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chasse d'éléphants portant le même nom », avait en face d'elle l'île de Straton : c'est le magnifique port de Massaoua, avec l'île du même nom au milieu. — Il est étonnant que Strabon passe sous silence Adule, tandis que Ptolémée la mentionne, mais omet, en revanche, la Bérénice ^ xaxà ^aêoé; de Strabon. Pline * est surpris également que Juba ne nomme pas Berenicen alleram, qiix Panchrysos nominata est, mais il signale, d'après Juba probablement, ïoppidum Adiililon comme maximiîm Troglodylainim emporium^. Ce rapprochement, à lui seul, fait soupçonner que les deux localités sont identiques. Il faut ajouter à cet indice le monument bien connu d'Adulé, trône et inscription, que Cosmas Indicopleustès décrit et copie. Il n'est guère croyable qu'on ait fait cette dédicace à Ptolémée Évergète à la première place venue du littoral, en pays étranger : pour qu'on ait choisi ce point, il fallait qu'il se recommandât par quelque raison spéciale. Personne ne nous apprend quelle est la Bérénice qui a donné son nom à la ville : ce peut-être aussi bien la mère de Philadelphe que l'épouse d'Évergète. Peut-être est-il bonde rappeler que cette inscription triomphale, après avoir énuméré les grandes conquêtes faites en Asie jusque par-delà l'Euphrate et le Tigre, continue en disant que le roi a envoyé un immense butin en Egypte et expédié des troupes par les canaux (de l'Euphrate et du Tigro).... Où les a-t-il expédiées, on ne le dit pas, mais on peut conjecturer qu'elles ont été dirigées précisément par le golfe Persique, en contournant l'Arabie, sur ce point de la côte d'Ethiopie ; on s'expliquerait de cette façon pourquoi il se trouve justement là une inscription qui, à en juger par le Ion même, n'a pas été gravée par le roi, mais sans doute par le chef de cette expédition. A l'appui de cette expédition que je crois indiquée dans l'inscription d'Adulé, il y a encore un témoignage, celui de Pline : Gadara appcllatur Bttbri maris peninsula imjens; hujus objectu vastiis efficitur sinus, XII dientm et noclmm remigio enavigatus Plolemxo régi, qitando nuUius auras recipit afflatum; hujus loti quietcprœcipua adimmobilem magniUidinem belluœ adolescunO. On reconnaît parfaitement bien par Ptolémée * la situation de cette presqu'île, qui porte le même nom que la ville mentionnée par lui; c'est celle qui forme une saillie allongée dans le golfe Persique au sud des îles Bahrein et qui comprend le district de Bahran ; sa pointe nord se trouve sous la même latitude que celle que l'Arabie projette dans la passe d'Ormouz : entre ces deux saillies, distantes de plus de 70 milles géographiques, s'étend le vastus simts, dont la courbe fortement accentuée pénètre jusqu'à 30 milles plus au sud dans la lerre ferme, un golfe aussi grand par conséquent que le golfe Atlantique entre le cap S. Vincent et le cap Blanc. C'est doue ce golfe que traversa ou lit traverser un roi du nom de Ptolémée ; ce ne peut être que Ptolémée III, le vainqueur en question. Il le traversa en entier, c'est-à-dire jusqu'au détroit d'Ormouz; nous pouvons donc suivre jusque-là la marche de cette expédition à laquelle nous semblent faire allusion les derniers mots qui nous aient
l) Pi.iN.,VI,20.§no. -:i)PM.\.,//y/c/.,§l73.— 3)Pi.is.,IX,3, go. - i) Ptoixm.. VI, 7.
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été conservés de rinscripLion d'Adulé. Est-ce qu'une fois là, on sérail retourné en arrière ? Cette grande œuvre de la circumnavigation de l'Arabie, à laquelle Alexandre avait consacré les derniers et les plus hardis de ses projets, le roi Tau rait^l abandonnée après avoir heureusement .parcouru la première moitié, et peut-être la plus difficile, de la route? Nous aurons plus tard occasion de signaler, sur la côte d'Arabie qui fait face à la pleine mer, une île de Sarapis et les îles de Zénobios : si toutes les probabilités ne nous induisent pas en erreur, ce sont là précisément des traces laissées sur la suite du parcours par cette expédition dont le souvenir était célébré parlapartif perdue de l'inscription d'Adulé, ou, comme nous préférons l'appeler, de Bérénice Panchrysos. Ces combinaisons pourraient servir de complément à ce que nous dirons au cours de notre récit à propos de l'issue de la grande campagne de conquêtes entreprises par Ptolémée III.
Je pense que cet exposé, hypothétique, il est vrai, nous ouvre de nouvelles perspectives sur la colonisation des régions au sud de la mer Rouge. Bérénice Panchrysos paraît en avoir été le centre. Je ne m'étendrai pas da\*aDtage sur Timportance commerciale de cette localité, qui est le port naluft*^ de toute l'Abyssinie; il suffit de renvoyer aux indications que donne Pline' et au Périple d'Arrien. Il a fallu que les Lagides étendissent leur prise depossession par-delà les côtes stériles de la Troglodytie, jusqu'à ces riches plages, pour que l'on pût songer à organiser en grand le trafic colonial, si l'on peut employer cette expression, à fonder un domaine colonial, qui naturellement ne pouvait être protégé et garanti que par un grand nombre de colonies. Nous aurons plus tard occasion d'étudier les conflits singuliers qui se sont manifestés dans ces régions, durant les siècles postérieurs, entre la langue hellénistique et l'idiome indigène : pour le moment, il suffit de signaler les noms grecs échelonnés sur les 70 milleSsenviron de côtes qu'il y a encore jusqu'à l'entrée de la mer Rouge. "
On peut utiliser comme indice ce que dit Pline * : simis inmlis referivs ex iis quœ Marcu ' vocantur, aquosœ, quœ Eralonos {Eralanos Detlbtscï) sitientes ; regum ii prœfecti fuere. Malheureusement, sa topographie esta parfaitement embrouillée qu'on ne peut même pas deviner à quelle région appartiennent ces îles ; seulement le passage montre que les noms de pcf' sonnes, dont bon nombre vont se trouver sur notre chemin, ont pu tout au moins être empruntésaux rangs les plus élevés du fonctionnarisme égypti^"* On pourrait fort bien modifier le Satup wv è'po; que Ptolémée met à la suite du promontoire de Diogène vers le sud en SaT\jpou 6'poc, et le rapportera l'explorateur Satyros *. Nous avons déjà cité Ttle de Diodore, celle de Sln-
1) Plln., VI, 29. — 2) PuN., VI, 29, § 169. — 3) Marcu est la leçon des anciennes éditions; Detlefsen donne Malreu: ou trouve des variantes couïib* Maru (DF) Mav (R). Ce nom, s'il est grec, comme on doit le croire, po»'"' rait être le même que celui du Mapxo; ou plutôt Mapyo; de Cérynia dool il sera question dans VHisloh-e des Épigoiies, pp. 312. 480. On trouve, parj"| reux qui ont fait leur «pofncuvyjjjLa dans l'Ile de Philœ, un haut foncUoDfl«'J^' t'^yptien de rt'po(|ue des Lagides, nommé Ératuu, 'Épdtwvo; toO ovn^^»'^' xai... (C. I. (iiLtc, lil, u" 4901. 4902). — 4) Voy. ci-dessus, p. 764.
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ton; Strabon énumère (non sans quelque confusion, comme Ta démontré Mannert), après le port d'ÉIœa et l'île de Straton, la Vigie de Démétrios, les autels de Conon, et, non loin de là, le Port des Pommes avec un çpouptov et plusieurs chasses, ensuite le Port d' Antiphilos, un nom que Salt* a cru retrouver dans la baie d'Amphila, le mot étant absolument différent de tous ceux qu'on rencontre sur la côte d'Abyssinie. Strabon nomme encore le Téménos d'Eumène, et, derrière ce bois, près de la ville de Daraba, une chasse d'éléphants. Puis viennent des Ichthyophages, des Chélonophages, etc. , une île des Phoques, une île des Éperviers; « il y a aussi là une île de Philippe, et, en face, la chasse d'éléphants dite de Pythangélos; puis Arsinoé, ville et port, ensuite Dire ; au-dessus de ces localités, il y a aussi une chasse d'éléphants ». A la pointe de Dire, on quitte la côte du golfe Arabique et on entre dans le golfe Aualite (golfe d'Aden). Strabon cite ici la chasse de Lichas, le promontoire de Pytholaos, une vallée et rivière d'Isis, une vallée du Nil (probablement le NeiXoynToXEjiaCoy du Pénp/e), la Vigie de Léon, le port de Pythangélos, une vallée et rivière Daphnonte, une autre vallée d'Apollon (ne serait-ce pas par hasard 1' 'AiriXXwvo; 7c6Xi; êv AïOioicCa xr^ 'Epuôpa (!) d'Étienne de Byzance?); enfin, le cap de l'Éléphant (Ras-el-Fil) et la Corne du Sud (cap Guardafui). « De Dire jusqu'ici, dit Strabon, se trouvent les colonnes et autels de Pytholaos, Lichas, Pythangélos, Léon, Charimotros (?) » ; il ajoute que la description d'Artémidore ne va pas plus loin. — Dans cette description, il n'y a guère que Dire qu'on puisse prendre comme point de repère : elle se trouve sur la langue de terre, allongée en forme de col, de Ras-Bir. Le nom de la ville était plutôt Bérénice, d'après Pline ^ : terliam. quœ Epidires, insignem loco, est enim sita in cervice longe procurrente, ubi fauces Rubri maris IV, mil, D. passuum ab Arabia distant. Dans Strabon, Ératosthène semble ne pas connaître encore cette Bérénice : il dit simplement que le promontoire s'appelle Dire; qu'il y a au pied une petite ville de même nom, habitée par des Ichthyophages, et qu'on y voit, dit-on, une colonne de Sésostris relatant en caractères sacrés le passage du conquérant sur l'autre rive. Les îles qui barrent l'entrée fil y en a six suivant Strabon) étaient bien connues des anciens. Ptolémée met Arsinoé à 45' à l'ouest, 20' au sud de Dire : je n'affirmerai pas que Mannert soit dans le vrai en en cherchant l'emplacement à Assab, au-dessous de Ras-Firmah; la distance paraît un peu bien grande. — Ptolémée est seul à nous apprendre qu'il y avait là, à 2® 30' à l'est de Dire, un canal d'Antiochos ('Avrié^ou dwXi^v). Beaucoup plus au nord, probablement dans l'archipel de Dahalak, il cite Daphnine, Acanthine, Macaria, etc, noms dont une partie figure aussi dans Pline. Ici encore, le Périple est particulièrement instructif; il décrit le golfe d'Adulé, avec la grande île d'Orine par devant et tout autour les îlots 'AXaXafou (Aliaeu dans Pline 3) ; à 800 stades de là se trouve, y est-il dit, un autre golfe très profond, et dans ce golfe, à droite de l'entrée, une masse de sable dans les pro-
i) Salt, Voyages, p. 181. — 2) Pm., Vf, 29, § 170. — 3) Plin., VI, 29, § 173.
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fondeurs de laquelle on trouve Tobsidiènne : c'est précisément la pierre qu'a rencontrée Salt * dans la baie de Hanakil, près du village d^Arena. Le Périple fait une description extrêmement intéressante du roi de ce pays, nommé Zoscale, qui, entre autres talents, est aussi YpajJUKXTwv •EXXyj^ixôv ^jAirsipo;, et des marchandises qui affluent sur la place, vêtements d'Arsinoé, vases myrrhins de Diospolis, vin de Laodicée et d'Italie, soieries, aciers de rinde, etc.
J'hésite à inscrire ici l'île de Dioscoride (Socotora), bien qu'il soit dit déjà dans le Périple que les habitants sont stcIÇevoi xa\ èîrtVtxTot 'ApàSwv texai ïxi 'EXXi^vwv TôvTcpb; epYa<Ttav exuXeivTwv, et que le nom môme soit celui d'un personnage hellénistique; et cela, parce que le nom ne se rencontre pas encore dans Strabon, et était, par conséquent, encore inconnu au temps d'Artémidore tout au moins. Pourtant, cette conclusion n'est pas ce qu'on appelle forcée ; il me semble plus probable, au contraire, que l'île était déjà découverte au temps d'Agatharchide. — Sur la côte méridionale de l'Arabie, le même Périple cite les sept îles de Zénobios (aujourd'hui îles Kouria- Mouria), ainsi que l'île de Sarapis (Massera), longue de 200 stades : ces îles, ainsi que les deux îles d'Agathocle, plus à l'ouest, sont mentionnées aussi par Ptolémée ; je laisse absolument indécise la question de savoir sil y a un rapport entre ces deux noms et les plans des Lagides. Du reste, il est à peu près certain que ces sept îles sont les « Iles Heureuses » d'Agatharchide, celles qui font un trafic si actif avec la Perse, la Gédrosie et le port fondé sur rindus par Alexandre : c'est une preuve qu'elles étaient connues au moins avant le temps d'Eudoxe et d'Iambule.
Il ne serait pas du tout question de l'Arabie à propos de colonies hellénifitiques, si Pline' n'offrait pas la curieuse assertion que voici : fuermt «^ Gvœca oppida Arethusaf] Larissa, Chalcis, deleta variis belUs, Je roe suis vainement efforcé de trouver quelque part une trace de ces colonies '. J^ n'ose ajouter ici le nom de Leucothéa, d'après Antigone de Caryste S car il figure dans le récit d'Amométos, qui ne paraît pas précisément digne de foi. Ces trois noms, qu'il n'est guère possible de supposer inventés de toutes pièces, paraissent appartenir plutôt à des fondations des Séleucides qu'aux établissements des Lagides. On a déjà dit plus haut que, suivant Pline \ Numénius, préfet d'Antiochos au pays de Mésène, avait battu le même jourj près du Naumachgeorum promontorium (dans la passe d'Ormouz), la flotte et l'armée des Perses, et qu'il avait élevé en cet endroit un double trophée à Zeus et à Poséidon. Peut-être ces trois villes bientôt disparues datent-elles du règne de cet Antiochos (Antiochos IV), et il est possible qu'elles aient été bâties précisément sur cette côte orientale de l'Arabie. — De leur côté, les Lagides n'ont certainement pas manqué non plus de lour-
1) ap. Bkhomaus , op. cit., p. 38. — 2) Plix., VÏ, 28. — 3) « Pline» avec» confusion ordinaire, aura voulu parler des villes syriennes de la vallée de 1^ rente » (H. Kiepebt). — 4) Antio., thst. mirah., p. U9 éd. WestermaniL — 5) Plix., VI, 28.