OL. cxiv, 2] la reine olympias
Mais co plan fut traversé par une intrigue de la reine Olympias, qui détestait Antipater avec toute la violence de son âme passionnée. Aprfes sa haine, ce qui lui tenait le plus au cœur, c'était Torgueil de la domination et la puissance de la maison royale. Elle voyait clairement les efforts que faisaient Antipater et les autres gouverneurs pour arriver à un pouvoir indépendant. Ses sympathies devaient être pour Perdiccas, qui, quelles que fussent ses intentions pour l'avenir, travaillait à maintenir la majesté et l'unité de l'empire. Assisterait-elle à présenl, tranquille, à la réconciliation des deux grands représentants des tendances opposées? Si Perdiccas abandonnait jamais la cause des rois, du moins ne fallait-il pas que co fut on faveur d'Antipater. Aussi la reine, vers l'époque où Nîcaea se rendait en Asie, fit-elle offrir au gouverneur général la main de sa fille Cléopâtre, veuve du roi d'Épire. C'était le meilleur moyen, lui semblait-il, de lier les intérêts du puissant gouverneur général sinon à la fortune des rois, du moins à celle de la maison royale.
Perdiccas et son conseil pesèrent longtemps et mûrement cette proposition. D'un côté, on pouvait objecter que Perdiccas, par ce mariage, se lierait les mains. Pour ajouter au pouvoir suprême qu'il possédait déjà en fait dans l'empire . le nom et les insignes de ce pouvoir, point n'était besoin de chercher le vain prétexte de droits légitimes; mieux valait se fortifier par une alliance avec Antipater. Sans doute, une union avec la famille royale donnerait aussi de grands résultats, des résultats même plus grands certainement, mais plutôt au profit de la famille royale qu'à celui de Perdiccas, car les droits légitimes de Cléopâtre seraient toujours considérés comme le fondement de sa puissance à lui. D'autre part, on pouvait alléguer que la puissance du gouverneur général lui venait de ce qu'il était le représentant de la royauté et de ses droits ; c'est comme tel qu'il était sûr des Macédoniens, et c'était une situation qu'il ne devait abandonner à aucun prix. Seule une
gnemenls plus que sommaires dont nous disposons, il nous manque précisément, ici comme dans ce qui suit, les détails particuliers qui feraient voir sous leur véritable jour des intrigues du genre de celle-ci,
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alliance avec une princesse de sang royal lui frayait le chemin qui devait le conduire à de plus hautes destinées. Le roi Philippe Arrhidée, étant bâtard, n'avait que peu de droits au trône, et il serait facile de détacher de ce prince, Thomme le plus simple d'esprit du royaume, les Macédoniens qui l'avaient élu dans un moment de précipitation. Le fils d'Alexandre était l'enfant d'une Asiatique, et, lors du règlement de la succession, les phalanges avaient fait à plusieurs reprises de cette origine un sujet d'objections. Donc Cléopâtre, la seule de toute la maison royale qui fût issue d'un mariage régulier et assorti, restait l'héritière légitime. Perdiccas possédait déjà le pouvoir dans sa plénitude; dès qu'il serait l'époux de Cléopâtre, les Macédoniens le reconnaîtraient sans peine pour maître et pour roi.
Perdiccas se décida à épouser pour le moment Nicaea, ne voulant pas se brouiller avant l'heure avec Antipater, qui se trouvait alors tout-puissant par suite de la soumission des Hellènes. Il savait parfaitement qu'il existait, entre Antipater d'une part et Antigone et Ptolémée de l'autre, une union très étroite, et qu'il lui serait peut-être impossible, si Antipater se déclarait pour eux, de maintenir les gouverneurs sous le joug. Son dessein était de tomber à l'improviste sur le satrape de Phrygie, qui ne pourrait de si tôt, vu Téloignement, recevoir du secours d'Egypte ; de se déclarer ensuite ouvertement l'adversaire d' Antipater en épousant Cléopâtre, et de passer en Europe pour y faire valoir tous les droits que semblerait lui conférer son mariage avec la seule héritière légitime de la maison royale • .
Ces desseins, si grandioses et si bien conçus en apparence, furent inopinément menacés, et c'est du sein même de la maison royale que s'éleva le danger.
Le roi Philippe, devenu régent au nom du fils mineur de son frère et harcelé par des chefs illyrions, avait jadis épousé, lui aussi, une lUyrienne. De cette union était née Cynane, une fille qu'il avait mariée, dès qu'elle fut en âge, à cet Amyntas qui aurait dû obtenir la royauté. Amyntas lui-même était un
*) Arrian. ap. Phot., p. 70 a 35. Diodor., XVIII, 23.