LES ORATEURS PROSCRITS [I
c'était la remise entre ses mains des orateurs qui s'étaient enfuis à rapproche des Macédoniens. Ils furent donc cités à comparaître de la part du peuple athénien et, comme ils ne se présentèrent pas, condamnés à mort par contumace, sur la proposition de Démade. Antipater se chargea d'exécuter la sentence. Il partit précisément alors de Thèbespour se rendre dans le Péloponnèse, et transforma partout les constitutions démocratiques sur le modèle de celle d'Athènes. Partout il fut reçu en grande pompe : on lui décerna des couronnes d'or et des présents honorifiques, comme au véritable fondateur de l'ordre dans les pays helléniques. Il envoya une bande de valets d'armée pour lui ramener les fuyards morts ou vifs : un ancien acteur, Archias de Thurii, se chargea-de la commission. Parti en toute hâte pour Égine, il y trouva dans le temple d'Éaque Hypéride, Himéraeos, Aristonicos et Eucrate. On les arracha de Tautel pour le3 transporter à Cléonae, où se trouvait Antipater. Celui-ci les fit périr dans les tourments*. Avant qu'Archias fût revenu d'Égine, Démosthène s'était réfugié àCalaurie, dans le temple de Poséidon, pour y chercher un asile. Bientôt, raconte Plutarque, sans doute d'après Douris, Archias arriva avec sa valetaille, fit cerner le temple et y pénétra de sa personne. Démosthène avait passé la nuit à côté de la statue du dieu : il s'était vu en songe concourant avec Archias dans des jeux scéniques; le peuple le couvrait d'applaudissements, mais il finissait par perdre la victoire à cause de la mine besoigneuse de son chœur. A son réveil, il voit devant lui Archias ; celui-ci le salue amicalement et l'invite à le suivre auprès d'Anlipater, qui lui fera un accueil gracieux; il lui conseille de se fier à lui et au stratège macédonien. Démosthène reste
«) Plut., Phocion, 39. Suivant d'autres auteurs {VU. X Orait, p. 849), le fait s*est passé à Corinthe. Nous n'avons pas à examiner si Hypéride s'est lui-même coupé la langue avec les dents, ou si on la lui a coupée, ou si ni l'une ni l'autre de ces'deux versions n'est vraie. D'après Plutarque (Demosth» 30), l'exécution eut lieu le 15 Pyanepsion, le jour de la yr^Tnla, A. Mommsen {Ueortologie, p. 293), se fondant sur cette dernière indication, veut substituer dans le texte tp^tq in\ 8éxa. Quoi qu'il en soit, la date tombe en octo* bre 322, c'est-à-dire en 01. CXIV, 3, année de l'archonte Philoclès, bien que Diodore place la prise d'Athènes sous l'archonte précédent, Céphisodoros, c'est-à-dire, suivant sa manière de compter, en 323,