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comme fixes — ou, ce qui revient au môme, comme se répétant sans se modifier, — certains autres, au contraire, comme des quantités qui grandissent ou des qualités qui se perfectionnent avec le temps. A vrai dire, il peut y avoir, à côté des sciences qui étudient les phénomènes naturels comme fixes ou se succédant dans un ordre i\\e, uncj liistoire de la Nature, et les autours des théories évolutionnistes essaient de la faire ; mais cette histoire ne peut que constater des transformations do force, sans accroissement et, par conséquent, sans progrès réel. Il faut réserver le nom d7//s/o/re pour l'étude de ce qui s'accroît par une sorte de création continuée et représente, h chaque instant do la durée, une somme d'énergie plus grande qu'à un instant quelconque du temps antérieurement écoulé.
Cet accroissement, impossible dans le monde matériel, est la loi même du monde moral. Là, le principe de l'équivalence des forces ne s'applique plus, car chaque être pensant est doué d'une spontanéité propre qui, si petite qu'on la suppose, n'en est pas moins distincte de tout ce qu'il a reçu ou s'est assimilé du dehors'. Une pensée, un désir, un acte de volonté, une conception artistique, est une création qui, conservée par le souvenir, s'ajoute à la somme actuelle de tous les souvenirs immortalisés de la même manière, au capital que l'on désigne souvent par le terme générique de civilisation. Ce capital, chacun se l'approprie, sinon en totalité, du moins en partie, et continue pour son compte le travail créateur qui grossit sans cesse l'héritage de l'humanité.
C'est donc dans la vie, et dans la vie morale de l'humanité, que doit s'enfermer l'histoire proprement dite. Elle se propose pour objet spécial de connaître, de grouper, de faire revivre dans une intelligence, en un mot, de « comprendre » non pas précisément le passé, qui est un pur néant, mais tout ce qui reste présentement du passé, à l'état conscient ou latent, dans le souvenir des hommes. En d'autres termes, l'objet de sa connaissance est présent et de nature immatérielle ; il est le résultat permanent d'un con-
1) « Si Ton appelle A ce qu'est un individu, ce qu'il a et ce qu'il produit, cet u A est composé de a-\-x, a représentant ce qu'il a reçu, par l'effet des circons- «. tances extérieures de son pays, de sa race, de son temps, etc., et Vx infinité- (i simal ce qu'il y a ajouté de son crû, l'œuvre de sa libre volonté. Si minusci cule et imperceptible que soit cet x, il a une valeur incommensurable : au " point de vue moral et humain, il a même seul de la valeur» [ibid., p. 60). Comme le dit M. Droysen, Raphaël n'a fait ni les couleurs, ni les pinceaux, ni la toile, ni les traditions religieuses qui ont rendu son art possible, mais le mérite d'avoir tiré de toutes ces conditions préexistantes les Stanze revient, dans la formule A r= a + a;, à I'j: infinitésimal.