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avait en Judée et on prenant les allures cosmopolites de son adversaire.
(( Alors enfin s'engage, front contre front, la lutte provoquée par cet antagonisme, le dernier et le plus profond qu'il y ait dans l'histoire ancienne. C'est maintenant que commence le dernier travail, le travail décisif de l'antiquité en train d'accomplir sa destinée. Sa carrière s'achève, « quand le temps fut accompli », dans l'apparition du Dieu fait homme, dans la doctrine de l'Alliance nouvelle, au sein de laquelle allait s'aplanir ce dernier contraste, le plus profond de tous; au sein de laquelle juifs et païens, les peuples du monde entier, à bout d'énergie ethnique et épuisés à en mourir, allaient enfin, conformément aux promesses des prophètes, aux pressentiments des sages, aux appels de plus en plus pressants des sibylles, organes des Gentils, trouver la consolation, le repos, et, en échange de la patrie perdue ici-bas, une patrie plus haute, toute spirituelle, celle du royaume de Dieu. »
Cette page nous fait songer à Bossuet beaucoup plus qu'à Hegel. Ceux qui s'en étonneraient se sont sans doute habitués à séparer la philosophie de la religion, et à croire que « l'idéalisme absolu » de Hegel est trop panthéistique ou trop fataliste pour s'accorder avec le christianisme. Il est possible qu'ils aient raison au point de vue des principes, mais ils commettent une erreur de fait. Le fond du système hégéUen, comme de toutes les grandes synthèses métaphysiques, est emprunté à la théologiei.Le rôle de l'Idée hégélienne ressemble singulièrement à celui de la Providence, et bon nombre de disciples du nouveau Messie, oubliant que l'Idée devient sans cesse et n'est pas actuellement parfaite, ont cru très sincèrement leur philosophie non seulement compatible mais identique avec leur foi chrétienne. Il leur semblait même que Hegel venait enfin de dévoiler le mystère de l'Incarnation, identification de deux contraires, l'homme et Dieu, le fini et l'infini. Le panthéisme est infusé dans toute la doctrine hégélienne, mais ;il n'est en évidence nulle part, et l'on peut de bonne foi fermer les yeux pour ne le point voir.
Il en est de même du fatalisme inhérent au système. L'idée de la Providence et des causes finales, étirée par un dialecticien vigoureux, aboutit infailliblement à la négation de la liberté humaine, à moins qu'on ne s'arrête à temps, retenu par une foi
1) Il est bon de recueilhr en passant le témoignage de M. Uroysen lui-même. Il dit quelque part qu'il ne juge pa^ à propos de réimprimer nne Introduction écrite en 1843 pour la seconde partie de VHistoire de rHellénisme, parce que peu de. lecteurs se soucient de savoir comment se justifie le point de vue adopté par lui, point de vue « intermédiaire entre la théologie et la philologie, les deux disciplines qui prennent la part la plus directe à VHistoire de r Hellénisme » {Grundriss der Historik^ Préface, p. vi).
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•''gale etconlraipo dans cette libcrtf';^ condition du devoir. Hossuet, «''crivant le Discours sur r Histoire TJniversello, montre bien que l'histoire, telle qu'il la comprend, marche d'ensemble vers un but marque^' d'avance, mais il lui oiU vAxS difficile d'expliquer aussi clairement comment les volontés individuelles, obligées de travailler à cotte œuvre divine, restent cependant libres.
Hegel n'a fait qu'accepter sans hésiter tout le fatalisme inhérent aux causes finales. La concihation de ce fatalisme avec la liberté n'aurait pas dû l'embarrasser et l'amener à sacrifier la liberté individuelle, puisqu'il voyait en toute chose une combinaison de principes contradictoires
Pour nous, qui n'avons pas l'esprit façonné à cette dialectique, il y a là un mystère qu'il faut laisser sommeiller, car il est impossible de le supprimer par des raisonnements si l'on tient à faire coexister des choses incompatibles, des lois fixes appliquées au monde moral et la liberté. Il importe peu que l'on place devant ou derrière le point d'attache de la série des causes; devant, à l'état de but et de point d'arrivée, derrière, à l'état de première cause efficiente et de point de départ. La liberté ne peut être intercalée dans une chaîne de principes et de conséquences sans la rompre. Tout acte dont on peut rendre raison n'est plus un acte libre, car si les raisons qu'on en donne l'expliquent complètement, c'est que la volonté libre n'y a rien ajouté de son propre fonds. La liberté est quelque chose d'irrationnel, d'inconnaissable, qui échappe aux prises de la logique, puisque la comprendre, ce serait la rattacher à une cause autre qu'elle-même.
Voilà pourquoi la philosophie contemporaine, au lieu d'opter entre le mécanisme scientifique de causes efficientes et la domination tout aussi fatale des causes finales, paraît vouloir retourner au dualisme de Kant, qui ne résout pas la question mais protège du moins la foi en la liberté et la morale contre les entreprises de la (f raison théorique «.Voilà pourquoi aussi je ne me sens nullement obligé de batailler contrel'Idée providentielle de M.Droysen; de décider s'il voit dans la marche des choses plus de nécessité qu'il n'y en a ou que n'en constatent le commun des historiens, et si ceux-ci restent plus près de la vérité parce qu'ils raisonnent avec moins de rigueur que lui.
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Le goût des hautes spéculations, la préoccupation des lois générales qui mènent le monde s'accusent assez dans l'œuvre de M. Droysen pour frapper même le lecteur le moins attentif, mais il n'est pas aussi aisé de distinguer dans quelle mesure et dans quelle intention il mêle la philosophie à l'histoire, l'abstraction aux faits concrets, ce qu'il cherche dans l'étude du passé, de quelle façon, en un mot, il comprend sa lâche d'historien.
Ce serait se donner une peine inutile que de soumettre ses ouvrages à une analyse minutieuse pour en extraire les règles de sa méthode, car il les a formulées lui-même, avec une précision toute mathématique, dans un opuscule intitulé Grundriss der Historik. Résumer ces pages où l'auteur s'est étudié à ne pas laisser un mot oiseux, où la concision est poussée jusqu'à l'extrême, est chose impossible. Je me bornerai à indiquer, autant que possible en langage courant, les grandes lignes du système, car c'est toujours en système logique, dogmatique même, que cet esprit impérieux ordonne ses idées. L'inconvénient qu'il peut y avoir à ouvrir cette espèce de digression, et à revenir sur quelques-unes des idées précédemment signalées, sera largement compensé par l'intérêt qu'offrent en elles-mêmes les théories de Al. Droysen.
M. Droysen se demande si l'histoire n'est qu'une combinaison à doses arbitraires de diverses connaissances dont aucune ne lui appartient en propre, ou si elle est elle-même une science, ayant son objet spécial et sa méthode à elle. La question est plus compliquée qu'elle peut le paraître à première vue. Dire que l'histoire est l'étude ou la connaissance du passé, c'est employer une expression impropre et peut-être fausse, car on ne peut pas plus connaître ce qui n'existe pas ou n'existe plus que ce qui n'existe pas encore. Pour résoudre le problème, M. Droysen ramène d'abord tous les objets possibles de la connaissance à deux catégories, qui répondent à la notion de l'espace et à celle du temps. Tout ce qui coexiste dans l'espace, nous l'appelons la nature; ce qui se succède dans le temps con?>i\i\iQV histoire. Cette division n'*est pas dans les choses, car tout ce qui est dans l'espace est aussi dans le temps et change sans cesse ; elle est toute subjective et veut dire que notre esprit conçoit certains phénomènes