OL. cxin, 1] li:s hellÈiNes
graphique en tant de cercles excentriques et qui, clans les endroits où il était réuni en masses plus épaisses, était, après comme avant, profondément fractionné au pointde vue politique et parliculariste à outrance, — comptait pour bien peu de chose, quant au nombre des individus directement intéressés à l'entreprise, en comparaison de Timmense population de l'Asie ; mais ce qu'on peut considérer comme la somme du développement historique du monde grec, c'est-à-dire sa civilisation, en avait d'autant plus de poids. Les éléments de cette civilisation, ou plutôt ses résultats pour les particuliers comme pour la généralité, étaient la liberté de la pensée et l'autonomie démocratique. L'essor intellectuel, avec tous ses avantages et ses inconvénients, ici l'incrédulité^ là la superstition, souvent toutes deux à la fois^ avait dépouillé les esprits de l'antique et simple religiosité, de la foi aux Puissances éternelles et de la crainte qu'elles inspirent : il ne restait plus qu'un ramassis de cérémonies, de sacrifices, d'auspices et de recettes mag-iques, qui étaient entrés dans les habitudes et avaient gardé leur valeur conventionnelle. Maintenant l'adresse tenait lieu de piété ; la frivolité, l'amour des aventures et du gain, l'ambition de se faire jour n'importe comment, l'habileté à exploiter les aptitudes particulières que l'on avait ou les avantages qu'on possédait, telles étaient et telles devenaient de plus en plus les sollicitations de la morale pratique. La démocratie était la forme naturelle d'un gouvernement assis sur une telle base. Solon avait déjà dit de ses Athéniens : « Chacun pris en particulier est adroit comme un renard; mais, réunis, ils ont l'esprit obtus ». Plus cette démocratie s'était développée, — c'est-à-dire la liberté avec le travail servile et les esclaves comme classe laborieuse, — et plus était devenu hardi et pénétrant cet individualisme qui rendait les rivalités de plus en plus aigres dans le monde politique de la Grèce, qui portait les faibles à se draper dans leur impuissance et les forts à user d'une façon plus égoïste de leur pouvoir, qui avait enfin poussé l'émiettement et la paralysie réciproque au point de rendre le régime impossible, jusqu'au jour où les victoires d'Alexandre ouvrirent des voies complètement nouvelles, une carrière illimitée et productive à toutes les
'iN'l I.I.S IIKIJJ.NKS [111^ 1
lorcos, jï loiih's les coiivitiliscs,;! louUiS les a])lilii(l('S,à riniiia- (ivo cl ;i l'aiKhico de cliaciin. A Sparle, à Alhènos el dans l)ien d'aiilrcs villes, il j)niivinl hicn rcsLer cnroi'c un cor'lain l(3vaiii de tiisl(»sse, derancmie, do mauvais vouloir; les llcllcnos de Tauiidc ])()iivaiciil batailler ou s'arrauf^er lanl bien (juo mal avec bnirs Scytbcs, comme les Siciliens et les babitaots de la (irande-Grècc avec les (^arlbaginois et les Italiotes ; il n'en est pas moins vrai que des milliers et des milliers d'individus se sentaient attirés par le monde nouveau de rextremc Orient qui venait de s'ouvrir ; ils suivaient les recruteurs d'Alexandre ou allaient le trouver d'eux-mêmes pour servir dans son armée, pour cbercber à se procurer dans le camp toutes sortes d'affaires et de bénéfices, ou pour s'établir dans les villes nouvellement fondées; ils s'iuibituaicnt à vivre à la mode d'Asie, et aussi probablement à l'humble soumission des Asiatiques visà-vis du roi et des seigneurs, et, s'il leur restait quelque chose des mœurs helléniques, c'était seulement leur audace et leur ancienne profession. Parmi les gens « cultivés », ceux qui ne tenaient pas à être les adversaires du nouveau régime se montraient des admirateurs d'autant plus enthousiastes du grand roi : rhéteurs, poètes, beaux-esprits, maîtres du bien dire et admirateurs de discours spirituels comme ils l'étaient, ils se plaisaient à lui appliquer des phrases comme celles que la tradition avait consacrées aux glorieux combattants de Marathon et de Salamine, ou aux héros tels que Persée et Héraclès, aux victoires de Bacchos et d'Achille; même les honneurs réservés aux anciens héros et aux dieux de l'Olympe servaient à la glorification du puissant souverain. Il y avait longtemps que les sophistes avaient enseigné que tous ceux qu'on adorait comme dieux n'étaient, à proprement parler, que des guerriers distingués, de grands législateurs, en un mot, des hommes divinisés ; et, de même que bien des familles se gioriliaicnt de descendre de Zeus ou d'Apollon, de même un mortel pouvait bien à son tour arriver par ses hauts faits à l'Olympe, comme Héraclès, ou participer aux honneurs héroïques, comme Harmodios et Aristogiton. Les villes helléniques n'avaient-elles pas élevé des autels, offert des sacrifices et chanté des péans à Lysandre, le destructeur de la