PTOLÉMÉE APRÈS LA VICTOIRE [I
après Alexaiidre. Il croyait n'avoir plus qu'un pas à faire pour atteindre son but, et ce dernier pas amena sa chute.
Bientôt Ptolémée fut instruit de ce qui s'était passé dans le camp. Le lendemain matin, il traversa le fleuve et se fit conduire auprès des rois, leur apportant des présents ainsi qu'à leurs principaux officiers ; il se montra affable et cordial envers tous et fut salué de tous côtés par des cris d'allégresse. Puis on convoqua l'armée en assemblée ; Ptolémée parla aux Macédoniens sur le ton qui convenait à la circonstance. La nécessité seule l'avait obligé, dit-il, à combattre son vieux camarade ; il regrettait plus que personne la mort de tant de braves : la faute en était à Perdiccas, qui avait reçu le salaire qu'il méritait. Désormais, plus d'hostilité d'aucune espèce. Il avait sauvé ce qu'il avait pu des soldats qui se débattaient contre la mort au milieu du fleuve, et préparé les funérailles des cadavres rejetés sur le rivage. Enfin, la disette étant dans le camp, il avait donné ordre qu'on y apportât des vivres el tout ce qui était nécessaire. Ses paroles furent accueillies par des cris de joie; l'homme qui tout à Theure encore était l'ennemi des Macédoniens, qui leur tenait tête et qu'ils avaient combattu avec tant d'acharnement, se trouvait maintenant au milieu d'eux en toute sécurité, admiré, vanté comme un sauveur. C'était lui, on le voyait bien , le vainqueur, et il se trouvait pour le moment en possession incontestée de toute la puissance dont Perdiccas avait abusé. Il s'agissait tout d'abord de savoir qui remplacerait Perdiccas et gouvernerait au nom des rois. On exprima hautement le désir de voir Ptolémée s'en charger. Mais la prévoyance et la circonspection du Lagide ne se laissèrent aveugler ni par la séduction de telles offres, ni par ce brusque revirement de fortune, ni par les joyeuses acclamations des Macédoniens. Il savait qu'en dédaignant la plus haute charge de l'Empire pour la donner à un autre, il cessait lui-même d'être au-dessous d'elle, qu'elle perdait son prestige aux yeux du monde, et que, maintenue à titre gracieux par son bon plaisir, elle servirait à le faire paraître d'autant plus puissant qu'il aurait en apparence agi avec plus de désintéressement. Absolument comme si c'eût été une récompense qu'il avait à distribuer, il recommanda
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^vii-même à Tarmée, pour cette charge, ceux dont il se croyait
Yobligé. C'étaient Pi thon, le satrape de Médie, qui avait fait
le j>remier pas décisif contre Perdîccas en passant dans le
cana^j^ égyptien, et Arrhidœos, qui, au mépris des ordres de
Perdîccas, avait conduit le corps d'Alexandre en Egypte. Tous
deLx:3c: furent, au milieu des acclamations, nommés gquver-
neiji.x*5^ généraux, avec une autorité absolue*. Ils prirent le
conrxïTniandement « jusqu'à nouvel ordre ». '
1L«^^ grands inconvénients qui résulteraient de ce partage de
Tai-itoTité ne pouvaient rester ignorés des gens sensés. Ce
bn:M.5=>c^ue changement de toute la situation devait nécessaire-
mein. t- compromettre beaucoup des amis de Perdiccas, et leur
fai:i:*^:5 craindre toute la fureur de la foule surexcitée. Un texte
isol^ ^ nous apprend que Ptolémée s'efforça de rassurer par
loia 5i les moyens ceux qui auraient pu avoir encore à redouter
q^^^lque chose de la part des Macédoniens. Même les gens
de xinauvaise volonté durent reconnaître que Ptolémée,
^^^•îti-e absolu pour le moment, usait de son pouvoir avec
^^^^^-ï^t de sagesse que de modération, évitant de trancher du
^^^Srâcur, ce qui rendait son omnipotence tout au moins sup-
P<>x* teille.
"^^^^x jours après le meurtre de Perdiccas arriva d'Asie-
'^oxire la nouvelle qu'Eumène était vainqueur, que Cratère
jr-., ^^optolème avaient succombé, et que les provinces d'Asie-
"^^ure étaient entre ses mains. Si ce message avait été
jr^^^^^té deux jours plus tôt (c'est du moins ce que dit la tra-
j>j^^^^ qui remonte jusqu'à Hiéronyme, Tamiet le compagnon
p ^^-^^lène), personne, sans doute, n*eût osé porter la main sur
j„^ ^îccas; ses troupes, loin de songer à la révolte, auraient
s,^ j ^^ contre les Egyptiens avec un nouveau courage, et alors,
ét^ ^'^l les prévisions humaines, nul autre qu'Eumène n*eût
le premier parmi les Macédoniens'. Maintenant Tarmée
•c^»^ ,^ "^wv paffiXÉcûv eirt|ieXrj':a\ auToxpatopEÇ (DlODOfl.,XVlII,36).— ôtp'/ovTSC
a- x^^ '^^^î Ôuvâ{W(i); (Arrian., p. 71 a. 28, § 30). Quelle était leur situation vis- '^ ^^ ï'iin de Tautre et leur compétence respective, nous l'ignorons.
,^r à se xtX toÎ; riepôtxxou çfXoïc cjuvax^ô{i£viç te ÔfjXo; tyhtxo xat offot; xt ^^"^^^'^ou eTi ex Maxe86vtov ÛTceXeiireTo, xâi toutou; aTxaXXâ^ai toO ôéouç itavTi Tp6n(ù 3w '^oûoaaev ^Arrian ./iôiVi. S 29^.
^ ^Xoûoaaev (Arrian., iôiVi, § 29).
^ Plut., Eumen, 8. Diodor., XVIII, 37.