OL. cxnr, 3] le cobps d'alexandre
rendre les derniers honneurs au grand roî. C'était une créance générale panni les Macédoniens que le corps du roi, comme jadis celui de l'Œdipe tliébain, aurait ce pouvoir merveilleux de faire du pays où il reposerait dans la tombe une terre prospère et puissante entre toutes. Cet oracle avait été rendu par le vieux devin Aristandre de Telmesse, peu après la mort du roi*.
Que Ptolémée partageât cette croyance ou qu'il désirât l'exploiter h son avantage, peu importe ; il avait sans doute d'autres motifs encore pour s'entendre avec Arrhidaeos et l'engager à partir sans les ordres du gouverneur général. Il pouvait redouter que Perdiccas, pour donner plus de solennité au convoî, n'accompagnât le corps en Egypte avec l'armée royale. C'en était fait de sa situation dans les provinces à lui confiées, s'il s'y montrait une autorité plus grande que la sienne, une force militaire sous un commandement autre que le sien*. Ainsi qu'il avait été convenu avec Ptolémée, Arrhidaeos conduisit le cortège funèbre à Damas. En vain Polémon, général de Perdiccas, qui se trouvait près de là, voulut s'y opposer; il ne put faire respecter les ordres précis du gouverneur général. Le convoi funèbre traversa Damas, se dirigeant vers l'Egypte. Ptolémée, pour rehausser la pompe des funérailles, alla avec son armée jusqu'en Syrie au-devant des cendres royales. On les conduisit à Memphis, pour y reposer jusqu'à ce que le splendide mausolée qui devait servir, à Alexandrie, à la sépulture des rois fût en état de les recevoir'.
') Muas., XII, 64. Je ne saurais dire d'où viennent les histoires, fabuleuses que raconte cet auteur sur la supercherie opérée par le Lagide avec une fausse image.
*) On voit de reste que cette explication a quelque chose de forcé. Il est possible, à la rigueur, qu'il y ait un fonds de vérité dans ce que dit Pausanias, à savoir que le corps du roi avait dû être transporté à JEgœ en Macédoine. Perdiccas a bien pu, contrairement à la décision prise auparavant, faire donner cet ordre, afin d'avoir un prétexte pour faire une expédition en Macédoine, etc. Cette manière de voir paraît confirmée par un passage de Strabon (XVII, p. 794) : ^ç6y] y«P fo <yûl*a à?eX*|wvoç nep«(xxav à toO Aàyoy riToUfiaToc xaTaxoiifÇovra èx BaCuXûvoç xa\ exTpenôiievov Ta\5TTj xaToi itXeoveÇtav
«) DiODOR., XIII, 26-29. Arrian. ap. Phot., 70 b. 20. Strab., XVII, p. 794, Palsan., I, 6, 3. Pausanias dit expressément que le corps fut d'abord
104 RÉSOLUTIONS DE PERDICCAS [1, 3
Arrhidseos avait quitté Babylone de son propre chef; le Lagide était allé à sa rencontre jusqu'en Syrie, et tous deux avaient poursuivi leur route au mépris des instructions expresses adressées au stratège Polémon. C'étaient là des actes de révolte ouverte contre la première autorité de rempire, tout aussi coupables que la conduite des gouverneurs d'Europe à l'égard du satrape fugitif de Phrygie .
Perdiccas assembla ses amis et ses fidèles en conseil de guerre. Il déclara que Ploléméc avait bravé les ordres des rois au sujet des restes d'Alexandre, et qu'Antipater et Cratère avaient donné asile au satrape fugitif de Phrygie. Tous, ils étaient armés pour une lutte qu'ils cherchaient à provoquer. Il s'agissait de maintenir contre eux l'autorité de l'empire ; il fallait chercher à les prévenir et à l6s battre l'un après l'autre. La question était de savoir si l'on attaquerait d'abord l'Egypte ou la Macédoine. Les uns recommandaient de se rendre en Macédoine * : c'était le cœur de la monarchie ; Olympias s'y trouvait, et la population se soulèverait aussitôt eu faveur de la maison royale et de ses représentants. Néanmoins, on se [décida pour une expédition contre l'tgypte. Il fallait d'abord écraser Ptolémée, pour l'empêcher, pendant la campagne d'Europe, de se jeter en Asie h la tête de ses troupes d'élite et de couper ainsi les communications de l'armée royale avec les provinces du nord. Antipater et Cratère étaient encore aux prises avec les Étoliens; on viendrait facilement à bout d'eux après la chute de Ptolémée.
On était justement au commencement du printemps de l'année 321. Perdiccas se dirigea sur l'Egypte avec les rois et l'armée de l'empire. La flotte, commandée par Altale, reçut l'ordre de suivre l'armée, pendant que celle de la mer Egée restait sous le commandement de Clitos, avec mission de fermer
conduit à Memphis; c'est Philadelphe seulement qui l'amena à Alexandrie (Pausan., I, 7, 1) et le fit déposer dans le Sema (Cf. Casaubon. ad Suelon. Aug. 18).
*) Ad ipsum fontem et caput regni.., Olympias non médiocre momentum partiumy et civium favor (Justin., XIII, 6). Justin est d'accord pour le fond avec Diodore (XVIIl, 25), mais on reconnaît chez lui le langage de Douris quand il dit : Aridxum et Alexandri magni fUium in Cappadocia, quorum cura un mandatum fuerat, de summa belli in consilium adhibet.