CHAPITRE TROISIÈME
Le pays de Tlnde. — Les combals au delà de rindus. — Le passage de l'hidiis. — Marche vers THydaspe. — Le prince de Taxila. — Guerre contre le roi Porus. — Bataille de l'Hydaspe. — Combals contre les tribus franches. — L'armée sur les bords de THyphase. — Retour.
LTnde est un monde à part. Complètement isolée par le caractère spécial de sa nature, de sa population, de sa religion et de sa civilisation, elle n'a guère été dans l'antiquité, des siècles durant, connue que de nom en Occident, et seulement comme une terre merveilleuse, placée à l'extrémité orientale delà terre. Elle est baignée de deux côtés par des Océans à travers lesquels l'industrie et la science ne devaient que plus tard ouvrir les voies à des rapports plus sûrs et plus faciles; sur ses deux autres côtés s'élèvent en pyramides, et formant une double et une triple muraille, des massifs couronnés par les plus bautes montagnes de la terre, dont les défilés couverts de neige au nord et les gorges brûlantes ouvertes dans les rochers à l'ouest semblent n'offrir de passage qu'avec difficulté, et seulement au pieux pèlerin, au trafiquant nomade ou au pirate du désert, sans pouvoir servir aux relations des peuples et du monde.
Pour la population de l'Inde elle-même, depuis qu'elle a cessé de s'appartenir, le souvenir de ses origines se confond et se perd dans de vaines imaginations sans relation avec le temps et l'espace ; mais il y a au delà tout un passé de grandes et multiples évolutions, la genèse et la maturation des institutions religieuses, biérarcbiques et politiques qui ont acbevé l'édifice original de la civilisation hindoue. Le conquérant macédonien, le premier Européen qui ait trouvé le chemin de
rindr, scnililc I Jivoir vue ;i son apof^ô»', avanl (|ii"('ll(' cùl fait le |>n'nii(M' jjîis dans la décadence.
Il li'oiiva rcudrnil (]iii (îsl comme la jnnlc de la ••«''•^iori. Tu llcuvi* lail là iiiH' (rouée dans le l'cmparl de; moiilngnes <nii sépare Tlndc du imMuhî occidental; sorti des hautes monlaf^nes où prenncnl naissance, tout près les uns des autres, les lleuves de l'Ariane et les aflluents de la rive droite de rOxus, le Copbène se précipite dans la direction de l'est, se grossit de nond)reux aflluents venus du nord, et va se jeter dans le lit du puissant Indus. En vain, à droite et à gauche de ce cours d'eau qui arrive de l'Occident s'entassent les rochers les plus sauvages; ils ouvrent à ses eaux rapides une étroite vallée, au bout de laquelle la riante plaine de Peschâvar donne accès dans la région tropicale et fertile de l'Inde. Mais ce n'est pas encore l'Inde véritable qui se présente ici; les cinq cours d'eau du Pandjab, les inondations des mois d'été, la large ceinture de désert à l'est et au sud du Pandjab font de l'Inde occidentale comme un second rempart pour protéger la terre sacrée du Gange. On dirait que la nature a voulu garantir un objet de sa prédilection contre les dangers auxquels elle avait frayé le chemin. Tout ce que l'Hindou connaît de grand et de saint se rattache à la terre du Gange. C'est la patrie de la vieille foi : là se maintient dans toute sa rigueur la distinction des castes engendrées de Brahma; c'est là que sont les lieux de pèlerinage les plus vénérés et le fleuve à l'eau sacrée. Les tribus qui habitent à l'occident du désert, quoique parentes par la race et la croyance, ont cependant dévié de la rigoureuse pureté de la loi divine ; elles n'ont pas évité le contact avec le monde extérieur ; elles n'ont pas conservé la dignité du pouvoir royal, ni la pureté des castes, ni l'horreur de l'étranger impur, toutes choses cependant qui sont la condition, l'assurance et la preuve d'une vie sainte; elles sont la partie dégénérée et abandonnée aux étrangers.
Il en était déjà de même au temps d'Alexandre. Les peuples brabmaniques très policés appartenant à la souche aryenne et qui habitaient alors les rives du Gange avaient oublié qu'ils avaient aussi jadis habité la terre des « sept fleuves » ; que, dans les migrations de l'obscure antiquité, ils étaient