‹ Histoire de l'hellénisme (volume 2)Chapitre 52 sur 457 · OL. cxiy, 3] mort de démostuènë · texte numérisé non relu

OL. cxiy, 3] mort de démostuènë

immobile. « Quand tu jouais sur la scène, Archias, dit-il, ton art n a jamais pu me faire illusion ; tu ne me persuaderas pas davantage aujourd'hui que tu m'apportes une bonne nouvelle ». En vain, Archias essaie de le persuader; puis il insiste, il pienace d'user de violence. Démosthène reprend : « Te voilà maintenant dans to/i vrai rôle : laisse-moi un moment, le temps d'écrire quelques lignes aux miens ». En disant ces mots» il recule de quelques pas, prend ses tablettes, porte son poinçon à sa bouche et le mâche entre ses dents, comme il avait coutume de faire avant de se mettre à écrire. Puis il se voila la face et pencha la tète. Cependant les sbires riaient de voir le grand homme peureux et hésitant. Alors Archias s'avance vers lui et l'invite à se lever et à le suivre : tout irait bien ; Antipater était clément. Mais Démosthène, sentant déjà les effets du poison qu'il avait sucé au bout de son stylet, se découvrit la tète et dit : « Maintenant tu peux jouer Créon dans la tragédie, jeter dehors mon cadavre et le laisser sans sépulture ». Frissonnant déjà et demi-mort, il fit quelques pas en chancelant et tomba mort près de l'autel du dieu^

La main clu vainqueur pesait bien lourdement sur THellade vaincue. Outre Démosthène et les quatre orateurs, une foule de citoyens appartenant au parti anti-macédonien, tant à Athènes que dans les autres pays, furent les uns exécutés', les autres exilés entre le Ténare et les monts Cérauniens : la plupart se sauvèrent en Ëtolie. On considéra comme une grande faveur la permission accordée, sur la prière de Phocion, à quelques proscrits athéniens de se retirer

*; Pli T., benielr, 29. Il y a bien des récits différents sur la murt de Démosthène, et Plutarque rapporte un certain nombre de ces variantes. La version adoptée ci-dessus est confirmée par Strabon (VUI, p. 375). La narration qui figure dans VÈloge de Démosthène par Lucien, narration soidisant tirée des Mémoires de la famille royale de Macédoine, n'est qu*une série de tirades. Qu'il ait pris du poison, tous le disent, excepté son neveu Démocharès, qui prétendait que, Oiwv tiiht) xai icpovota, il avait été soustrait à la brutalité et s'était endormi promptement et doucement.

•) Le scoliaste édité par Spengel {Artium Script, p. 226) assure qu on bannit d'Athènes àO orateurs, et 100 de toute l'Hellade : l'Anonyme du même Spekgel (ibid, p. 211) parle même de 98 bannis d'Athènes et de 1,800 expulsés de la Grèce (Cf. Tzetzes, Chiliad, VI, 176). En tout cas, le nombre en a été considérable.

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dans le Péloponnèse*. Le Péloponnèse reçut un épimélète dans la personne du Corinthien Dinarque*. Seuls, les Étoliens se maintenaient encore dans leurs montagnes : isolés comme ils Tétaient, Anlipater croyait pouvoir facilement les réduire dans une seule campagne d'hiver*. En tout cas, c'était un prétexte touttrouvé pour de nouveaux armements. Pour activer ces préparatifs et prendre les autres mesures que nécessitait la marche des événemeifts au delà de THellespont, Antipater retourna en Macédoine.

Ane juger que les apparences, il était toujours en bons termes avec le gouverneur général; à plus d'un point de vue, leurs intérêts étaient conformes. Les prétentions exagérées de la mère d'Alexandre étaient une gêne pour Perdiccas aussi bien que pour lui, et, pour résistera celles des satrapes, l'administrateur de l'empire semblait ne pouvoir se passer de l'appoint des forces de la Macédoine et de l'Hellade*. C'est pourquoi Perdiccas avait demandé à Antipater la main de sa fille Nicaea. Antipater se déclara prêt à la lui accorder; Nicaea, accompagnée par Archias' et ayant avec elle son frère loUas, parlit pour l'Asie. Ce n'est pas que les deux potentats eussent bien confiance l'un dans l'autre ; si l'influence depuis longtemps élablic du stratège sur la Macédoine, influence qui venait de s'étendre à la Grèce, était déjà un objet de préoccupations pour Perdiccas, la bonne entente d'Antipater et de Cratère, du prostate du royaume et du stratège qui avaient terminé ensemble cette pénible guerre hellénique, dut lui apparaître comme une

*) Il obtint par son intercession le rappel de plusieurs bannis, et il empêcha que ceux qui durent subir l'exil ne fussent, comme tant d'autres, relégués au delà des monts Acrocérauniens et du cap Ténare : ils eurent la permission de s'établir dans le Péloponnèse (Plut., Phocion, 29). Polybe (JX, 29, 4) dit aussi, dans le beau discours çle Cblœneas : oî Sk Ua^yjyh^fxtz ex itàaQç e^v/jXaToOvTO xr^z *EXXd6o;.

«) SmoAS., 8. V. Aetvapxo;.

3) Sur la situation des Étoliens, voy. Polyu., IX, 29-30.

*) C'est ce que fait entendre l'expression de Justin (XIII, 6, 6) : quo facUius ab eo suppletnentum tironum ex Macedonia ohtinereU

^) Arrian., ap. Phot., p. 70 a 33. Ce ne peut jruère être le Thurien Archias, le çuva^^^P»»» ^^^^ ^"t)i on aurait là un point de rep'^re de plus pour assurer la chronologie. Archias était-il aussi un frère de Nicaea? étaitce le Pellœen mentionné parmi les triérarques delà flotte de l'Indus (Arrian., Ind. 18; ? c'est une question qu'il faut laisser en suspens.

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