APPEND. 111, 2] COLONIES DU TOURAN ET DE L*!NDE
A propos des fondations d'Alexandre en Bactriane, notamment d'Alexandrie sur riaxarte, j'ai supposé qu'un des motifs déterminants du fondateur avait été la préoccupation du commerce avec l'intérieur de la Haute-Asie* ; et, quand je parle ailleurs ' du lieu dit la « Tour de pierre » et du négoce qui mettait en contact l'Orient et l'Occident, c'est surtout à la sériciculture, au commerce de la soie, que je songe. Il est parfaitement exact que nous n'avons pour l'époque d'Alexandre aucun renseignement nous permettant d'affirmer avec certitude que la soie fût alors connue des Grecs, des Perses, des Hindous. On a bien prétendu que les étoffes dites de Cos, mentionnées pour la première fois par Aristote ^ et faites avec le cocon d'une espèce de bombyx dont il donne la description, -avaient été inventées par Pampbila de Cos pour remplacer la soie ; mais il y a à cela une objection, c'est que, jusqu'au temps de Pausanias, le mode de production de la soie était inconnu. Cet auteur fuit savoir, évidemment comme une chose nouvelle, que les fils de soie proviennent d'une chenille, et non pas, ainsi qu'on l'avait cru jusque-là, des fibres d'une écorce végétale (««6 tivo; çXoiou)*. C'est l'expression qu'il emploie, et non pas le terme usité chez les Romains pour indiquer que la soie était détachée par le peigne des feuilles d'une plante^, l'expression em-' ployée déjà dans un passage de Strabon, le texte grec le plus ancien, à notre connaissance, où il soit question de la soie. Strabon^, décrivant les effets merveilleux du climat de l'Inde, parle en terminant du coton, et expose d'après Néarque la façon dont on l'utilise ; puis il ajoute ; toiaOTa Bï %ol\ xk ^epixà Ifx Ttva>v 9Xo(fi>v Çatvo(iivv)c ^v99ou. Comme il donne tout de suite après un renseignement sur la canne à sucre, en ie faisant précéder de ei'pYjxe 6è xa\, on peut supposer que la notice sur la soie est également empruntée à Néarque, encore que l'extrait tiré par Arrien de l'ouvrage de Néarque "^ mentionne bien le coton, mais non pas la soie : seulement, on se demande si le ToiaO-ra de Strabon signifie que Néarque range aussi la soie parmi les productions de l'Inde, ou s'il veut dire simplement que, comme le coton de l'Inde, la soie, connue de Strabon par d'autres informations, est également un produit végétal. Si la soie était déjà connue et employée dans l'Inde au temps de Néarque et d'Alexandre, il est à peu près certain qu'une matière aussi précieuse avait dû pénétrer de là à la cour des rois de Perse, et que le passage bien connu où Procope rapporte que les vêtements dits M médiques » étaient en soie ne s'applique pas seulement au temps où il écrivait ■.
1) Voy. Histoire iV Alexandre, pp. 448.480. — 2) Voy. Histoire des Épigones, p. o6l. — 3) Abistt., Hist. Aniîn,, V, 19, p. 3ol b. 16. — 4) Pausan., VI, 26, 4.
— 5) ViKO., Georg, II, 121. Plin., VI. H, § 54. Amm. Marc, XXIIl, 6, 67, etc.
— 6}Stkab., XV, p. 594. — 7)Nbarch., c. 7. — 8) Pline (IX, 22, § 76) a traduit le passage d'Aristote indiqué ci-dessus, mais avec un contre-sens, quand il dit : prima eas (telas) redordiri rursusque iexere invenit in Coo insula Pamphile ; car l'expression d' Aristote : xx po;i.èvxta àvaXrSoyai twv Yvvatxôv ttve; àvaitYjvtîî6- (lÈvai xatueiTa u?aîvov<ri, indique aussi clairement que possible le dé vidage du cocon. Su?{dkval( Die Thieiwlen des Aristoteles, p. 202) remarque que la description delà chenille par Aristote, particulièrement le ïyzi ofoy xlpaTx, parait
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Le premier renseignement de date certaine que Ton rencontre après c^luilà au sujet des Sères serait le passage où Strabon * parle de leur constitution politique et de leur longévité, si cet auteur indiquait d'une façon plus affirmative qu'il emprunte ces [détails à Mégasthène. Il mentionne une troisième fois les Sères * à l'endroit où; à propos de la Bactriane, il parlo de l'extension des royaumes hellénistiques en Orient, de celui de Ménandros dans l'Inde et de celui de Démétrios, le fils de cet Euthydémos de Magnésie qui avait commencé par être satrape (de Sogdiane peut-être), et qui par la suite s'empara du royaume des Diodotides: Strabon dit que la Bactriane était le vestibule et le boulevard de l'Ariane entière, xai o^, x»' t»s/^' Sv)pfi)v xa\ *puvù)v llltctvov tyiv àp*/T^|V, Il emprunte ces assertions à Apollodore d'Artémita, un auteur dont l'époque ne saurait être déterminée autrement que par le fait qu'il nomme ces rois et que Strabon l'utilise comme source; en tout cas, au temps des rois précités, c'est-à dire de l'an 200 envif^n jusqu'à l'an 150, leur royaume s'étendait jusqu'au pays des Sères, et le contexte semble bien indiquer qu'il s'agit des frontières du royaume de Bactriane et non de celles du rovaume de l'Inde.
Si d'Alexandre à César on ne rencontre plus d'autres renseignements sur les Sères et les étoffes « sériques », cela ne peut en aucune façon, vu l'ex- Irème pauvreté et le caractère fortuit des traditions qui nous viennent de cette période, être allégué comme preuve que l'on avait cessé d'employer les étoffes sériques et de les attribuer au peuple qui les fournissait : il est évident que, si le royaume d'Euthydémos et de son fils s'étendait jusqu'au pays des Sères, on a dû continuer à leur acheter le plus précieux de leurs produits.
S IV. — L AFiuyii: ET l'ahauie.
On voudra bien m'excuser si l'on rencontre dans ce chapitre bien des détails accessoires. Considéré en bloc, l'espace indiqué est le domaine de la colonisation dirigée par les Lagides. Ce n'est pas à dire qu'elle s'y soit enfermée, car nous avons déjà rencontré sur les côtes d'Asie-Mineure et dp Syrie bien des noms appartenant aux Lafridos, rt nous aurons oc(a?ioii d'en signaler encore en passant queh|ues-uns de l'autre cùté d(? la mer; mais des considérations qui seront prés««nlées plus loin nous montreront en quel sens les colonies fondées sur la mer Rouge doivent étri» considért**'^
s'appliquer à l'espèce commune aujourd'hui encore de vers à soie, le Bomf*'J^ mori de Chine. William Kirbv {Introd, to the Entomology^ I, p. 369 ^Qtrad. ail., 1823) rapporte qu'il existe aussi dons le Bengale des espèces indigène? de vers à soie, dont le fil sert à fabriquer des étofTes très solides, et mênieq"" y a en Europe, en Amérique, dos chonilles dont les rofons peuvent t'tre travaillés conimc la soie.
1) Stuaii., XV, p. 702. — 'D SrnAii., M, p. [ilC.
APPEiND. III, 2] COLONIES d'ÉTOLIE 7SJ)
comme les plus importantes de l'œuvre des Lagides. Philadelphe et Évergète notamment méritent d'être signalés comme des bâtisseurs de villes, et il y a un à-propos flatteur dans les vers que Callimaque ' adresse à Philadelphe :
vers écrits avant 247, et même avant 250, comme l'indique l'allusion que fait aussi le poète à Cyrène sa ville natale, en disant d'Apollon :
xa\ (o(i09E T£i/ea Seu^etv YipLeTlpoiî paffiXsOffiv, àe\ 5'cvopxoç *AirôX).wv.
Nous rencontrerons au moins un exemple précis prouvant qu'on a continué à coloniser après le règne de Ptolémée III, et même après 201 : je n'ai pu préciser davantage les dates. Quant aux fondations des Séleucides, nous pouvons en signaler qui datent au moins du règne d'Antiochos IV.
Je veux d'abord parler de deux fondations qui auraient dû être laissées de côté ni nous nous obligions à ne pas dépasser les limites de notre Catalogue. Ce qui m'engage à faire mention d'Arsjnoé ('Apaivota) en Étoile^, c'est surtout que cette colonie nous apprend bien des choses sur la situation politique de ces sortes de villes. D'après le témoignage exprès deStrabon^, c'est Arsinoé, sœur et épouse du roi Ptolémée Philadelphe, qui a fondé cette ville sur l'emplacement d'un village nommé Conopa. Comme il y avait aussi une Lysimachia dans le voisinage, on pourrait supposer que c'est comme épouse de Lysimaque qu'Arsinoè a fondé la ville appelée de son nom, mais l'expression de Strabon interdit cette explication : c'est comme épouse de Ptolémée, après 267 par conséquent, qu'elle a fondé la ville en question. S'il y a au monde un fait avéré, c'est que jamais le Lagiden'a eu TÉtolie en sa possession ; c'est que la Ligue étolienne était, au contraire, une puissance absolument indépendante. Nous avons eu déjà occasion de dire, d'une manière générale, que les villes hellénistiques, autant que nous en pouvons juger, étaient le plus souvent des cités libres, quelque chose comme des villes impériales, mais cette Arsinoé nous montre ce principe poussé à ses conséquences extrêmes : l'importance qu'avait l'Étolie, tant au point de vue des enrôlements que pour la politique hellénique, a dû être le motif qui décida la cour des Lagides à supporter les frais énormes d'une fondation pareille en pays étranger.
Ce sont des considérations du même genre qui paraissent avoir provoqué la fondation de la seconde ville dont je veux inscrire ici le nom, Arsinoé en
1) Callim., In Apolt. 50. —2) Longtemps après avoir écrit ce qui précède, j'ai reçu le Voyage du Dr. Stepha.ni dans la Grèce du Nord : une inscription de Lamia, qu*il public à la page 40, cite un stratège de la Ligue étolienne originaire d'Arsirioé : c'est probablement la plus ancienne mention concernant la ville, car cette inscription, qni signale Lamia comme appartenant à la Ligne tHulicnne, doit dater du temps de la guerre d'Klolic. — 3) Stbab., X, p. 460.
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Crète. Nous n'avons pour cette ville qu*un témoignage, mais il est irrécusable : c*est celui de monnaies que, d'après leur empreinte, ëckhel * reconnaît pour Cretoises. On hésite davantage à accorder au même numismate que ce soit là la neuvième Ârsinoé d'Etienne de Byzance ( eworri [ 'Apoivotj] Auitwj) ; mais, dans tous les cas, il ne saurait être question de la supprimer en corrigeant, comme on Ta essayé, Auxtou en Aux ta;, car cette correction, encore que recommandée en apparence par le ï<ni xaX aXXtj Ayxia; qui vient plus loin dans le même article, ne serait confirmée par aucun autre renseignement historique. Il faut dire cependant que Tancien écusson de Lyctos .(AuTto;sur les monnaies), celui qu'elle a reproduit également sur des tétradrachmes à l'effigie d'Alexandre, est la hure de sanglier.
Il n'en va plus de même pour les villes du même nom situées en Cypre, attendu que l'Ile était effectivement au pouvoir des Lagides . Nous trouvons dans le voisinage de Palspaphos une Arsinoé mentionnée par Strabon* comme npiaoptwv ïx^yj<ra : rien n'empêche d'en Chercher l'emplacement, comme le veut Hamiier, à l'endroit où était le hameau d'Archélia avec ses jardins sacrés dont parle Pline. Strabon' cite une deuxième localité appelée également Arsinoé entre Salamine et Leucolla, c'est-à-dire à peu près là où le Stadiasme * place *A\i\i/ix^<'^^^ • on ne saurait préciser davantage l'emplacement. On rencontre une troisième Arsinoé non loin de la pointe N.-O. de l'île, du promontoire Acamas, sur la baie qui s'enfonce dans les terres à l'est de cette saillie. Letronne' dit qu il y a eu quatre Arsinoé dans Tile, el ËNdEL^ arrive au même résultat en appliquant mal à propos, à mon sens,, ce que dit Etienne de Byzance'', à savoir que Marion a échangé plus tard Eon nom contre celui d'Arsinoé. Il suppose que Marion se trouvait là oîi s'est conservé jusqu'à nos jours le nom de Marin, sur le côté sud de l'île, entre Cittion et Amathonte. Mais la similitude de noms n'a pas grande importance en soi, d'autant plus que sainte Marina a donné son nom â plus d'une localité dans l'ile : de plus, l'unique renseignement que nous possédions sur l'emplacement de Marion témoigne contre cette localisation. En effet, Scylax', qui énumère les villes situées sur la côte en commençant par Salamine et en contournant ensuite la pointe N.-E., cite Soles, Marion, Amathonte, et affirme positivement que toutes ces villes ont des ports. Par conséquent, la Marin en question ne peut pas être Marion ; Marion doit avoir été située sur le littoral entre Soles et Amathonte. Comme elle formait une principauté à part, il n'est pas probable que cette Arsinoé voisine de Paphos ait pris sa place. Quant à celte troisième Arsinoé voisine du promontoire Acamas, nous ne connaissons pas son nom ancien ; il est certain, en tout cas, que la principauté de Marion se trouvait précisément dans celte pointe N.-O. de l'île.
i) EcKHKL, Num, VeL, p. iU. - 2) Stiub., XIV, p. 683. — 3) Sthab., XIV, p. 682. — 4) Sladias7n. n» 30i. — 5) Lbtro.xnk, Recueily p. 484. — 6) Ewott, Kypros, I, p. 108. - 7) Stepu. Byz., s. vv. '.Vpaiv6/j et Mâpiov. — S) Scyui, § 1«3.