OL. cxiv> 3] passage du nil
sa bête et Fattaque des hypaspistes repoussée. Perdiccas lançait troupes sur troupes à Tassaut, voulante tout prix s'emparer de la forteresse. Ptolémée,de son côté, enflammait les siens par la parole et par l'exemple. On lutta avec une ténacité incroyable, Perdiccas ayant pour lui tous les avantages du nombre : tous deux sentaient qu'il y allait de l'honneur des armes, et celte idée, aigxiillonnant leur courage, provoquait de leur part les efforts les plus extraordinaires.
Ce combat terrible se prolongea pendant toute la journée. Des deux côtés,, on comptait un grand nombre de morts et de blessés ; le soir vint, et rien encore n'était décidé. Perdiccas "Onna le signal de la retraite et regagna son camp.
Au milieu de la nuit, l'armée s'ébranla de nouveau. Perdic-
cas espérait que Ptolémée resterait dans le fort avec ses trou-
P^s> et qu'après une marche forcée de nuit on pourrait effec-
^^^ y ^ quelques milles en amont, le passage du fleuve. A la
pointe cîu jour, il était en face d'une des nombreuses lies que
^rwàe 1^ Nil en ouvrant ses bras pour les refermer aussitôt;
^ étïiit assez large et assez spacieuse pour permettre à une
p"^n.d^ armée d'y camper *. C'est là qu'il résolut de conduire
^leràne, malgré la difficulté qu'offraitle passage. Les soldats
^^^t de l'eau jusqu'au menton et ne pouvaient résister au
p ^^ï> t qu'avec les plus grands efforts. Pour le rompre un'peu,
^^i^icîas fit avancer les éléphants dans le fleuve, en amont ,
, ^^ gauche des hommes en train de traverser , pendant que
^^v-aliers y entraient en aval, pour recueillir et trans-
^^, ^*^ à l'autre bord ceux qui seraient entraînés par le courant.
d'à ^^elques détachements avaient ainsi passé à grand'peine;
^-^^s se trouvaient encore dans le fleuve quand on s'aperçut
1^ ^ ^ au devenait plus profonde ; sous leurs lourdes armures,
^^Idats coulaient à fond; les éléphants et les cavaliers en-
que /^^ïAMPOLLiON-FiGEAc {Aunales desLagides, I, p. 289 et 400 sqq.) pense qu"^ ^ X>ouiTait être l'île de Myecphoris. Vu les changements considérables par ^^^prouvés le delta du Nil et l'incertitude des renseignements fournis ce-j^^^^odore, c'est là une opinion qu'on ne peut ni contester ni appuyer : T^-j^^^^ant l'expression de Diodore (XVIII, 34) : xaTiovTr)(Tev eiç tov èiievàvTiov JU^ ^ "^^iÇ Miiiçeo);, irpb; yj (rj\k$a.iszi a*/iÇ£<^** "^^^ NeîXov, se trouve confirmée «^^à un certain point par le passage de Lucien cité plus haut (p. 119).
122 INSLCCÈS DE PERDICCAS [I, 3
fonçaient aussi de plus en plus dans Teau. Une panique immense s'empara de l'armée ; on criait que Tenncmi avait bouché les canaux en amont et que bientôt tout serait sous l'eau, ou bien que les dieux avaient déchaîné les pluies dans les contrées du sud , et que c'était là ce qui faisait enfler le fleuve ; les plus raisonnables comprenaient que le fond du fleuve, piétiné par la multitude qui le traversait, cédait et se creusait. Il était impossible de continuer le passage, et ceux qui se trouvaient dans rile ne pouvaient pas davantage revenir. Ds étaient complètement coupés et livrés à l'ennemi, qu'on voyait déjà s'approcher avec des forces imposantes ^ Il ne restait plus qu'à leur donner l'ordre de repasser le fleuve du mieux qu'ils pourraient. Heureux ceux qui savaient nager et avaient assez de vigueur pourtraverser la large nappe d'eau ! Beaucoup se sauvèrent ainsi et gagnèrent la rive sans armes, à bout de forces et irrités. Les autres se noyèrent ou furent dévorés par les crocodiles; ou bien encore, entraînés toujours plus loin par le courant, ils abordèrent au-dessous de l'île, à la rive ennemie. On constata dans Parmée l'absence d'environ 2,000 hommes, parmi lesquels beaucoup de capitaines.
Sur l'autre bord on voyait le camp des Égyptiens ; on voyait les soldats de Ptolémée empressés à retirer de l'eau ^ux qui se débattaient dans le fleuve, et la flamme des bûchers allumés çà et là pour rendi^e aux morts les derniers honneurs. De ce côté-ci de l'eau régnait un morne silence : chacun avait à chercher son camarade, son capitaine, et ne le trouvait plus au nombre des vivants. Par surcroît, les vivres commencèrent à manquer ; et il n'y avait aucune perspective d'échapper à cette efiroyable situation. La nuit tombait; on entendait de ci et de là des plaintes et des imprécations. Tant de braves guerriers avaient donc été inutilement sacrifiés ! Ce
>) Polyaenos (IV, 38) et Frontin (IV, 7, 20) mentionnent un stratagème qui ne peut trouver place quici. Ils racontent que Ptolémée, voyant Perdiccas passer le fleuve à Memphis avec des forces supérieures aux siennes, fit chasser de grands troupeaux de bestiaux traînant des bottes de paille sur les roules poudreuses, afin que sa petite armée eût l'air d'être immense, et que ses adversaires, effrayés en présence de masses aussi énormes, prirent la fuite.