APPEND. III, 2] COLONIES DE CASSIOTIDE
dans Ptolémée, presque à la même latitude que Samosate : en tout cas, la ville n*est mentionnée ni dans les Ilinéraires ni dans Hiéroclès * . La médaille citée par Sestini », avec la légende ANTIOXEON THC E- TAY-, doit élre suspecte. 11 y aune autre Antiocbe, celle qui s'appelle sur ses monnaies ANTIOXEnN nPOC EY0PATHN et que Pline signale sur FEuphrate en face de la Gommagène. Mais personne aulre ne parle ni de cette dernière Antioohe, ni de TÉpiphania sur TEupbrate que Pline mentionne à côté d'elle. — Je laisse à d'autres le soin de décider si Doliché (aujourd'hui Dolouk, non loin d'Aïntab) doit être cataloguée ici. En revanche, j'ai certainement le droit d'y inscrire Chaonia, que Ptolémée place dans la Gommagène et qui figure dans la Table de Peutinger sous le nom de Channunia, dans Tltinéraire d'Antonin sous le nom de Hanunea, à moitié chemin entre Gyrrhos et Doliché ^.
Gomme Ptolémée, je veux commencer Ténumération des villes de la Gassiotide par la plus magnifique de toutes les villes syriennes, Antioche sur rOronte. La splendeur de ses édifices, sa richesse en œuvres d'art, son commerce, son luxe, la haute culture qui s'est développée dans son sein, ont fait d'elle, au temps de la domination macédonienne comme sous la domination romaine, l'égale d'Alexandrie d'Egypte . Je renvoie pour Antioche à l'article bien connu d'O. Miller, et me contente de donner un aperçu de ses origines. Il a été dit plus haut un mot de l'établissement fondé en ce lieu par Alexandre. Antigono avait ensuite assis dans le voisinage, un peu en aval du fleuve, son Antigonia ^ : la mention qu en fait Dion Gassius ^ est une preuve indubitable que cette ville ne fut pas le moins du monde détruite, comme 0. MCller l'admet trop com plaisamment, pour qu'on pût transporter ses habitants et utiliser ses matériaux de construction à Antioche. Le témoignage de Libanios ( 'AvriyAveiav aOtTjv Y)9àvt<rQtv... to iï Tzkr^pta^oL îtOpo |MTé<TTr,<Tav*) émane d'un rhéteur qui pousse à l'excès l'hyperbole, et l'autorité de Malalas, avec son xatafrcpé^ai tyiv 'Avriy^veiav, s'eflace devant l'affirmation de Dion Gassius : enfin Diodore "^ embrouille absolument la question en assurant qu'Antigonia fut détruite par Séleucos (xaOEXévxoç avn^v) et les habitants transportés dans la ville de Séleucie, fondée par Antigone et appelée de ce nom par Séleucos, Malalas raconte ces événements avec assez de détails ' ; il assure, entre autres choses, que le nombre des citoyens transportés d'Antigonia à Antioche montait à 5300, Macédoniens et Athéniens. Le nom de la grande ville qu'on venait de bâtir, *AvTi6x«*a ^ «'^i AaçvYj fut choisi par Séleucos d'après le nom de son père, comme le dit Strabon, et non d'après celui de son fils, comme le prétend Malalas: la tradition orientale raconte qu'Antiochos fonda la ville en vertu d'un oracle qui le lui avait ordonné pour mettre un terme à ses insomnies. Pour ce qui
1) H. KiBPERT fait observer que •< Antioche ne peut guère être placée ailleurs qu'à Maraach ». — 2) Sestini, Class. gen., p. 134, éd. \U. — 3) H. Kibpert regarde ces deux noms, Doliché et Chaonia, comme des noms sémitiques grécisés. — 4) Voy. ci-dessus, p. 397. — 5) Dio Cass., XL, 29. — 6) Liban., Aniiochic, p. 349. — 7) DiODOR., XX, 48. — 8) Malal., p. 201 éd. Bonn.
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suit, je renvoie à 0. Mùller : on trouvera chez lui d'amples détails sur la superbe Daphné, le Versailles d'Antioche, et sur THéraclée située entre Daphné et la ville *. En ce qui concerne Platanos, 0. Muller doit avoir raison d'accepter Tindication de Procope ', qui en fait un faubourg sur la route de Cilicie. Wesseling ' confond le faubourg avec la ville de Platanos, marquée par les Itinéraires sur la route d'Antioche à Laodicée, et que PococKE ^ a cru reconnaître aux platanes de ces environs. *- De là, la route, passant par Cathéla (xaO' £Xy) d'c^rès Wesselinq), mène à Laodîcée (TON TTP02 6AAAZ2AN sur les monnaies) ; c'est la quatrième des villes sœurs.
Séleucie,Antiocheet ApaméesurrOronte(AAEA0nN AHMON des monnaies*). Suivant Malalas ^, il y avait auparavant, à cet excellent mouillage, une localité du nom de Mazabda (Ramitha dans Etienne de Byzance), que les Grecs, toujours d'après le môme auteur, appelaient t\ Xfiyxtj ôx-ni. D'après Strabon ^ et Etienne de Byzance, Séleucos I**' a donné à Laodicée le nom de sa mère. Malalas se trompe certainement en disant que c'était le nom de sa fille. Eustathe ' rapporte ces deux opinions, ainsi qu'une troisième, qui donne pour éponyme la sœur de Séleucos. Pour ce qui concerne le culte d'Artémis Brauronia, dont Séleucos envoya la statue de Suse à Laodicée, voy. l'inscription citée par Eckhel '. — Sur le parcours de cette route d'Antioche à Laodicée se trouve le mont Casios, qui a donné son nom à la région, avec quantité de sanctuaires dont je n'ai pas à m'occuper. Au pied du versant ouest de la montagne, du côté de la mer, on rencontre d'abord, au nord de Laodicée, une Héraclée *° avec un port dont Pococke a retrouvé les jetées ; c'est celle qui est mentionnée dans le Stadiasmc^* au cap Polias. La Posidion située tout près de là au nord *« ne doit pas être une ville neuve : Hérodote *' en parle déjà. — Pline énumère ici l'une après l'autre Laodicea libéra, Diospolis, Heraclea, Charadrm, Posidium . Je ne crois pas trop qu'il commette une erreur en plaçant ici Diospolis et Charadros ; une Diospolis irait très bien au ZEYZ KAZI02» et pourquoi n'y aurait-il pas eu là une Charadros aussi bien qu'en Cilicie ** ?
Dans Ptolémée, la Cassiotide a une extension démesurée ; il y fait entrer même Épiphania sur l'Oronte. Je vais laisser de côté la division par provinces et énumérer d'abord les autres villes de la côte, puis celles qui sont sur le cours moyen de TOconte, pour finir par les localités intermédiaires.
Sur la côte au sud de Laodicée, nous trouvons d'abord une Leucate, jadis BaXdiveat 7c6Xt; *om'xYj; (dont la frontière, à l'époque hellénistique, descend plus bas au sud), •?! vOv Aevxa;*». Cependant, le nom nouveau ne paraît
f) 0. Mùller, op. cit., p. 44. — 2) Procop., De xdific,, V, 5. — 3) Wessbllxo ad Itin. Anton,, pp. 147. 582. — 4) Pococke, II, p. 284. — 5) Eckhel» III. p. 6«.
— 6) Malal., p. 203. — 7) Strab., IVI, p. 750. — 8) Eustath. ad Dionys. Perieg. 919. — 9) Eckhel, III, p. 317. C. I. Gr^c,,III, n« 4470. 4471. Cf. Pac- SAN., ni, 17. Lamprid., Vit. Heliog.y 7. — 10) Strab., XVI, p. 752. — ii) Siadiasm, Mar, Mag., 142. - 12) Steph., s. v. Strab., ibid. Pun., V, 20, § 1^.
— 13) Herod., III, 91. — 14) HiCAT., fr. 231. Sladiasm. Mar. Mag. 199. - 15) Steph. Byz. s. v.
APPEND. m, 2] COLONIES DE LA SYRIE MOYENNE 731
pas s'être maintenu longtemps; on ne le rencontre nulle part ailleurs. — En fait de point important, nous trouvons ensuite Orthosia, sur le continent, en face et au sud de là ville libre d'Arados, A la vérité, l'origine hellénistique de cette ville n'est attestée nulle part en termes exprès, que je sache ; mais déjà durant les guerres d'Antiochos II, elle joue un rôle comme forteresse frontière de l'empire des Séleucides. A cet endroit, la plate-bande qui longe la mer, étroite jusque-là, commence à ^'élargir vers l'intérieur des terres ; rÉIeuthéros la traverse pour aller se jeter dans la mer: c'est la plaine Macra de Strabon ^ , à partir de laquelle commence et s^êtend vers le sud la côte de Phénicie, dominée par le Liban.
En remontant le cours de TOronte d'Antigonia à Apamée, nous ne trouvons aucune ville que nous puissions signaler ave j certitude comme hellénislique. A Apamée, comme on l'a fait observer plus haut, Alexandre avait déjà jeté les premiers fondements de la ville : que Malalas ' soit ou non dans le vrai quand il assure qu'il y avait eu là jadis une localité du nom de Pbarnace, il est certain que l'emplacement est de nature à fkire supposer l'exiso tence d'anciens établissements en cet endroit. On sait que cette vaste et riche plaine, autour de laquelle l'Oronte décrit une courbe de grand rayon (de là son nom de Xeppovyjaoc), était à proprement parler la place d'armes des Séleucides. Strabon ', qui en parle, nous apprend en même temps qu'elle portait le nom de la princesse perse épouse de Séleucos (et non de sa Bile, comme le prétend Malalas). On peut considérer comme certain qu'elle était à l'endroit où est aujourd'hui Kelat-el-Medik. Le seul détail que j'aie encore à ajouter, c'est que la ville s'appelle sur ses propres monnaies
ÀTTAMEnN THN TTP02 TH AEIH, et Sozomène M'appelle également *AicQ(|ucac rfiç wpbç tû *AÇiu> icoTàpuo. J'avais conjecturé jadis que le nom d'Axios désignait non pas l'Oronte, mais un 'petit affluent sur lequel se trouve Apamée; mais H. Kiepert dit à ce propos : « J'ai toujours considéré "A^to; comme une forme grécisée de l'arabe el-*Asi, nom actuel de l'Oronte, en supposant, bien entendu, que le nom arabe dérive de l'ancien vocable syrien » . — Tout à fait dans le voisinage se trouve Larissa, f,v Supiot StCapa xaXoOdiv 8, aujourd'hui Seidjar, d'après Burckhardt*. Ce voyageur a trouvé, dans les ruines nombreuses et considérables de l'endroit, une inscription grecque dans laquelle le JHC AOMNOY FYNAIKOC rappelle le nom analogue de Domninos. et l'on sait par Suidas que Domninos était âitb AaoStxecQcc xa\ Aap{(T<yYjc. — C'est ici précisément qu'était Lysiade, vwèp TT); >.f(AVYic xsiiUvtj tT)ç irpb; 'Aitaticîa'. Un peu plus en amont se trouve Épiphania, l'ancienne et célèbre Hamath : outre quelques passages de S . Jérôme", nous avons pour nous renseigner sur son identité un passage instructif de Josèphe : *A|i.aOoç 8* 'A|i.aOTiv xaTfiixv}(rev ... MaxsSivec 8à owtîjv 'Etci-
1) Strab., XVI, p. 754. — 2) Malal., p. 203. — 3) Strab.. XVI, p. 752. — 4) Sozoji., VI, 15. — 5) Steph. Byz., s. v. — 6) Borckbardt, l, p. 245. 514, trad. Gesenius. — 7) Strab., XVI, p. 760. — 8) Hibronym., Qtuest, Heùr. in Gènes., tom. II, p. 516. Ad Jesai., 10, etc.
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çàvecav àç' ivbcTÔv àtcoyivtov (lisez éittyivwv) Êic(i>v6(ia(rotv. u Au milieu de k
ville, dit BuBCKHARDT*, on voit un remblai quadrangulaire, sur lequel s'élevait jadis le château-fort », comme on en trouve partoul dans les villes qui n'avaient point d'acropole naturelle*. Ali-Bey^, décrivant la disposition en amphithéâtre qu'offre la ville des deux côtés du fleuve, mentionne précisément sur la rive gauche cette u montagne assez haute •..— Tout près d'Épiphania au sud, une montagne crayeuse fait une saillie de deux ou trois lieues do côté de l'est, à la rencontre de l'Oronte : elle oblige le fleuve à se rejeter à l'est et à décrire une courbe qui commence au pied du versant sud de la montagne, à Aréthuse. Au-Bey* décrit la magnificence des ruines qu'il a vues au village de Rastan. — D'après la configuration du pays, on peut croire que la Séleucide ne s'étendait pas plus loin, ou du moins ne dépassait pas au sud l'ancienne ville d'Émèse; c'est là que devaient commencer les quatre districts de la Syrie « creuse ».
Il nous reste encore à examiner le domaine compris entre l'Oronte et la mer. Une chaîne de montagnes importante, qui prend naissance au sud d'Antioche, suit à peu près, ce semble, la direction du sud-est, ayant à sa droite la vallée de l'Oronte, à sa gauclje cette route d'Antioche à Laodicée dont il a été question plus haut : à peu près à la latitude d'Arados, elle tourne â l'est et envoie ses contreforts jusqu'à une couple d'heures d'Émèse, du M de l'est. De ce coude de la montagne descend vers Apamée, c'est-à-dire du côté concave, un cours d'eau que Pline '^ appelle Marsyas, tandis que du <îôté de la mer part, à peu près du même endroit, l'Éleuthéros, qui arrose la plaine Macra. C'est entre les sources de ces deux artères réparties sur les deux versants que les voyageurs venant d'Apamée et d'Épiphania franchissent la montagne pour aller à la côte : Burckhardt notamment a fait une description minutieuse de la route. Il y a là quantité de châteaux, dont tel ou tel pourrait bien remonter à l'époque hellénistique. Il y a surtout une position que Burckhardt signale particulièrement, El-Hossn, un château gothique avec le lion du comte de Toulouse au-dessus de la porte et le cloître de St-Georges dans le voisinage : « Ce château commande les communications entre les plaines de l'est et le littoral ; non loin de là finit le Liban et commencent les montagnes de la Syrie du nord^». C'est ici, je crois, qu'il faudrait chercher laChalcis ad Belum cognominata dont parle Pline', ville qui est nettement distinguée d'une autre au pied du Liban *. J'aurais volontiers pW dans cette position maîtresse la Séleucie qu'Etienne de Byzance et Hiéroclès appellent SeXeuxéSyjXoçet que Pline mentionne aussi comme étant ad Bflum^^, si Ptolémée ne mettait pas cette SeXsvxeiairpbç Br^kto juste à l'ouest d'Apamée, à un demi-degré de distance, et si Théophane** ne la transportait pas également dans le territoire d'Apamée, qui ne pouvait guère
1) Burckhardt, I, p. 249. — 2) Moltkb, op. cit., p. 227. Cf. Bubckrardt, 1, p. 233. — 3) Au-Bey, p. 494 de la traduction. — 4) ibid., p. 493. — 5) Pi^-^ V, 23. — 6) Burckhardt, I, p. 267. — 7) Plin., V, 23. — 8) Cf. ci-dessous, p. 13*- — 9)HiER0CL., p. 712. — 10) Plin., ibid. — 11) Theophan., Chron,, p. 533 éd. Bonn.