OL.cxTv, i] émeute de l'infanterie
droit delà prendre? Alexandre lui-même, à l'apogée de sa puissance, n'avail-il pas fait décider les affaires importantes par les « troupes réunies? » 11 se peut que les hétieres de la cavalerie se soient tenus pour satisfaits de ce qu'il plairait aux grands seigneurs de décréter en conseil de guerre ; mais Tinfanterie des pézétseres et des argyraspides n'était rien moins que calme en apprenant qu'on allait disposer de l'empire sans sa coopération; au contraire, les. attroupements grossissaientàvue d'œil du côté des fantassins, etl'idée dutleurvenir bien vite qu'il n'était pas besoin d'une si longue délibération si Ton n'avait pas de mauvaises intentions : car enlin, on avait le fils de Philippe ; il était l'héritier naturel et il se trouvait sur les lieux*.
On raconte que l'infanterie se porta au palais du roi et en tira Arrhidée, qu'elle acclama sous le nom aimé de Philippe. Or, même si les membres du conseil avaient eu sous la main les hétaeres de la cavalerie pour barrer le chemin à cette foule tumultueuse, ils aiu'aienl certainement succombé sous le nombre, dans le château.même. Il fallait donc à tout prix gagner du temps en négociant.
Parmi les membres du conseil se trouvait le stratège Méléagre, fils deNéoptolème, qui déjà avaitpris part avec sa phalange à l'expédition du Danube. C'est lui que la réunion délégua auprès des fantassins, sur lesquels il avait une grande autorité, afin de les apaiser et d'obtenir leur concours pour l'exécution des résolutions prises*.
') Il est a remarquer que Justin (XIII, 1, 7) parle comme si l'infanterie avait renouvelé à la mort d'Alexandre les scènes d'Opis : uthostem amissum gnudebcmt et sectiritatem nimiam et adsidua belli periculci exsecranteSj etc,
•) Diodore parle de plusieurs délégués : irpéagei; ex t&v «li'tojix ex^vtwv àv5pôv : on est tenté de supposer que les stratèges furent envoyés auprès de leurs phalanges, Méléagre peut-être à leur tête, comme le premier par rang d'ancienneté. D'après Justin, on envoya avec Méléagre Attale, ou bien un stratège ou taxiarque dont on n'a point parlé encore, celui que mentionne Arrien {De suce. Alex, ap. Phot., § 33 , —ou le fils d'Andromène, leTymphéen qui avait épousé la sœur de Perdiccas ; seulement, comme nous le verrons plus tard, il n'est guère possible d'appliquer à ce dernier ce que dit plus loin Justin (XIII, 3, 7) : Attalus 4ul intrrficimdtim Perdiccam ducem partis alterius miUit,
10 PHILIPPE ARRHIDÉE ROT [I, i
Que Méléagrc se soit chargé de cette mission avant qu*on ne connût la proclamation (F Arrhidée comme roi, où qu'il ait blâmé la décision du conseil et n'ait accepté la commission que pour donner le change, toujours est-il qu'il so rallia aussitôt à la cause populaire, qui offrait les plus brillantes perspectives à son ambition.
Il s'agissait de forcer Perdiccas et son parti à reconnaître les faits accomplis. Le prétexte et le but de la première démonstration, qui ne pouvait manquer de se produire, fut d'obtenir les insignes de la royauté pour le nouveau roi. Il paraît qu'on en vint aux mains dans les appartements même où gisait encore le cadavre d'Alexandre ; les cavaliers auraient été repoussés, et Séleucos aurait protégé avec le bataillon des pages royaux la retraite de Perdiccas et des autres gardes du corps*.
Repoussés, mais non vaincus, ils se rallient devant les portes de Babylone. Là campait la cavalerie : elle tenait les abords de la ville. En r*îse campagne, l'infanterie ne pouvait guère les entamer : eux, au contraire, pouvaient mander des renforts et disposer des ressQurces des satrapies. Le choix de l'infanterie avait été dicté par le patriotisme macédonien le plus dédaigneux : en prenant le fils qui allait naître de la Persane, ils s'assuraient, au pis aller, le concours des Asiatiques.
C'était là pour le parti de Méléagre un grave danger. Plus il hésiterait à le braver, plus le péril serait grand. Méléagre essaya, dit-on, de se tirer d'embarras en cherchant à assassiner Perdiccas, comme si Philippe lui en avait donné l'ordre.
*) Quingenti cum eo erant spectatœ virtutiSf Ptolemœus quoque se ndjunxerat ei puci*orumqne regia eohors (Curt. X, 7, 47). Le chef de celte cohorte était Séleucos; et Arrien [De succcss, Alex. I § 3) le range parmi ceux qui tenaient pour Perdiccas. Les autres détails que l'on trouve dans Quinte- Curce et Justin, si dramatiques qu'ils soient, paraissent être de pure invention, notamment l*assertion : Perdiccas, ne abducendo équités abrupisse a cetera rxercitu viderettir, in urbe substitit. Si. dans Textrait trop succinct que Photius a fait de l'Histoire des successeurs d'Alexandre par Arrien, on pouvait utiliser la moindre allusion, on tirerait peut-être du début (^jv àvapfT;«Tiv 'Apfiôaiou. . . . eç' to xat *AXéÇav8pov, ov ^ptcX^ev. .. . Ttxteiv *PcoÇavr, <TU(x6a<riXeûeiv aOtb>) la conclusion que c'est cette transaction qui a mis fin au premier conflit engagé dans le palais royal entre Tinfanterie et la cavalerie. Pour mon compte, je n'ose pas aller jusque-là.