APPEND. III, 2] COLONIES DE MÉSOPOTAMIE
Maintenant, descendons le cours de TEuphrate, en suivant de préférence la route indiquée dans les Stathmes^ Parlhiques d'Isidore. Il commence par Apamée : la deuxième station qu'il rencontre, à huit schœnes de la première, il rappelle */^potÇ StSov» (Xapaxa aéSou cod. A : Xapaxoat^ov» cod. B), {»icb Sa *EXXr,vci)v 'Av6e(ioy<Ttà; 116X1;. Cette Anlhémousiade fîgure dans Tacite : Nicephorium et Anthemusiada ceterasque urbeSy qusc Macedonibus sitœ Grœca vocabula usurpant ^ Strabon ^ appelle la région Anthémousia et dit qu elle est arrosée par l'Aborrhas. Si ce renseignement est exact, cette région descend assez bas le long de TEuphrate. Ptolémée cite encore la contrée par son nom, mais la ville aussi existait encore de son temps; le fait est prouvé par des monnaies de date bien postérieure, dont on n'a pas la moindre raison de suspecter l'authenticité, comme le fait Mannert. — A trois schœnes après Anthémousiade, Isidore signale Kopai'a rj ev BaTavTi (BtTavr) cod. B) o*/vp(i>(ia. Je ne m'occupe pas de savoir si Conea est un nom hellénistique : mais Batnm, comme l'écrit Etienne de Byzance, ou Batné est mentionnée expressément par Ammien Marcellin comme un milnicipium in Anthemusia conditum Macedonum manu priscorum, ah Euphrate flumine hrevi spath disparatuvy refertum mercatoribus opulentis'* ; l'historien décrit la grande foire qui s'y tient tous les ans à l'automne, et où arrivent les marchandise? des Indiens et des Sères*. — En poursuivant sa route, Isidore cite Alagma^ ôxvpa>(ia, <rra6|Abç 3a<itXix6; ; le nom tout au moins est grec. — Puis vient Ichnee, ic6Xt; *E)^.Tivt;, Maxc86v&)v xTcaixa, sur la rivière de Bilecha; elle porte le nom d'une ville bien connue de Macédoine'. Crassus subit une défaite à IchnîB, xiXyoz ouTo) xotXoupievov <*. — La localité la plus proche de celle-ci est Nicéphorion sur l'Euphrale, dont il a déjà été question plus haut : la ville était située tout près du confluent de la Bilecha. — Ensuite, la route suivie par Isidore s'écarte de nouveau de l'Euphrale : elle franchit l'Abouras (Aborrhas) au-dessus de l'eYidroit où il se jette dans l'Euphrate et ne rejoint le grand fleuve que 10 schœnes plus loin au sud, à Doura, Nixâvopo; 116X1;, xTÎ4T(ia MaxcSivwv, Wo 5à 'EXXtqvwv Evpcoico; xaXeîxxi. Celte place figure sous le nom de Doura dans l'expédition de l'empereur Julien : Ammien Marcellin l'appelle desertum oppidum"^, Zosime dit : AoOpa, T^vo; liàv wç «pa kots ii6Xt; Tjv çépouaa, xiteSè IfoYjiAo;'. Il estdifflcile de savoir au juste ce que veut dire Polybe •, quand il rapporte que le satrape révolté de la Perse prit Séleucie sur le Tigre, puis étendit ses conquêtes aux alentours, xai ttiv (xàv llapaicoTa;i.{av \kixpi ic6Xea>; Eupcoicou xaTio^s, rr)v tk Mc(ro(xota(iîav £&> ; Aov p o) v. 11 y avait bien une Doura sur le Tigre, mais sur la rive gauche, par conséquent en dehors de la Mésopotamie*®; c'est donc de cette Doura sur l'Euphrale, située réellement en Mésopotamie, que Polybe veut parler : seulement, comme Isidore identifie Doura et Europos sur l'Euphrale, ce n'est pas
4)Tac., Ann., VI, 41. — 2) Strab., XVI, p.748. — 3) A*mm. Marc, XIV, 3, 3.— 4) Cf. Amm. Marc, XXIII, 2, 7. Itin. Anton., pp. 291.292. Procop., Dexdif., 11,7.
— 5i Cf., entre autres, Lycophron (v. 129) et ses commentateurs. — 6)Dio Cass., XL, 12. - 7) Amm. Marc, XXIII, 5, 2. — 8) Zosim., IÎÎ, 14. - 9) Polyb., V, 48.
— 10) PoLYB., V, 52, 2. Amm. Marc, XXV, 6, 9.
742 LES COLONIES DES SUCCESSEURS [aPPEND. III, 2
cette Europos que Polybe a pu mettre en Parapotamie (bien qu'on IrouTe aussi ce nom appliqué à la rive droite de l'Euphrale) ; il doit y avoir eu sur le Tigre, et sur la rive orientale du fleuve, une Europos, dont il ne reste, il est vrai, aucune trace. Après cela, il est possible qu'il y ait une faute dans le texte de Polybe : le second passage de Pplybe, celui où il rapporte que le rebelle fit le siège de Doura sur le Tigre, semble indiquer, en effet, que rhistorien a voulu dire : la Parapotamie (sur le Tigre) jusqu'à Doura et U Mésopotamie jusqu'à Europos. — Plus loin sur le parcours de la route, Isidore cite les localités de Izannesopolis» Acipolis, enQn Néapolis sur le canal de Naarmalcba, sans les désigner, il est vrai, comme des colonies grecques.
Outre ces villes, on en trouve encore sur l'Euphrate une couple d'autres. D'abord, Amphipolis. Pline > dit : Thapsacus quondam, nune AmphipoUs, On lit, au contraire, dans Etienne de Bjntance : 'ApiçticoXic îf<m xai lAh: ^vpja; icpbc tô» Evçporr,, %xi(x\ML SeXtvxoi»* xaXelTai Bï vhot&v SOpciiv TouptuSs* Le texte précis d'Etienne* de Byzance semble bien mériter plus de créance, d'autant plus que c'est par l'ancien nom de Tbapsaque, bien connu depuis Xénophon et Théopompe, et non pas par celui d'Amphipolis, qu'Ératosthènedésigne le lieu d'où partent ses mesures géodèsiques. — Etienne de Byzancementionne ensuite une ^Enos xaToc 6àt|/axov xa\ tov Ëù^pdtTQv. — On a déjà parlé précédemment de Callinicon, à propos de la fondation de Nicéphorion par Alexandre, parce que Mannert regarde les deux localités comme identiques. Cette identité, Mannert en donne pour raison que l'emplacement des deui localités coïncide; que le nom de Nicéphorion disparaît avec Pline, et que, depuis l'expédition de Julien, on ne parle plus que de Callinicon ; de plus, les deux noms ont à peu de chose près la même signification : en conséquence, l'assertion de ceux qui disent la ville de Callinicon fondée par Séleucos II pourrait bien être inexacte, et l'on devrait, pour la date du changement de nom tout au moins, accepter le dire de Libanios ', qui raconte que la vilhe reçut ce nom du sophiste Callinicos, mis à mort en la dite localité. Cette argumentation est extrêmement aventurée. Le fait qu'un nom ne se trouve pas dans le petit nombre de textes dont nous disposons na jamais été qu'une preuve de bien peu de valeur, et même on trouve dans le catalogue de MioNNET ^ au moins une monnaie de Callinicon datant du règne de Gallien, c'est-à-dire du temps où l'on dit que vivait le sophiste en question. Tout ce qu'on peut dire, c'est que les deux villes doivent avoir été très rap. prochées l'une de l'autre : quant à leur emplacement, ni ce que nous connaissons en fait de ruines antiques sur les bords de l'Euphrate, ni 1^ indications concernant la situation de l'une et de l'autre localité ne suffisent à le déterminer avec précision. Mannert prétend que Nicéphorion était a l'embouchure de la Bilecha, mais aucun auteur ne le dit : Soura, que ^^ lémée, au dire de Mannert, place en face de Nicéphorion sur la rive sj"
1) Plin., V, 24. - 2) Liban., Epist. ad Arhtjpnet., 1. - 3) Mio.nnET, S«PP'" VIII. p. 415.
APPEND. m, 21 COLONIES DE MÉSOPOTAMIE 743
rienne de TEuphrate et que Procope * situe dans la même position par rapport à Callinicon, se trouve, d*après le môme Plolémée, à plusieurs milles à Touestet au sud de Nicéphorion, tandis que, suivant Procope, Callinicon était infiniment plus près de Soura. En effet, dans le trajet fait par Bélisaire à la poursuite des Perses, les Romains partirent de Soura, où ils avaient passé la nuit, et atteignirent Tennemi en face de Callinicon, au moment où il se mettait en marche pour aller plus loin ; ainsi les deux localités se trouvaient tout au plus à une étape de distance, c'est-à-dire à, trois milles environ Tune de l'autre. Les autres passages de Procope • et de Théophylacte° n'ajoutent rien au peu que nous savons. Ammien Marcellin^ dit : Davanam venil, unde orttis Belias fluvius funditur in Euphratem.., postridie ventum est ad Callinicum, munimentum robustitm et commercandi oppo»*ltinitate gratissimum. Quelques autres citations se trouvent réunies dans les notes de Wesseling à V Itinéraire d*Antonin ^. Il est possible que Callinicon fût à l'endroit où la carte de Czernik place Hérougba et les ruines d'un château, et Nicéphorion un peu plus en aval, à Rakke, où se trouvent des ruines de diverse nature. Pour ce qui est du nom, l'assertion de Libanios est, en effet, étrange; mais son autorité en matière historique n'est pas précisément grande, et il a contre lui le Chronicon Paschale ^, qui attribue expressément la fondation de Callinicon à Séleucos II. On trouvera làdessus de plus amples détails dans l'histoire de ce prince.
Aux environs de Nicéphorion se trouvait, d'après Etienne de Byzance, Zénodotion, qui est mentionnée dans l'expédition de Crassus \ En général, le pays où nous sommes était rempli d'établissements helléniques, plus rempli probflLblement que ne paraît l'indiquer notre liste de noms; c'est ce qu'indique assez l'expression de Dion Cassius : -ra^ù ^ %a\ à Kpàaaoç (qui s'était avancé rapidement jusqu'à lehnee et fut battu bientôt après à Carrœ) xà te çpoupia xa\ xkç iciXet; xkç 'E).XT)vî$ac pLaXiara xà; t: oXXa; xa\ tô NtxYipiptov o)vo(ia(Tiiévov icpotreiroii^aaTO.
Entre ITiluphrate et le Tigre, il n'y a que deux villes dont l'emplacement même soit hors de doute, Édesse et Nisibe : l'une et l'autre ont été de tout temps, il est vrai, des villes de très grande importance. Édesse est aujourd'hui Ourfa, qui a conservé l'ancien nom de Ourha ('Opp6ti). Moltkb* a copié sur une construction située à une heure de la ville et que les Arabes appellent le « château de Nimrod ^ » une inscription qui se termine par Mawou Y'jvi^ ; au-dessous se trouve une ligne en caractères non déchiffrés, probablement syriens. Que l'élément hellénique n'ait pas pris complètement le'dessus à Édesse, c'est chose certaine ; un passage tiré de Georges de Malacia *^ dit que, des trois dialectes syriens, le plus pur et le plus élégant était celui qui
1) Pnocop., BelL Pers., I, 18. — 2) Procop., De âedif.^W, !• Bell, Fers., U, 21, — 3) Theophylact., III, p. 152 éd. Bonn. — 4) Amm. Marc, XXIII, 3, 6. Cf. ZosiM., in, 13, — 5) p. 191. — 6) Chron. Pasch., p. 330 éd. Bonn. — 7) Plut., Crasi, 17. Dio Cass., XL, 13. — 8) Moltke, op. cit,, p. 343. — 9) Regnavit Niiïirod in Araih, i, e. in Edessa (Hieronym., ïn Genef, 10). — 10) ap. Bayer, llist. Osrh,, p. 5. Cf. Quatremèrr dans le Joe/r/ta/ Asiatique^ 1835, p. 214 sqq.
744 LES COLONIES DES SUCCESSEURS [aPPEXD. lll, 2
se parlait à Ëdesse. Nombre d^auteurs attestent que ce sont les Macédoniens qui ont donné à la vieille localité indigène un nom de leur pays, à cause de l'abondance de ses eauz^ Cette même ville a porté aussi le nom d^Antioche; le fait est affirmé positivement. Malalas dit que Séleucos 1^' Ta appelée 'AvTtoxeta r) |ii^o6âp6apo;, et que, lorsqu'el le eutsubi une première inondatioD, il changea son nom en celui d'Édesse. Cependant, Pline * dit de son côté : Edessamt quœ quondam Anliochia dicebalur, CalUrhoen a fonte nominatam ; ainsi, d'après Pline, le nom de la ville, celui qu'elle portait en dernier lieu, était Ëdesse Calirrhoé, et non pas, comme on l'a cru, Antioche sur la Calirrhoé. On a parlé plus haut ^ des monnaies portant Teffigie et le nom
d'Antiochos IV avec la légende ANTIOXEnN THN EHI KAAIPPOHI: pour celles-là, j'accepte encore bien moins que pour les Antiochiens à Ptolémaïs l'explication donnée par ëckhel ^. Cette substitution du Dom d'Ëdesse à celui d'Antioche paraît extrêmement suspecte. On pourrait supposer qu'Édesse avait été fondée déjà par Alexandre ; que Séleucos bâtit tout à fait près de là sa |xtÇo6âp6apoc ; que celle-ci fut peu à peu absorbée par celle-là, et qu'Édesse devint le *nom commun à l'ensemble. La seconde ville est Nisibe (Nasibis dans Etienne de Byzance, NECIBI sur les monnaies), connue sous le nom d' Antioche de Mygdonie, nom qu'elle porte dans Polybe « et sur les monnaies d'Antiochos IV (ANTIOXEnN THN H. MYF- AONIA)- L'identité des deux noms est surabondamment démontrée par les textes * : Lucien ^ mentionne également la ville. D'après Plutarque ', il y avait là des descendants authentiques des Spartiates.
Pline est malheureusement très inexact dans sa description de la Mésopotamie ; pourtant, il nous a conservé quelques noms qui se seraient perdus sans lui. Il dit * : item in Arabum gente^ qui Orroei (le Tigre les sépare «le l'Adiabène *®) vocantur et Mandani, Antiochiam, quse a prxfeclo Mesopotamiœ Nicanore conditaArabis vocat^r **... mox in campestribus oppida BiospegCy Polytelia, Stratonicea, Antkemus *•. Toutes ces localités, sauf la dernière, sont inconnues. On ne connaît pas davantage l'ApoUonia qu'Etienne de Byzance place en Mésopotamie.
2. — Je vais maintenant grouper ensemble les régions que Ptolémée appelle Babylonie et Susiane.
La Babylonie commence à cette Néapolis dont il a déjà été question plus haut, à l'endroit où le canal de Naarmalchamène de l'Euphrate au Tigre^ qui n'en est déjà plus bien éloigné. La première ville hellénistique que nous rencontrions après Néapolis, c'est Séleucie (dite aussi ZEAETKEflN ÎTPOI
1) Cf. Malâl., p. 418 éd. Bonn. Theophan., p. 263 éd. Bonn., et les autres citations réunies par Matinert, Bayer et Wesseli.\g (ad Itin, Anton, f^, 185). — 2) Plin., V, 24. — 3) Voy. ci-dessus, p.737. — 4j Eckuel, UI, p. 306. — 5) Polyb., V, 51. — 6) Joseph., Ant, Jud., XX, 3, 3. Plut., Lucutl., 25. Strab., XVI, p. 747. Thbophylact.. III, pp. 123. 134. — 7) Lucian., Quom. hist, conscr., 15. - 8) Plut., Ser. mm. vind,, 21. — 9) Plin., VI, 30, § 117. — 10) Pun., VI,27, § 129. — 11) D'après H. Kiepert, « c'est encore de Nisibe que Pline veut ici parler; sealement, il puise à une autre source ». — 12) Plin., VI, 30, ?H^-
APPEND. in, 2] COLONIES DE BABYLONÏE ET DE SUSUNE 745
TirPEl sur les monnaies), une des plus grandes villes de rhellénisme, une des plus remarquables aussi et qui mériterait bien encore une monographie. Je me borne ici à quelques indications. La fondation de la ville par SéleucosI^ est attestée par Strabon ^ et Appien'. La ville jouit longtemps d'une prospérité exceptionnelle, et, en effet, elle avait, au point de vue commercial, une position infiniment meilleure que Babylone avant elle et Bagdad après elle, car le trafic de TEuphrate se réunissait là avec le courant commercial qui venait de la mer en remontant le Tigre. Pline dit : plebis et urbanœ DC millia^; lors de sa chute, elle comptait encore, suivant Orose, plusieurs centaines de mille habitants. Elle subsista encore après le temps des Séleucides, comme État libre et se gouvernant à la mode hellénistique {neque in barbarum corrupta, sed conditoris Seleuci retinens *). Zosime * rapporte que la ville avait porté jadis le nom de ZcoxaaYi: il est possible cependant que ce nom cache celui de Xw/ia (donné par Arrien ®, et avant lui par Hellanicos) ou Koché, comme on l'écrit d'ordinaire. Quanta laXipxatxEXtTSxou citée dans la vie de sainte Sira*^, j'ignore ce qu'il faut entendre par là.La'preuve que Ctésiphon, située non loin de là sur l'autre rive du Tigre, n'a pas été fondée seulement au ^ temps de Vardanes, comme le prétend Ammien Marcellin *, c'est que cette localité est mentionnée dans Polybe •. Procope *° n'est pas non plus seul à la dire fondée par des Macédoniens: déjà Jos^phe la qualifie denôXiç *E».Yivî;Jt.
Pline, décrivant le cours inférieur du Tigre **, s'empêtre de nouveau dans une confusion inénarrable ; cependant, à condition de savoir qu'il y avait deux contrées du nom de Mésène*^, l'une au bord du Tigre, près de Séleucie, l'autre, plus connue (Pherat-Maisan)^k l'endroit où l'Euphrate et le Tigre ont opéré leur jonction, on voit clairement, en le lisant, qu'il y avait sur le Tigre deux villes du nom d'Apamée. Pline dit que le Tigre, hàtralù montibus Gwdyseonim circa Apamiam Mesenes oppidum citra Sel^uciam Babyloniam CXXV m. p. divisus in alveos duos altero meridicm ac Se/eweiam petit^ Mesenen perfundens altero etc, **. Par conséquent, cette Apamée se trouvait au-dessus de Sélcucie, tandis que l'Apamée dont parle Ptolémée est située à 1 Va degré plus au sud et à Vt degré plus à l'est que Séleucie. Ptolémée ajoute : 0?* V ( *Aita|iciav) t) toO paatXeiou irotaiioO irpb; tov Ti'ypiv <Tuii6oXi^, èyyù; ptétTY) (corr. Me<rr,vti) x<^pa ; or, ce « fleuve royal » n'est aulre que l'embouchure actuelle de l'Euphrate dans le Tigre. C'est donc là, à l'endroit où est aujourd'hui Kornah, qu'était située cette seconde Apamée,. et c'est à celle-ci que je rapporte le deuxième passage de Pline : item ApamesBy eut nomen Antiochus matris suae imposuit, Tigris circumfUnditur ; hœc
i) Strab., XVI, p. 738. — 2) Appian., Syr., 58 etc. — 3) Plin., VI, 26. — 4 ) Tac, Ann,, VI, 42. — 5) Zosm., III, 23. — 6) ap. Stbph. Byz. s. v. — 7) ap. Boi.LA«D. 18 Mai. — 8) Amm. Marc. , XIV, 23. — 9)Polyb., V, 45. — 10) Pbocop., Bell. Pers., II, 28. — 11) Joseph., Ant, Jud., XVIII, 9, 9. — 12) Plin., VI, 27. — 13) Le fait résulte avec évidence des Acta SS. Martyr. Orient, éd. Assemani, p. 83, et des renseignements qui y sont fournis sur les évêques. — 14) Plin. VI, 27, § 129.
746 LES COLONIES DES SUCCESSEURS [aPPEND. 111, 2
dividiinv Arehoo *. Etienne de Byzance dit à son tour : ^art xai aWr^ It t^ Mearjvôv yf, tw Tîypyji 7repiexo|X£VY). êv ^ <T*/iCeTat o Ttypr,; TiOTatiôc» «a'i sv ï«v T>i fieÇià iJLo(pa Trepiepxsfat itOTajib; ^sXXa;, ev 6s tt; àpiatepa Tcypric oi«i*wjio; xfù \Ltya\(ù, La présence du Sellas (Diala) indique q«e c'est de TA pâmée du nord qu'il s'agit ici. C'est probablement, au contraire, de l'Apanoée du sud qu'il est question dans VElymologictim Magnum : 'Aadvpia. . . cw; 'AiMqteio; xa'i ïxi xdiTw X. T. y., ainsi que dans Ammien Marcellin [eminet *) et Eutychios ^. On a déjà parlé plus haut de TAIexandrie bâtie à l'emboucbure du Tigre, mais il faut y revenir ici, parce que la ville, détruite par les eaux, fut, si l'on peut s'en rapporter h Pline *, restaurée sous le nom d'Antioche par Antiochos, quintiis regum; seulement, ajoute notre auteur, la ville ne s'est définitivement assise qu'après avoir été rebâtie une troisième fois sous le nom de Charax de Pasinès (Spasinès), fils de Sogdanocos, un chef arabe du voisinage que Juba prend à tort pour un satrape d'Antiochos. Le nom de ce prince est écrit YZTTAOZINHZ sur un tétradrachme de lui, qui est imité de ceux d'Eutliydôme de Bactriane : c'est le fameux « unique * de la collection Prokesch, aujourd'hui au Cabinet des Médailles de Berlin. On trouvera de plus amples détails sur l'histoire du royaume de Charax dans Waddington ^.
Pour tous les autres noms hellénistiques que Ton rencontre en Susiane et sur le Tigre, il n*est pas possible d'en préciser remplacement. Etienne de Byzance cite une Diadochoupolis, ou ic6pp(i> KTr,<Tiq>a»vTo;. Ensuite Pline' signale dans la Sittacène oppidum ejus SUtace Grœcorum ah orlUy et Sabdnta, nb occasu autem Antiochia inter duo flumina Tigrim el Tornadotum. Ce dernier nom est 'évidemment le Topva iïOTati.6; deThéophane, et il ressort assez clairement de la description que fait le chronographe de l'expédition d'Héraclius que laTorna est l'Odoine de Tavernier, l'Adhem de Lynch'', le Physcos de Xénophon, le cours d'eau qui descend des hauteurs de Kerkouk. Lysch& trouvé à son embouchure des ruines qu'il regarde comme celles d'Opis : il est possible qu'Antioche ait remplacé Opis*. — On est en droit de placer aussi dans cette région une Laodicée, d'après Plinçî*, qui met ensemble Seleuciay Inodicea, Artemila, Il n'y a qu'une localité dont on arriverait peulélre à déterminer avec plus de précision l'emplacement; c'est Séleucie sur l'Hédyphon*'': du moins, RAWLiNsoNa cru retrouver cette ville àMangi, sur le versant de la montagne, non loin de l'endroit ou le Zard se jette dans le Yerahi. Je trouve la localité mentionnée sous le nom de Belh-Seleucia dans les «Actes des Martyrs d'Orient^' », et Ton rencontre dans ce même passage
1) PuN., Vï, 27, § 132. - 2) Amii. Marc, XXIII, 6, 2S. — 3) Eutych., lom- T. pp. 367. -375. — 4) Plin., VI, 27. — 5) Waddisoton, Mélanges Numism^ H, p. 77 sqq. — 6) Plin., VI, 27, § 132. — 7) Journ. ofthe Roy.geogr. Society, 1^' p. 472. — 8) H. KiEPERT fait observer que « le» ruines d'Opis ont été signalées d'une façon plus exacte par Feux Jones à Tell Mandjour, sur la rive occidentale du cours actuel du Tigre ». Voy. Sélections from the Records of theBornl»^ (iovemmenty new séries, n« XLIII, Bombav, 1837, p. 272. — 9) Pus., VI, »• § 117. — 10) Strab., XVI, p. 744. Cf. Plin^, VL 27. — H) Act. SS. Martyr. Orient,, I, p. 99.
APPEND. m, 2] COLONIES d'assyrie ET d'arménie 747
un autre nom qui appartient certainement à cette série de villes : episcopus BethrSeleuciœ,.. obitl in mansione quam Nicatm'a dicunt..., interfectus est Hadiabi {Adiabene) praeside, et plus loin : episcopus Beth Nictoris {sic) K
2, —On adéjàditun mot précédemment de la région qui s*ét«ndà l'ouest du Tigre jusqu'aux hautes montagnes ; nous avons cru devoir citer Arléraita, Apollonia, Chala, peut-être Isonoé. L'importance du Tigre, au point de vue militaire et commercial, fait nécessairement supposer qu'il y a eu un grand nombre de colonies hellénistiques sur son cours et dans les contreforts si fertiles qui le bordent; peut-être est-ce là qu'il faut chercher Laodicée, dont Pline parlait tout à l'heure; il a dû aussi y avoir là une Acra, d'après Etienne de Byzance* (SexàTtj ê<iT\ xa\ népov toO TiypYjTo; "Axpa), lequel s'en réfère lui-même au XVI* livre d'Arrien (des Parthica naturellement). — Strabon^ et Etienne de Byzance placent dans le voisinage d'Arbèles une Démétriade que d'Anvillk transporte sans raison aucune à Kerkouk ; on connaît une monnaie autonome de la ville, tirée du cabinet Stewart à Bombay^ avec la légende... MH- TPEinN THN nP02 THI TirPEl S légende qui ne suffit pas, il est vrai, à en fixer définitivement la place.
4. — On peut ajouter ici une mention accessoire pour TArménie. Si Ton ne dit pas qu'Artaxata, qu'on prétend fondée par Hannibal *, ait reçu une population hellénistique, on sait, pour Tigranocerte, que Tigrane la fonda Ix $ctfS£xa êpT)|xa>0e(9&v W avToO ic6Xeci>v 'EXXyîviôwv àyOpconou; ayvayaytov. De plus, on trouve citée dans Etienne de Byzance une Épiphania xatà TiyçnwixXm èïxoLi 'ApxEfftxtpta, o wrriv 'Apxeafou xTiaita (il y a Artasigarta dans le texte latin de Ptolémée) : on peut rappeler tout au moins à ce propos qu'Antiochos Épiphane notamment fît en Arménie une brillante campagne, dans laquelle le prince Artaxias tomba lui-môme entre ses mains. — Nous trouvons même une Nicœa en Arménie : il est vrai qu'elle ne figure que sur la Table de Peutinger, avec la mention inintelligible JVica?rt Ninlia^ mais on peut toujours risquer une conjecture. La route allant dans la direction d'Ecbatane qui se termine à Nicœa vient d'Artaxata, ville bien connue sur le cours supérieur de l'Araxe, et elle franchit un massif montagneux au lieu dit Catispi, tandis qu'une Toute venant de l'ouest franchit aussi la montagne à Catispi. La Table indique à partir de Catispi deux routes allant vers le sud, mais elles ont mêmes stations sur un parcours de 75 milles, après quoi elles se séparent : la route de l'ouest va à Tigranocerte, tandis que l'autre prend la direction d'Ecbatane et se termine à Nicœa. Naturellement, cette direction sur Ecbatane ne prouve rien : un détail plus intéressant, c'est que, sur la Table de Peutinger, on lit juste au-dessus de Nicœa le mot Albanie; mais je m'abstiens de pousser plus loin l'induction. — C'est sur cet embranchement dirigé à l'est que la Table de Peutinger indique une Filadelfia, qu'on peut bien transformer sans scrupule en PhUadelphùi ; je laisse à d'autres le soin
1) Ad. SS, Martyr, Orient. I, p. 227. — 2) ^Steph., Byz. s. v, Acra, saivant II. KiRpRRT, peut aussi bien être un nom sémitique. —3) Strab., XVI, p. 1S8. — i) MiONNET, Suppl . VIII, p. 388. — 5) Strab., XI, p. 52Î).
748 LES COLONIES DES SUCCESSEURS [aPPEND. lîl, 2
de décider si cet établissement doit être attribué à Démétrios II Philadelpbe ou à quelque autre prince portant ce surnom. — Pour ce qui est de colonies fondées dans des temps très reculés en Arménie par des Thraces et deSiEnianes, on ne peut que renvoyer à Strabon*. Appien* cite encore parmi les fondations de Séleucos I*' une Nicopolis èv 'Aptuvia t^ àrx^'^âTù» [uikim KanicaSoxtac ; mais ce doit être une erreur, et cette Nicopolis est probablepaent la colonie bien connue fondée, par Pompée sur le Lycos '.
î^ IV. — LE PLATEAU DE l'iRAN, l'iNDE ET LA BACTRIANE.
Nous avons vu que les régions de l'Iran avaient été colonisées par Alexandre, principalement dans la direction de la grande route d'Occident en Orient. Les trois premiers Séleucides songèrent à continuer son œuvre, mais ils en furent empêchés de bien des façons, ne fût-ce que par les complications survenues en Occident : depuis la fondation de Tempire des Parthes et la défection des satrapes de l'Est, il fallut abandonner pour ainsi dire complètement le pays au delà des défilés Caspiens et du désert qui forme barrière au cœur de l'Iran : il fallut se contenter de défendre la Médie et la Perse, et, durant près d'un siècle, on y réussit. Il semble quAntiochos IV (Épipbane) tout au moins essaya d'affermir sa domination sur ces provinces menacées en recourant à l'ancien système expérimenté avec succès, au système des colonies. ,
1. — En Perse, Alexandre n'avait peut-être fondé aucune ville hellénistique; en fait de colonies datant des Séleucides, il en est deux, tout au moins, dont on est à peu près sûr. L'une est Laodicée, qui, il faut le dire, n'est mentionnée que par Pline* : encore cet auteur semble-t-il la placer en Médie : in extremis finibus (du côté de la Carmanie) Laodiceam ab Antiocho condilam. De [quel Antiochos s'agit-il, impossible de le deviner : on voit pourtant, par la mention faite ensuite de Persepolis capiU regni derutum ab Alexandro, que celte Laodicée appartient plutôt à la Perse. Vient ensuite Stasis, «6X1; nep<TixTi êir\ icltpyi; luyàXrj;, î^v el^ev 'Avtsoxo; à SsXevxovt comme dit Etienne de Byzance : il y a longtemps que les prétendues monnaies de Stasis ont disparu de la numismatique. — Peut-être, sur la foi du nom, peut-on considérer comme une ville grecque la Méthone qui*-tienne de Byzance cite comme située en Perse.
2. — Au sujet de la Médie, on a déjà cité le passage instructif où Polybe rapporte comment la Médie a été entourée d'une ceinture de villes helléni-
1)Stbab., XI, pp. 508. 531. — 2) Appian., 5yr.,-57. — 3) Appian., MithrliU 105 et d'autres auteurs. - 4) Plin., VI, 26, § 115. - 5) Polyb., X, 27. Voy. ci-do88Us, p. 670.