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militaires attribuées à leur territoire, ils trouveraient facilement Foccasion et le prétexte d'étendre leurs pouvoirs et d'attacher les troupes à leur personne. Voilà où était le danger sérieux pour Tunité de Tempire. C'était ce même système qui avait déjà visiblement hâté la dissolution de Tempire perse. Les efforts du gouverneur général devaient donc tendre à mettre en vigueur, avec l'armée royale, qui n'avait plus de conquêtes à faire, ce qu'on pourrait appeler la « stratégie générale » de l'empire, et, en vertu de ses fonctions, à prendre des mesures pour rappeler au pouvoir militaire des satrapes qu'il était à la disposition de l'empire.
Lors de la répartition des satrapies en 323, il avait été décidé qu'Antigone et Léonnatos partiraient, l'un de la Grande-Phrygie, l'autre de la Phrygie sur l'Hellespont, pour aller, à la tête de leurs armées, soumettre la Paphlagonie et la Cappadoce pour le compte d'Eumène. Antigone jugea à propos de ne point obéir aux ordres qu'il reçut à ce sujet. Non seulement cette expédition n'eût été d'aucun avantage pour lui, mais encore elle l'eût montré dépendant des ordres du gouverneur général, envers lequel il n'était rien moins que disposé à la soumission. Il en était autrement de Léonnatos. Ce dernier était parti de Babylone avec des forces importantes, dans l'intention de terminer tout d'abord la campagne de Cappadoce, et de se rendre ensuite dans sa satrapie sur les bords de l'Hellespont. Ce fut pendant qu'il marchait sur la Cappadoce* que Hécatée de Cardia, envoyé par Antipater, vint réclamer son secours. Hécatée était en outre porteur de lettres secrètes de la part de la royale veuve, Cléopâtre, sœur d'Alexandre, qui invitait Léonnatos à se rendre à Pella, pour s'assurer du pays de Macédoine et accepter sa main. Quelle perspective pour l'entreprenant et ambitieux Léonnatos! Il renonça sans hésitation à la campagne dirigée contre la Cappadoce et fit ses efforts pour déteiminer Eumène à prendre part à cette nouvelle expédition, qui devait, disait-il, préserver l'empire d'un des coups les plus terribles dont il pût être
*) Plutarque {Eumen. 3) dit : xaTlêrj pilv àvwOev eî; ^p\jyioN, ce qu'il n'aurait pas pu dire d'une année venant de la Petite-Phrygie.
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atteint. Il lui demandait de faire acte de dévouement à Tempire en mettant de côté, pour le moment, ses propres intérêts: et d'ailleurs, la lutte terminée en Grèce, on pourrait attaquer Ariarathe avec d'autant plus de promptitude et de vigueur. Eumène hésitait à le suivre. Du vivant d'Alexandre, objectait-il, il avait demandé plusieurs fois que la liberté fût rendue à Cardia, sa patrie. C'était là le motif de la haine que lui portait Hécatée, qui, on le voyait bien par ce message, était Tami le plus dévoué d'Antipater. Il avait donc à craindre qu'Antipater, pour complaire à Hécatée, ne se crût tout permis contre lui. Sa vie même, il le craignait, pouvait être menacée dans le voisinage d'Antipater. Alors Léonnatos lui déclara que les rapports qui unissaient Antipater et Hécatée n'étaient pas tels qu'il se l'imaginait. Il lui confia que le tyran de Cardia lui avait fait, de la part de Cléopâtre, des propositions secrètes, ne tendant à rien moins qu'au renversement du stratège de Macédoine : il lui mit sous les yeux la lettre de Cléopâtre. Le salut d' Antipater n'était qu'un prétexte pour passer en Europe; le but véritable de l'expédition, c'était la prise de possession de la Macédoine*.
Eumène ne pouvait plus alléguer la crainte qu'il avait d' Antipater pour refuser son concours'; mais il était maintenant en possession d'un secret dont les conséquences devaient avoir sur les destinées de l'empire une influence incalculable. A quoi lui aurait servi de passer en Europe avec Léonnatos ? Au contraire, en communiquant les plans de Léonnatos au gouverneur général, il s'assurait la reconnaissance de ce dernier. Partout les satrapes s'efforçaient plus ou moins ouvertement de se soustraire à l'autorité de Perdiccas; le gouverneur général, d'autre part, était résolu à faire valoir énergiquement le pouvoir qu'il avait en mains au nom de FEmpire. Tôt ou tard donc on en viendrait à un conflit; et le gouverneur général avait tout intérêt à gagner, en prévision de la
*) Plut., ibid. Diodor., XVIII, 14-. — eictgorjOetv Ôoxûv 'AvTiicaTpcj) (Arrian. ap. Phot., 69 b. 23 §9).
*) Plutarque {Eumen. 3) dit qu'Eumène se refusa à prendre part â la campagne, soit par crainte d'Antipater, soit tov Ae^worov ^{ticXtjxrov Svra xoi\
323/2 : OL. cxiv, 2] euhène auprès de perdiccas 87
lutte qui se préparait, des amis véritableraenl dévoués qu'il armerait de la plus grande puissance possible. Eumëne n'était pas encore en possession de sa satrapie, et les satrapes, quand bien même il embrasserait leur parti, n'avaient aucun intérêt à l'aider à s'en emparer. Au contraire^ il se pourrait qu'ils eussent avantage à laisser à Ariaràthe, ennemi déclaré de l'empire et par conséquent du gouverneur général, la puissance considérable dont il disposait. Tels furent sans doute les motifs qui dictèrent à Eumène sa conduite, conduite qu'on pourrait presque qualifier de trahison, si l'on considère la franchise avec laquelle Léonnatos s'était ouvert à lui. Pendant que ce dernier s'imaginait l'avoir déjà gagné à ses projets, ou du moins espérait l'y gagner bientôt, Eumène fit charger ses bagages dans le silence de la nuit et quitta précipitamment le camp avec 300 cavaliers, 200 hommes d'armes et 5,000 talents d'or. D se rendit auprès de Perdiccas et lui révéla les plans de Léonnatos. U s'établit vite entre ces deux hommes des rapports d'autant plus étroits que leurs intérêts étaieiit communs. A partir de ce moment, l'habile Gardien devint le conseiller le plus intime du gouverneur général et son partir san le plus fidèle ^
L important, à cette heure, pour Perdiccas, c'était de mettre cet ami fidèle et dévoué en possession des provinces qui lui étaient échues en partage. Une campagne contre Ariaràthe venait d'autant plus à souhait qu'elle lui offrait Toccasion de passer .avec ses Iroupes en Asie -Mineure, où les deuk satrapes les plus puissants, Antigone et Léonnatos, avaient, avec une indépendance menaçante, méconnu ses ordres. Au commencement de l'année 322, l'armée royale s'avança vers la Cappadoce, sous le commandement du roi I%ilippe, de Perdiccas et d'Eumène. Ariaràthe marcha à leur rencontre avec 30,000 hommes d'infanterie et 15,000 cavaliers. Les Macédoniens furent vainqueurs dans deux batailles; 4,000 Cappadocions furent tués, S, 000 faits prisonniers, et, dans le nombre, le vieux prince lui-même. On le mit en croix avec les siens; les Cappadociens obtinrent leur pardon et la garantie de
^) ToO ovvjSpiow jiÇTst^ev (Plut., /oc, ciï.). * ^