTOAITHN sur les monnaies), SeXeuxqu ovojiaffomo; toOto «vttjv, dit Élien '. Bien que la narration de Lucîen* soit défigurée à dessein, l'histoire de Combabos et de cette Stiratonice (yyvaixbç ToO 'Adffvpttov pocoiXétt);) qui n'est autre, en définitive, que la fille de Démétrios, l'épouse de Séleucos !»• et d'Antiochos l^^ (^Tt tû «poT^pw àv6p\ <Tuvoix£ou(Ta'), l'hellénisation de cette ville sainte s'est opérée dès le règne de Séleucos !•'. L'erreur étrange de Strabon ^^ a déjà été signalée par d'autres. Je m'interdis de parler plus longuement de cette ville si intéressante au point de vue archéologique. — En remontant de là vers le nord, on trouvait sur l'Euphrate Europos; c'est la même Europos que Pline '* cite, que Justinien a restaurée **, celle dont Josué Stilite " dit : castrum EuropuSy quod in provincia Mabugensi (Hiérapolis) ad occidentem Euphralis est positum» L'assertion de Lucien** : âittoxKTav Bï «ùttiv 'Eôeadaîoi, ne paraît pas autrement invraisemblable en soi : le nom a été importé par les colons de leur pays d'Émathie. L'emplacement doit être celui d'Iérabes, suivant Pococke*^, qui a vu là des ruines en quantité ; c'est le passage menant par la voie la plus

1) GEN!fAD., Cat. vir. ill. s. v. Theodorei. — 2)Epiphan., Hxres. ,Wll, 26.

•— 3) Strab., XVI, p. 751. — 4) Wesselino ad [Itin. Anton., p. 193. — 5) Man-

KERT, p. 399, éd. lit. — 6) Jvlian., Epist,, 27.-7) ifitiAN., Hist, An,, XII, 2.

— 8) LuciAN. , De dea Syria, — 9) Lucun., op. ct7. , 19. — 10) Strab., XVI p. 748.

— 11) Plin., V, 24, § 86. — 12) Procop., De xdific, II, 9. — 13) Jos. Stil., BibL Or,y tom. I, p. 282, cité par Wesselino ad Hierocl., p. 713. — 14) LuctAN., Quom, hist. conscr.f 24. 28. — 15; Pococke, II» p. 240 trad. ail.

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directe d'Hiérapolis de Syrie à Bain® en Mésopotamie (îta^avtwv yàp rj ô5i; »), route que décrit assez exactement Procope ^. Etienne de Byzance cite dans cette région une Nicatoris, itoXiç Supîaç «pbç tw Eùp(oic<i>, x-n'apa ScXcvxou ToO NtxaTopo; : si Ton veut faire des conjectures, on peut la placer dans les environs deNisib, qui est devenue si célèbre après 1830, ou plutôt àTobservatoire de Kala'at-en-Nedjin, car cette position, qui domine les alentours et qui a pris tant d'importance au temps des croisades, a bien pu être appréciée*également d'un stratégiste comme Séleucos. ^~ Il y a moins de doute sur l'origine hellénistique de Nicopolis, citée par Hiéroclès'. — Quaiît à Zeugma, l'emplacement en est tout à fait sûr : c'est l'endroit où l'Euphrate sort des parois abruptes de la montagne, pour couler désormais en plaine jusqu'à son embouchure, le point d'où devait partir la ligne de bateaux à vapeur qui aurait mis en communication l'Europe et l'Inde : en face se trouve Biredjik, où la grande route d'Orient venant de Diabekir et Orfa descend vers l'Euphrate *. C'est une des plus importantes positions militaires qu'il y ait sur l'Euphrate : elle tire son nom du pont qui avait été établi non pas par Bacchus ^ ou par Alexandre *, mais par Séleucos I*', en même temps que la ville'. Lucain l'appelle Zeugma Pellœum^: on ne saurait afûrmer qu'il y ait eu un deuxième pont de bateaux fZeOYJi-a) à Samosale, et, sur l'autre rive, du côté de la Mésopotamie, une Séleucie; Strabon* le dit positivement, en faisant remarquer que Pompée avait rattaché à la Commagène cette place fondée comme çpoupiov ttjc Me(ro7coTa(jLiac, et l'on croit que c'est la Séleucie dans laquelle, suivant Polybe *®, s'était installé Antiochos III, lorsqu'on lui amena de Cappadoce sa fiancée (itepi 2eXevx««^ TT,v èm ToO ÇevYjiaTo;). — Enfin, il nous reste encore un point à signaler dans l'intérieur de la Cyrrhestique, le « Retranchement de Méléagre » (MeXtoypov -/apa^, dans la plaine au nord d'Antioche: il n'est cité que par Strabon** et la Table de Peutinger,

L'itinéraire le plus commode pour nous est de passer d'ici en Commagène. Il nous manque malheureusement un témoignage exprès qui nous autorise à marquer avec certitude comme ville hellénisée Samosate, la patrie de Lucien et le siège de la royauté médiatisée des Séleucides ; mais on est en droit de le supposer. A six lieues de là, tout à fait au pied du Taurus. versant sud, se trouve aujourd'hui une ville appelée Adiaman, ou, comme disent les Kurdes, Hassn-manna, entourée de vignobles et de vergers : on y voit les ruines d'une acropole, et de là, ^n suivant la direction du nord, on franchit avec beaucoup de peine le Taurus (Amanos) ^K II n'est pas improbable que cette localité marque la place d'une ville ancienne : ce pourrait être Antioche près le Taurus (è7c\ tw Tùcypw ev KojijAayYjvîj »3), qui figure aussi

1) Strab., XVL p, 748. — 2) Procop., Bell. Pers., II, 20. — 3) Hibroci., p. 713. — 4) Voy. MoLTKE, Briefe iiber Zusl'ande und Begebenheiten m <^<^^ Titrkei, p. 227. — 5) Pausan., X, 29, 3. — 6) Dio Cass., XL, 17. Steph. Byz., 8. V. Plin., XXXIV, 15, § 150. — 7) Plw., V, 24, §86.-8) Lucaï«., Phars-^ VIU, 237. — 9) Stras., XVI, p. 749. - 10) Polyb., V, 43. - U) Stbab., XM. p. 751. — 12) MoLTKE, op. cit.f p. 296, — 13) Steph. Byz. s. v.

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