APPEND. III, 2] COLONIES DE CTRÉNAIQUE
En Afrique, nous allons commencer le recensement des colonies hellénistiques par la région de FOuest, par Cyrène. Le pays était hellénisé des siècles avant le temps d^Àlexandre ; aussi ne menlionnerons-nous ici que les localités dont le nom a trait directement à des personnages de la maison des Lagides : même pour des lieux comme Apis, comme le Sérapeion du Périple, on ne peut pas dire qu'il y ait des motifs plus probables de les rattacher à Tépoque hellénistique.
La première ville que nous rencontrions en partant de Touest est Bérénice, comme rappellent le roi Ptolémée II Évergète dans ses Mémoires *, Strabon* et autres , ou Bérénicis, comme rappellent Tauteur du Stadiasmef Lucaio ' et Silius Italicus^ : c*est Tancienne Hespéris. Letronne^ était d'avis que cette Bérénice avait dû recevoir son nom de Magas. Il dit qu*on ne pourrait guère citer de colonie fondée par Ptolémée Philadelphe qui ne porte les noms de sa mère ou de ses sœurs (Arsinoé et Philotéra); qu*il n*y a ru que quatre villes du nom de Bérénice; mais, qu'après le nom d'Alexandre, donné, suivant Etienne de Byza'nce, à dix-huit villes différentes, il n'en est aucun qui ait été plus souvent répété que celui d'Arsinoé seus le règne de ce prince. « Ainsi, dit-il, je ne compte pas moins de quatorze villes d'Ar#tnoé, à savoir : une dans TÉgypte moyenne, trois sur les bords de la mer Rouge, une en Lycie, une en Cilicie , quatre en Chypre, deux en Syrie, une en Cyrénaïque, une en Étolie, auxquelles il faut joindre une Philadelphie, et trois Philotéra... L'extrême profusion des noms d' Arsinoé et de Philotéra indique assez clairement que Philadelphe n'a pas dû en employer d'autres pour tous ces établissements qu'il a formés postérieurement à son mariage avec sa sœur Arsinoé : d'où il résulte qu'on doit placer avant ce mariage la fondation de ceux qu'il a nommés Bérénice^ d'après sa mère ; à savoir Bérénice de la Troglodytique, Bérénice Panchrysos, Bérénice Êpidires et Bérénice l'ancienne Asiongaber. Cette induction toute naturelle est confirmée par une observation assez frappante ; c'est que le nom de Bérénice n'existe que sur les bords de la mer Rouge, car la Bérénice de la Cyrénaïque, Tan* cienne Èvespéride^ a dû recevoir son nom de Magas, premier fils de cette princesse. Mais, dans les contrées dont Philadelphe eut la possession plus tard, le nom de Bérénice ne se montre point... Il s'ensuit qu'on doit rapporter aux premières années de son règne la fondation des quatre Bérénice du golfe Arabique, etc.. » Je crois devoir opposer à Lbtronnb les observations suivantes : 1* Il n'y a pas eu quatre Bérénice, mais, sans compter naturellement celle d'Épire, huit : à savoir, outre les quatre sur la mer Rouge, celle du Pont (Tios), celle de Cilicie, celle de Syrie, celle de la Cyrénaïque ; les trois premières ont pu recevoir leur nom de Ptolémée Philadelphe, et, pour Tios, le fait est certain. 2» Il est manifeste, d'après l'exposé fait ci-dessus, que le nom d'Alexandrie q'apas été attribué seulement à dixhuit villes. 3^ Le nom d'Antioche tout au moins était infiniment plus répandu
1) ap. ATHR!<i., Il, p. 71 — 2) Strab., XVI, p. 836. — 3) Lucan., Phars., IX, 524. — 4) SiL. Ital.. ni. 249. — 5) Lrtbonî^e, Remeit, l. p. 484.
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que celui d'Arsinoé, 4" Il sera question plus loin des Arsinoé sur la mer Rouge, mais, d'après ce qui a été dit plus haut, les quatre de Gypre se réduisent à trois. Celle de Crète aurait dû, puisque Letronnk ne rejette pas les raisons numismatiques d'EcKHEL, être citée tout aussi bien pour le moins que celle d'Étolie. Enfin, Éphèse a porté un certain temps le nom d'Arsinoé, emprunté précisément à cette reine, et n'aurait pas dû être passée sous silence. 5® Pourquoi une Philadelphie seulement ? Quand bien môme Le- TRONNE révoquerait en doute l'existence d'une ville égyptienne de ce nom, citée par Etienne de Byzance, il restait encore, outre celle de la Syrie méridionale, qu'il admet *, celle de Cilicie, qui a incontestablement droit de figurer ici. 6® S'il n'est pas sûr que Ptolémée Philadelphe ait continué après son mariage avec sa sœur Arsinoé à donner à ses établissements le nom de sa mère, les rapprochements signalés à propos de Tios Bérénicaî rendent le fait au moins très vraisemblable. 7* Le nom de Bérénice, bien loin d'être restreint aux passages de la mer Rouge, est constaté d'une façon au moins aussi certaine sur le Pont, en Cilicie, en Syrie. 8° Rien ne prouve que les Bérénice de la mer Rouge aient été toutes fondées par Philadelphe; au contraire, on pourrait attribuer avec plus de vraisemblance la fondation des deux qui se trouvent au sud au troisième Lagide. 9« Comme conséquence de ses hypothèses, Letronne dit : « car la Bérénice de Cyrénaïque, Tancienne Evespéride, a dû recevoir son nom de Magas, premier fils de cette princesse ». Je laisse de côté l'expression « premier fils » ; elle est au moins indémontrable , mais, puisque Etienne de Byzance dit expressément : Ix'nj (BîpevîxTj) AtSuYj; tj «pètcpov ^Etnttpiv ixlrfiri «à Bepevixrj àitb -ni; IlToXBtMttow Tvvaixbç BepevixYj; (c'est-à-dire du nom de la fille de Magas), on doit démontrer l'inexactitude de cette assertion avant d'en mettre une autre en crédit : or, d'une part, on ne trouve absolument aucune trace d'un renseignement autre que celui-là, et, d'autre part, la dite assertion ne contient pas la moindre difficulté historique qui puisse faire douter de son exactitude : au contraire, dans une épigramme sur le vaillant soldat, dont il sera question plus tard *, Callimaque appelle encore la ville Hespéris, et il y a bien des raisons pour que cette épigramme date précisément du règne de Ptolémée III. „ La deuxième ville de Cyrénaïque que nous avons à mentionner, est Arsinoé, précédemment Teucheira ou plutôt Taucheira. Etienne de Byzance la définit d'une façon singulière : ii6Xt; IlapatTovtou AtSvyjç, ^ icpÔTepov Tow^stp» * ^^ hypothèses proposées jusqu'ici pour expliquer cette méprise sont encore insuffisantes. Il serait extrêmement intéressant de découvrir à quelle Arsinoé la ville a emprunté son nom. Je ne crois pas devoir employer comme moyen de démonstration les monnaies que l'on attribue à cette ville *, attendu qu'on ne voit pas pour quelle raison elles appartiendraient précisément à Arsinoé en Cyrénaïque. La description de la troisième de ces médailles d'Arsinoé : B Tête voilée de la reine Arsinoé, R. Z. fONETÎ.APÎI. carquois et arc;
1) Op. cit., p. 183. — 2} Voy. Histoire des Épigones, p. 390. — 3) Voy. Mio^* MÎT, Descr. VI, p. 512. Suppl, IX, p. 191.
APPE>U).ni, 2] r.OLOMKS DE CYRÉNAÎQUE 7S0
derrière, une abeille », à cause de l'abeille surtout, ferait plutôt songer à Kphèse, qui, comme on sait, s'appela pour un temps Arsinoé'. D'après ce que l'on verra dans notre récit de la situation de la Cyrénaïque au temps de Philadelphe, on jugera sinon impossible, du moins peu vraisemblable, que ce roi ait donné à la ville le nom de sa sœur-épouse. Nous serons obligé, il est vrai.pour expliquer Justin, d'adraettreque la princesse syrienne Apama a porté aussi, comme épouse de Magas, le nom d'Arsinoé* : mais j'hésite à oroire que le nom ait été employé ofOciellement de la sorte. Ptolémée III, ;iu contraire, pouvait fort bien donner h TArsinoé en question le nom de sa môre, et Ptolémée IV le nom de sa sœur-épouse : la première hypothèse est plus vraisemblable.
La troisième ville hellénistique de celle région est Ptolémaïs, dans le voisinage de Barké : pour les questions de géographie, je puis renvoyer au travail de Titrioe"*. On ne nous dit pas qui a fondé la ville, mais il a été trouvé dans les ruines une inscription qui semble trancher le débat. Letronne* Ta restituée comme il suit :
BAZIAIZ2AN APZINOHN OEA (v àoVA^v) THN HTOAEMAIOY KAI BEPENIKH2 (Oe&v <junr,p^..)
H nOLlI
i ) Outre la médaille ci-dessus mentionnée (elle se trouve dans la collection .de Munich; Couï*i?iêrv, son ancien possesseur, l'attribuait a Arsinoé en Crète), il en existe une autre qui trahit la même provenance : c'est celle qui se trouve dans MioNNET (Desrr, VI, p. 512, n" 162): on y retrouve la tête de femme voi- Jôe et, sur le revers, outre APSI et... ISTA.., le cerf agenouillé avec la tête tournée en arrière, tel qu'on le rencontre tantôt entier tantôt à mi-corps sur les monnaies d'Ephèse, plus une marque où Pellkrin a lu KV, Sestlm Kl, et que Mio.MNET a prise pour une tète de femme. FmEDi.KNUKR, dans une explication qu'il m'a donnée il y a des années, y reconnaît une astragale comme en portent également certaines monnaies d'Éphèsc. Le même savant écrit: « La fabrication, à en juger par la frappe, ne contredirait pas rattribution nouvelle; au contraire ». Que, sur les deux médailles, la tête soit celle d'Arsinoé, la chose est vraisemblable, et, pour la médaille de Munieh tout au moins, d'après le dessin que j'ai sous les yeux, elle est incontestable. Sur l'autre monnaie, ayant appartenu jadis a Pellerin, le mot. ..I^TA.. . est, suivant Ses- TiNi, un reste du nom d'Aristagorae, qui se rencontre également, dit-il, sur une monnaie de Ptolémée provenant de Cyrène (dans Mionnbt, Descr. VI, p. 515^ no 176). Mais, d'abord, on ne peut attribuer en toute sécurité cette monnaie de Ptolémée à Cyrène ; ensuite, Aristagoras n'est pas la seule restitution qui s'adapte aux lettres conservées : sur des spécimens moins détériorés de la même médaille, publiés par iMnooF-BLUMER {Zeitsckt: fûrNumism. III, p. 323), le nom se lit APIXTAIOV. Dans le même article, Imhoof a décrit des monnaies d'une autre ville d'Arsinoé, dont la face offre la tête de la reine, traitée d'une façon tout à fait semblable, avec le diadème en bourn'îct et le voile : la double corne d'Abondance du revers permettrait de supposer que la ville qui employait ce coin portait le nom d*une reine d'Egypte, mais il semble bien que les pièces sont frappées d'après TéUilon attique (les drachmes fortement usées pèsent 3 gr. 75 et 2 gr. 68), et ceci sufBrait à prouver que cette Arsinoé n'était pas non ]»lu8 celle de Cyrénaïque. — 2) Voy. Histoire des Épit/ones, p. 260. — 3) Thriok, Iles Cyrenens. p. 140. — 4) Journal des Savants^ 1828, p. 260.
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Si cette restitution était exacte, comme il n'y a pas eu, sur remplacement où a été trouvé rinscription, d'autre ville que Ptolémaïs, fondée près de Tancien port de Barké (XipiTiv p xaxà BapxiQv *), il femdrait admettre que H nOAI2 est précisément Ptolémaïs, et, par conséquent, qu'elle existait déjà au temps de Philadelphe et de sa sœur-épouse; qu'elle a été fondée et dénommée ou bien par ce roi ou avant lui par son père, ou encore par Magas en l'honneur de son beau-père. Mais j'ai déjà démontré jadis* que cette restitution n'est pas le moins du monde la seule possible, et aujour* d'hui encore je tiens pour plus vraisemblable la restitution : BaffiXtwav 'ApaivÔYjv 6Eà[v çtXoicaTopa] ttjV IlToXei&acou xa\ BepevtxiQ; [Oeôv eOcpf eiôv] t; iîôXi;. De cette façon, Tinscription se trouve être du temps du quatrième Lagide, et il est possible de rapporter la fondation de la ville à Ptolémée III, au môme roi qui probablement a fondé également Arsinoé et Bérénice. Franz ' objecte à cela que, d'après Justin *, la femme de Ptolémée IV Philopator s'appelait Eurydice; mais il n'a pas pris garde que, déjà dans l'inscription de Rosette S il est parlé de la prêtresse 'Apatvitj; çtXoirdtTopo;.
Sur la côte, jusqu'à Alexandrie, nous ne rencontrons aucune localité qu'un nom princier signale comme appartenant à l'époque hellénistique. Il n'est pas douteux, comme on pense bien, que, plus on s'approche d'Alexandrie, plus il a dû y avoir d'établissements grecs ou grécisés ^. Plus d'um* xtofjLYj sur le littoral et dans le Delta portent des noms purement grecs : AristeUf EutychUy Phwdone, dans l'Itinéraire d'Antonin, Chereu (Xatplov dans Etienne de Byzance), 'Apylou «irb *Apy£oy toO Maxedovo; (Etienne de Byzance), *tX(ovoç xti|iYi (Slrabon ^), IIpoÇsvouTroXt; (Etienne de Byzance); on rencontre souvent cités aussi des noms comme Eleusis, Nicopolis, etc. Il se peut qu'il y ait dans le nombre des établissements de date plus ancienne, comme c'était en effet le cas pour Nixfoy. En fait de villes proprement dites, il en a été fondé relativement peu en Egypte, et on en trouvera la raison dans notre récit.
Etienne de Byzance cite une Philadelphie en Egypte : je ne trouve nulle part ailleurs de renseignements sur un établissement de cette nature; cependant je n'ose en nier purement et simplement l'existence. En revanche, nous sommes absolument sûrs de Ptolémaïs et d' Arsinoé. Ptolémaïs était, comme le certifie un texte épigraphique, une fondation du premier Lagide .(IlToXeixatîo;, tjv eiroitjffe SwTiqp *) : de là le sacerdoce qui y desservait son cultes La ville avait été bâtie dans le voisinage de This et d'Abydos: iTÔXt; jxeYÎ<mQ tôv êv t^ 0Y;6aiÔi xol\ oux Ixâvstùy JAi^^ttaz, ï'ioyjfroL xa\ ffvffOîl^* iioXiTixbv èv Tw *EX).r,vixw xpoirci) «<> Istros de Callimachia avait écrit sur elle un ouvrage spécial •* ; du reste, je renvoie pour tous détails à l'étude si pé-
1) ScYLAX, § 101. — 2) J. G. Droysen, De Lagidarum regno, p. 49 et Rhein- Muséum, III, 4. p. 539. — 3) in. C. 1. Gn^c. lIl, n« 3184. — 4) Jdstix., îXX, \, 1. — 5)/n«T. Ros. lig. 5. Cf. Lepsius, Abhandl. der Berliner Akad. 1853, p. 33 du tirage à part. — 6) Virgile {Georg., IV, 281) dit: PelUi gens forlunata Canopi. — 7) Strab., XVII, p. 805. — S) ap. Parthky, De Philis insui p. 53. — 9) Cf. Lepsius, loc. cit. — 10) Stras., XVII, p. 816. — H) Athbn., Xi, p. 478. Ce ne devait pasétre un poème.