‹ Histoire de l'hellénisme (volume 2)Chapitre 62 sur 457 · OL. cxiv, 3] cynane et eurtdice · texte numérisé non relu

OL. cxiv, 3] cynane et eurtdice

personnage insignifiant; mais ses droits pouvaient servir de prétexte à ceux qui, après l'assassinat de Philippe, avaient conspiré pour écarter Alexandre de la succession au trône. Lorsqu Alexandre revint de sa première expédition en Grèce, on découvrit des complots dans lesquels le nom d'Amyntas jouait un rôle : il fut condamné et exécuté. Cynane lui avait donné une fille, Adéa* ou, comme on Tappelaplus tard, Eurydice. Alexandre fiança la jeune veuve au prince des Agrianes, Laogaros, qui lui était resté fidèle dans les pénibles luttes de Tannée 334 ; mais Langaros mourut avant que les noces fussent célébrées, et Cynane désormais préféra rester veuve.

Elle avait dans les veines le sang ardent de sa mère, rillyrienne. Elle suivait Tarmée à la guerre; les aventures el les expéditions étaient ses délices, et plus d'une fois elle prit personnellement part aux combats. Dans une guerre contre les Illyriens, elle tua leur reine de sa propre main et ne contribua pas peu, en poussant une charge furieuse dans les rangs ennemis, au succès de la journée. De bonne heure, elle avait dressé sa fille Eurydice aux armes et lui avait donné Thabilude des expéditions guerrières. Cette princesse de quinze ans, belle, impérieuse, belliqueuse comme elle Tétait, héritière de la couronne soustraite à son père par son grand-père, parut à sa mère un moyen tout trouvé de rentrer sur la scène du monde, d'où les intrigues d'Antipater l'avaient écartée.

Brouillée avec ce dernier et avec son parti, il lui fallait chercher parmi les adversaires de son ennemi à qui offrir, avec la main de sa fille, ses hautes prétentions. Puisque Cléopâtre projetait, par son mariage avec le puissant gouvemem' généralPerdiccas, d'exercer dans l'empire une influence souveraine, il ne lui restait plus, à elle, qu'à se créer un tiers parti entre le gouverneur général et les satrapes. Ce fut au roi Philippe qu'elle résolut de conduire sa fille. Brusquement elle partit de la Macédoine à la tète d'une petite troupe, se dirigeant en toute hâte vers leStrymon; mais Antipater s'y était porté avec des troupes pour l'arrêter*. La lance à la main, elle et sa fille

') Sur Je nom d*Adea ou Audate, voy. Perizon. ad iElian. XIII, 36. *) Par conséquent, ceci se passait après la fin de la campagne de Grèce el avant l'expédition d'Élolie, c'est-à-dire vers le mois d'octobre 322.

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chargèrent les lignes ennemies, qui furent rompues. D'autres postes qui cherchèrent à lui barrer le chemin furent également culbutés, et celte expédition bizarre traversa sans encombre THellespont, entra en Asie et continua sa route vers le camp du roi. Perdiccas envoya des troupes à sa rencontre sous le commandement d'Alcétas, avec ordre d'attaquer la reine partout où il la trouverait, et de la ramener morte ou vive. Mais, en présence de cette princesse courageuse, de la fille de Philippe, les Macédoniens refusèrent de combattre*; ils réclamèrent la fusion des deux armées et le mariage de la jeune princesse avec le roi. Il était temps qu'Alcélas exécutât les ordres sanguinaires qu'il avait reçus. En vain Cynane rappela-t-elle avec une éloquence hardie sa naissance royale, la noire ingratitudp d'Alcétas et de Perdiccas et la trahison dont on l'avait enveloppée; Alcétas, conformément aux ordres de son frère, la fit mettre à mort. L'armée exprima hautement son mécontentement, qui menaçait de dégénérer en révolte ouverte contre le gouverneur général, et on ne l'apaisa qu'à grand peine, en fiançant Eurydice à Philippe Arrhidée. Perdiccas espérait, après s'être débarrassé de la mère, venir facilement à bout de la fille. La jeune princesse fit son entrée dans le camp royal, et la puissance de Perdiccas parut sortir de ce péril plus grande et mieux affermie. Eurydice était à sa portée; le sort de cette princesse était entre ses mains. Il semblait toucher à son but suprême, quand un événement inattendu vint hâter le dénouement.

Perdiccas avait espéré qu'Antigone, cité devant im tribunal macédonien, refuserait de se rendre à cette sommation et fournirait ainsi l'occasion de procéder contre lui avec toute la rigueur que mérite un rebelle déclaré, auquel cas il n'était point douteux que le satrape ne fût écrasé parles forces du gouverneur général. Antigone avait promis de se présenter et de fournir les preuves de son innocence; puis, secrètement, il

*) DiODOR., XIX, 52. Polyaenos (VIII, 60) dit qu'elle aima mieux mourir que de voir la race de Philippe dépouillée de la souveraineté ; par conséquent, Alcétas exigea peut-être d'elle qu'elle renonçât à ses prétentions. Arrien (ap. Phot., 70 b. § 23) parle de rriv MaxsS'^ivuv ffrctffiv.

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