‹ Histoire de l'hellénismeChapitre 100 sur 231 · OL. cxii, 4] ambassade scythe · texte numérisé non relu

OL. cxii, 4] ambassade scythe

Stasanor, satrape d'Arie, arrivèrent à Zariaspa; ils amenaient enchaîné le traître Arsanie qui, pendant qu'il était satrape d'Arie, avait favorisé l'invasion de Satibarzane, le Perse Barzane auquel Bessos avait confié la satrapie des Parthes, ainsi que divers autres seigneurs qui avaient soutenu l'usurpation de Bessos. Cette capture anéantissait le dernier reste d'une opposition qui aurait pu, si elle avait été mieux conduite, mettre dans le plus grand péril le droit de la force* et de la conquête. Quiconque maintenant tenait encore contre Alexandre semblait se dévouer à une cause perdue ou être le jouet de l'illusion la plus enfantine.

Parmi les ambassades qui furent introduites à la cour du roi dans le cours de l'hiver, celles des Scythes d'Europe furent en particulier mémorables. L'été précédent, Alexandre avait envoyé avec les ambassadeurs scythes quelques-uns de ses hétaeres; ceux-ci revenaient maintenant accompagnés d'une seconde ambassade qui, de nouveau, apportait les hommages de leur peuple et les présents considérés par les Scythes comme les plus précieux. Leur roi, dirent-ils, était mort dans l'intervalle ; son frère et successeur se hâtait de donner au roi Alexandre l'assurance de sa soumission et de sa fidélité d'allié, et, pour lui en donner un témoignage, il lui offrait sa fille en mariage. Si Alexandre repoussait cette oifre, le roi lui demandait du moins de permettre que les filles de ses grands et de ses princes se mariassent avec les grands de sa cour et de son armée. Enfin les ambassadeurs ajoutaient que leur roi était prêt à venir en personne trouver Alexandre, s'il le désirait^ pour prendre ses ordres, et que lui et ses Scythes étaient disposés à se soumettre en tout .et pour tout aux ordres du roi. La décision d'Alexandre fut en rapport avec sa puissance et les circonstances actuelles ; sans accepter la proposition d'une alliance matrimoniale avec les Scythes, il renvoya les ambassadeurs avec dé riches présents et avec l'assurance de son amitié pour le peuple des Scythes.

Vers ce même temps, Pharasmane, roi des Chorasmiens ', arriva à Zariaspa avec une suite de quinze cents chevaux, afin

') La situation de la Chorasmie est indiquée par le nom actuel de larégion.

t()t nu)iM>srrioN in: imiaius.mank |III, 2

(le |»irs('iih'r v\\ pcisoiiin' ses iHnnma^es îui j^raiid roi, car l'accueil amical que S|)itaini'ne avail lioiivé chez les Massagëtes, ses voisins, poiivail faciloinciil le faire soupçonner luimême; il régnait sur la région de TOxus inférieur et il assurait qu'il était voisin de la Irihu des Colchidiens et du peuple féminin des Amazones ; au c/ls où Alexandre aurait l'intention d'entreprendre une campagne contre les Colchidiens et les Amazones et de tenter fa conquête du pays jusqu'au Pont-Euxin, il s'oiïrait à lui montrer le chemin et à pourvoir aux hesoins do l'armée dans cette expédition '. La réponse que fit Alexandre à cette proposition nous permet de jeter un coup d'œil sur l'enchaînement ultérieur de ses plans : malgré leur hardiesse, ils témoignent incontestablement d'une connaissance remarquable des conditions géographiques de ces différentes contrées dont l'existence fut révélée pour la première fois par son expédition. Déjà il avait appris par le témoignage de ses yeux, ainsi que par les rapports de son ambassade et par ceux des indigènes, que rOcéan, qu'il croyait encore en communication directe avec la mer Caspienne % n'était nullement voisin des frontières nord de l'empire des Perses, que les hordes scythes possédaient encore d'immenses territoires vers le Nord et qu'il

1) Arrian., IV, 15. Clîrt., VIII, \, 8. Les offres de Pharasmane telles que les rapporte Arrien, et la réponse d'Alexandre disant qu'il ne voulait pas pour le moment entrer dans la région du Pont, pourraient venir à l'appui de l'opinion qui veut qu'Alexandre ait confondu le Tanaïs d'Europe avec riaxarle : on ne comprend pas sans cela comment il aurait pu utiliser pour une expédition sur le Pont l'aide des Chorasmiens du lac d'Aral, et comment Pharasraane pouvait se dire le voisin des Colchidiens. On peut, en effet, admettre cette méprise chez les Macédoniens portés à l'exagération, mais non pas chez Alexandre. Les hommes de confiance qui étaient partis avec l'ambassade des Scythes d'Europe devaient avoir rapporté des renseignements sur la mer d'Aral et la mer Caspienne. Peut-être Pharasmane voulait-il parler de communications par mer avec la région du Kour et de l'Araxe, sur le rivage opposé, relations dont les textes anciens et des recherches modernes ont suffisamment établi l'existence autrefois. Il est à remarquer qu'Arrien fait parler (içacr-xs) Pharasmane des Amazones sans employer le ela\ ôà ot )iyo'jcr'.v qui lui est familier : il a par conséquent trouvé le récit tel quel dans Ptolémée ou dans Aristobule.

-) Alexandre le croyait encore à ce moment, et ce qui le prouve, ce ne sont pas tant les paroles qu'Arrien met dans sa bouche (V, 26, 1) que la mission d'Héraclide (VII, 16, 1), envoyé à la mer Caspienne pour y construire une flotte et pour rechercher Troio; t'.v\ bj\Lo6ùlii 6a)^â(ja-ï; x. t. >..

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était impossible de trouver de ce côté pour le nouveau royaume une frontière naturelle dans la Grande-Mer. Il comprit au contraire fort bien que, pour assujettir complètement le plateau deTIran, — ce qui restait toujours pour lui le plus pressé — la possession des contrées basses environnantes avait une importance essentielle ; et la suite des temps a montré combien il était dans le vrai en prenant l'Eupbrate et le Tigre, TOxus etl'Iaxarte, l'Indus et l'Hydaspe comme points d'appui de sa domination sur la Perse et l'Ariane. Il répondit à Pharasmane qu'il ne pouvait, pour le présent, songer à pénétrer dans les régions voisines du Pont, et que l'œuvre qu'il devait entreprendre d'abord était la soumission de l'Inde-, qu'ensuite^ une fois maître de l'Asie, il avait l'intention de retourner en Grèce et de pénétrer dans le Pont, avec toutes ses forces, par l'Hellespont et le Bosphore ; Pharasmane pouvait donc ajourner jusqu'à ce moment-là ses offres actuelles. Pour le présent, le roi conclut avec lui allian'ce et amitié, lui recommandâtes satrapes deBactriane, de Parthie et d'Arie, et le congédia en lui donnant toutes les marques de sa bienveillance.

Toutefois les circonstances ne permettaient pas encore de commencer la campagne de l'Inde. La Sogdiane, il est vrai, avait été soumise et ravagée, mais le châtiment rigoureux qu'Alexandre avait infligé à ce malheureux pays, loin d'apaiser les esprits, parut, après un court moment de stupeur, devoir produire par contre-coup une exaspération générale *. Les habitants s'étaient réfugiés par milliers dans des places environnées de murs, sur les hauteurs, dans les châteaux-forts que possédaient au milieu des montagnes les seigneurs du haut pays et des régions oii les montagnes forment frontière du côté de l'Oxus ; sur tous les points où la nature ofl'rait quelque défense se trouvaient des bandes de fugitifs d'autant plus redoutables que leur cause était désespérée. Il était impossible à Peucolaos, avec ses trois mille hommes, de maintenir Tordre et de protéger le pays plat ; de tous côtés les masses se réunissaient pour former une insurrection formi-

^) oTt TcoXXouç Ttov SoyStavibv Iç xà epu(j.aTa ^u[ji7recp£uy£vat ouôe eÔéXetv xaxaxoueiv ToO ffarpairou oaxi; aOroîç e^ 'AXe^avôpou eueTSTaxTO (Arrian., IV, 15, 7), Ce qui est fort étonnant, c'est qu'Arrien ne sache pas le nom de ce satrape. I 30

46tJ ARHIVfcE DES RENFORTS [III, 2

(lablc ; il scniMait (jn'il ih; maïKjuail plus (pi'iin chef qui mît à prolil l'absL'iK'e d'Aloxaihlrt'. Spilainèiic, (|iii, à (mi ju'ier par l'allaciiio surlo Pulylimélos, n'était pas sans habileté rnililairo, réfui^ié comme il était alors dans le pays des Massagètes, parait être resté étranger à cette seconde défection des Sogdianiens : du moins il serait difficile autrement de comprendre pourquoi il n'accourut pas avec ses Scythes. L'extension qu'Alexandre laissa prendre à la révolte avant de la comprimer était un signe que, pour le moment, ses forces actives n'étaient pas en mesure d'aller chercher ces ©nnemis nombreux et hardis jusque dans leurs montagnes; en ellel, après avoir laissé des garnisons dans les villes d'Alexandrie en Arachosie, sur le Paropamisos et sur le Tanaïs, il ne pouvait guère lui rester plus de 10,000 hommes disponibles. Ce ne fut que dans le courant de l'hiver qu'arrivèrent d'Occident des renforts imporlanls, comprenant une colonne d'infanterie et de cavalerie que iXéarchos, satrape de Lycie, et Asandros, satrape de Carie, avaient enrôlée, une seconde qu'amenèrent Asclépiodore, satrape de Syrie, et l'hyparque Menés, et une troisième sous les ordres d'Épocillos, de Ménidas et de Ptolémée, le stratège des Tliraces, le tout formant près de 17,000 hommes de pied et 2,600 cavaliers*. Alors seulement le roi eut assez de troupes autour de lui pour poursuivre l'insurrection de la Sogdiane jusque dans ses derniers repaires.

Au printemps de 328, le roi quitta la résidence de Zariaspa, où les malades de la cavalerie macédonienne restèrent dans le

*) Arrian., IV, 7, 2. Malheureusement, Arrien ne donne pas de chiffres. Q. Curce (VII, 10, 11) compte dans la première colonne, commandée selon lui par Alexandros (il veut dire Asandros), 3,000 fantassins et 500 cavaliers ; dans la deuxième, 3,000 fantassins et 1,000 cavaliers; dans la troisième, 3,000 fantassins et 1,000 cavaliers ; il mentionne encore 7,400 Grecs à pied et 600 à cheval, envoy*^-^ par Antipater. Le Mélamnidas cité par Arrien doit être corrigé, d'après Q. Curce, en Ménidas. Ce qui est à noter, c'est le IlTo).£u.aîoç 0 xcôv ©pav.wv (TToaToyo; d'Arrien. L'ancien commandant de l'infanterie thrace, Silalcès, était resté à Ecbatane ; quant à ce Plolémée, il avait été envoyé avec Epocillos (Arrian., III, 19, 6. IV, 7, 2) à la mer pour conduire en Eubée ie convoi d'argent et de soldats libérés (printemps 330V Par conséquent, ces officiers avaient mis pour aller en Macédoine et revenir à Zariaspa environ un an. A vol d'oiseau, il y a de l'Hellespont à Issos et de là à Balk par Bagdad environ 400 milles.

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