‹ Histoire de l'hellénismeChapitre 130 sur 231 · OL. cxiii, 2J apprêts di passagi · texte numérisé non relu

OL. cxiii, 2J apprêts di passagi

n'était jamais entré dans la pensée du roi de rester pendant toute Ja saison des pluies inactif sur la rive droite du fleuve, et cetle nouvelle ne fit que le porter davantage à penser sérieusement à une attaque prochaine, puisque le combat contre les forces réunies d'Abisarès et de Porus pouvait devenir difficile, sinon périlleux. Mais il était impossible de passer ici le fleuve sous les yeux de Tennemi, car son lit, à cause de la hauteur et de la rapidité de l'eau, n'était pas sur, et la rive opposée était plate et couverte de bas-fonds ; vouloir conduire les phalanges jusqu'à la rive opposée sous les projectiles d'un ennemi qui se tenait en rangs serrés sur un terrain plus élevé eût été une témérité folle, et de plus il fallait considérer que les chevaux macédoniens, en approchant des éléphants qui couvraient l'autre rive, seraient effrayés par leur odeur et leurs cris rauques, qu'ils chercheraient à s'enfuir, à se précipiter hors des bateaux et causeraient la plus dangereuse confusion. Le tout était d'atteindre la rive ennemie ; sur le minuit, Alexandre fit donc retentir les trompettes dans le camp, ordonna à la cavalerie d'avancer sur divers points de la rive et de se disposer à traverser le fleuve au son des trompettes et en poussant le cri de guerre, donna Tordre aux bateaux de partir et aux phalanges de s'avancer vers les endroits guéables à la lueur des feux de garde. Aussitôt le camp ennemi se remplit de bruit; on fit avancer les éléphants; les troupes s'approchèrent de la rive ; jusqu'au matin, on attendit l'attaque, mais elle ne fut pas donnée. La même manœuvre se répéta les nuits suivantes, et toujours Porus se voyait trompé de nouveau; enfin, fatigué de faire passer inutilement les nuits à ses troupes exposées à la pluie et au vent, il se contenta de faire garder le fleuve par les postes ordinaires.

La rive droite du fleuve est défendue par une succession de hauteurs escarpées qui s'étendent jusqu'à trois milles en amont, et là se transforment en montagnes élevées, couvertes d'épaisses forets. Au pied de leur versant septentrional coule

troupes avaient passé le fleuve, primo hvmani ingcnii vitio spei mœ indulgms Ahisaren belli socium'et ita conrenenU) advent are cvedclat. On vo\i que là encore les deux auteurs ne suivent pas le même guide : chez Q. Gurce, c'est un Clitarque déjà remanié.

■)28 DISPOSITIONS \U)[\\ \.\: l'ASSAC.K |lll, '.\

iiiic |»('lil(' rivii'ro (jiii va se jrltîr djuis 1(3 llcuve. Au conllucnl, ril}(las[)e, (jiii tlcscciul du Kasrhmir jusque-là on ligne droilo, du nord au sud, change sa direction subitement et presque à anj^ie droit ' pour se dirij^er à Touesl, entre une chaîne de montagnes escarpées à droite, et une vaste plaine basse et fertile à gauche. En face de l'angle que forment les montagnes, au-dessous du confluent de cette petite rivière, se trouve, au milieu du fleuve, l'île boisée de Yamad, au-dessus de laquelle la route ordinaire de Kaschmir traverse l'Hydaspe. C'était ce point qu'Alexandre avait choisi pour passer le fleuve. Une série de postes avancés fut placée le long de la rive, assez proches les uns des autres pour qu'on put se voir et s'appeler; leurs appels, leurs feux de garde nocturnes, les nouveaux mouvements de troupes dans le voisinag-e du camp auraient dii complètement tromper l'ennemi sur l'endroit où allait s'effectuer le passage, si déjà l'accoutumance ne lui eût appris à n'accorder que peu d'importance à toutes ces manœuvres. Alexandre, de son côté, à la nouvelle qu'Abisarès n'était plus éloigné que de trois jours de marche, avait tout préparé pour risquer le coup décisif. Cratère resta dans le voisinage du camp avec son hipparchie, la cavalerie des Arachosiens et des Paropamisades, les phalanges d'Alcétas et de Polysperchon, et les cinq mille hommes fournis par les princes des districts indiens; il avait la consigne de se tenir tranquille jusqu'à ce qu'il vît sur Tautre bord les ennemis sortis de leur camp ou battus dans le voisinage. S'il remarquait au contraire que l'ennemi divisât ses forces, et que les éléphants restassent sur la

*) Voy. la description de la localité dans Elphinstone, I, p. 132. Dans le croquis de cette région par Cunningham (Geogr., I, p. 158), le fleuve tourne moins à court ; il décrit un arc presque plat. De même, sur le côté gauche du dessin, cette chaîne de montagnes se continue dans la direction nord-est, mais sans s'élever à plus de 500 pieds environ au-dessus du fleuve. Dans l'île boisée de Yamad se trouvait au temps de Timour le chàteau-fort de Chehab-Eddin (cf. Chereffeddin, IV, 10, p. 49) : Baber {Mém., p. 257) décrit la petite rivière qui coule au nord des montagnes et au sud de la ville de Behreb. D'après le Pseudo-Plularque [De fluv.., 1), il semble que les Macédoniens aient appelé ces montagnes « monts des Eléphants » ; j'attire l'attention sur le récit de Plutarque concernant le nid de serpents et les sacrifices, détails qui, rapprochés du vieux culte ophite de Kaschmir, pourraient avoir une valeur ethnographique.

3/(^/ 326 : OL. cxiii, 2] passagk de l'hydaspe o29

rive en face de lui, il ne devait pas risquer le passage ; mais si Ton faisait remonter le fleuve à ces animaux pour les opposer au corps de Macédoniens qui aurait traversé par l'île, il devait aussitôt passer le fleuve avec toutes ses troupes, car les éléphants pouvaient seuls mettre obstacle au succès d'une charge de cavalerie ^ Un second corps, composé des phalanges de Méléagre, de Gorgias et d'Atlale et des mercenaires à pied et à cheval^ s'avança à un demi-mille en amont^ avec ordre de traverser le fleuve en masse dès qu'ils verraient la bataille commencée sur la rive opposée --. Le roi lui-même quitta le camp dès le matin, avec les hipparchies d'Héphestion, de Perdiccas et de Démétrios, Vagéma des cavaliers sous Cœnos, les cavaliers scylhes, bactriens et sogdiens, les archers dahes à cheval, les chiliarchies des hypaspistes, les phalanges de Clitos et de Cœnos, les Agrianes et les gens de trait. La pluie,

1) Il y a à cet endroit dans le texte d'Arrien (V, 11, 4) une lacune qui commence aux mots : r^ oà a).Ar, (TTpaT-.à... Il est impossible de voir, même dans l'appareil critique de C. Miiller, si {jt-evétw ou euTropo; se trouve dans quelque manuscrit, ou si c'est une restitution conjecturale. Il semble bien que la partie manquante est plus considérable. Des dix régiments qui opéraient duranL l'automne de 327, il y en r trois (ceux deBalacros, de Philippe, de Philotas) qui ne figurent pas ici : il est cependant impossible qu'un si grand nombre de troupes d'élite ait été éparpillé dans les garnisons. En supposant que Philippe, devenu satrape, ait gardé avec lui toÙç à7:o^.âx^'J? "^^^v (7TpaT'.wTtov ôtà v6(7o-j (Arrian., V, 8, 3), il ne s'ensuit pas qu'on luiaitlaissé son régiment pour tenir garnison. En tout cas, il reste les régiments de Philotas et de Balacros; car il n'y a aucune raison de douter, on le voit par Arrien (IV, 24, 10), que Balacros ait eu une -ziV.z. Peut-être ces deux ou ces trois régiments étaient-ils mentionnés dans la lacune : il y était dit de quelle façon on en avait disposé. Comme Alexandre savait qu'Abisarès était en route et n'était plus qu'à une distance de dix milles, il dut juger à propos de lui opposer un corps assez fort pour le tenir à l'écart. Il est possible qu'Arrien ait expliqué ensuite comment Cratère devait, après le départ du roi, — par exemple, le jour suivant, — se mettre en marche avec les trois phalanges, suivre le même chemin et s'arrêter à l'angle nord des montagnes (à Darapour), faisant front du côté du nord, après quoi — vers le deuxième jour après le départ du roi — les phalanges de Méléagre, d'Attale et de Gorgias ont quitté le camp pour occuper la rive entre le camp et l'angle nord des montagnes et maintenir les communications entre Cratère et Alexandre, prêtes à se porter, suivant les circonstances, au secours de l'un ou de l'autre.

2) Arrien dit que ces trois chefs de phalange avaient été placés là avec des soldats à pied et à cheval : le contexte indique qu'ils avaient emmené tout d'abord avec eux leurs phalanges.

:;;{() passahi: m; i.'iiviiasit; |||I, .'i

(lui nccessail j){is de loiiihcr, rciidil, il est \ rai,cos mouvcmcnls plus (linicilcs, mais eu mrmiî Icinps clh; les (lissiiniiia aux yeux (le rcimrmi. Pour plus (!(i sùnîte, le roi s'avan(;a j)ar (l(;rricre les hauleurs boisées qui s'élevaient le lon^- de la rive, jusqu'à l'endroiL (ju'il avait choisi pour la traversée. La soirée était avancée lorsqu'il y arriva; déjà les bateaux démontés que Cœnos avait transportés de Tlndus avaient été remis en état et cachés à l'abri de l'épaisse forêt; on avait également une provision de peaux et do poutres pour construire des radeaux et des Lacs. On employa toute la nuit à préparer la traversée, à lancer les bateaux, à remplir les peaux de paille et d'étoupe, à construire des radeaux. Des torrents de pluie, accompagnés d'orage et de tempête, firent que le bruit des armes et les coups des charpentiers ne purent être entendus de l'autre rive; l'épaisse forêt qui couvrait l'avancée des montagnes ainsi que Fîle cachait les feux de bivouac des Macédoniens.

Vers le malin la tempête s'apaisa; la pluie cessa; le fleuve grondait en heurtant ses flots aux berges élevées de l'île : c'était juste au-dessus que l'armée devait traverser. Le roi en personne, accompagné des gardes du corps Ptolémée, Perdiccas, Lysimaque et Séleucos, qui conduisait les hypaspisles royaux ^ se trouvait sur le yacht qui ouvrait le convoi; les autres hypaspistes suivaient sur les autres yachts, la cavalerie et le reste de l'infanterie sur des bateaux, des canots, des bacs et des radeaux ; il y avait en tout 4,000 cavaliers, 1 ,000 archers à cheval, environ 6,000 hypaspistes; enfin les gardes du corps à pied, les Agrianes, les acontistes, les archers, formant environ 4,000 hommes. Les deux phalanges restèrent sur la rive droite pour couvrir et surveiller la route de Kaschmir^ Déjà les yachts passaient devant la rive haute et boisée de l'île; dès

') Ceci résulte de ce qu'Arrien dit plus loin (V, 14, 1), à savoir que le front de bataille de l'infanterie comptait près de 6,000 hommes. Lors du passage du fleuve, Arrien (V, 13, 1) ne mentionne que les hypaspistes et point les deux phalanges. Comme Héphestion ne figure pas parmi les officiers supérieurs qui font la traversée avec Alexandre (Arrian., ibicl.), il doit être resté avec ces deux phalanges sous ses ordres. Q. Curce (VllI, 14, 15) lui fait bien passer l'Hydaspe avec les autres, mais cela ne prouve rien.

-) Ce sont là sans doute les ^acriAixol, Traïosr, car on cite à côté d'eux rôcyr^iJLa et !es autres hypaspistes (V, 13, 4).

Mai 326 : ol. cxiii, 2] passage de l'iiydaspe 531

qu'on eut dépassé sa pointe nord, on aperçut les cavaliers des avant-postes ennemis qui, à la vue de l'armée qui traversait, s'élançaient à toute bride dans la plaine. Ainsi la rive ennemie n'avait point de défenseurs ; personne n'était là pour empêcher le débarquement. Alexandre fut le premier sur la rive ; après lui atterrirent les autres yachts, bientôt suivis de la cavalerie et du reste de l'armée ; puis toutes les troupes furent formées en colonnes de marche pour se porter en avant. On s'aperçut alors qu'on se trouvait sur une île; la force du courant, dont le lit à cet endroit s'infléchit vers l'ouest, avait miné la berge par le bas et formé un nouveau bras, où l'eau coulait en abondance. Longtemps les cavaliers cherchèrent un gué, mais en vain ; l'eau était partout trop large et trop profonde. Il semblait que le seul parti à prendre fût de reprendre les bateaux et les radeaux et de contourner la pointe de l'île. Le plus grand danger était que, par suite de ce retard, l'ennemi n'eût la possibilité d'envoyer un corps de troupes considérable, de manière à rendre le débarquement difficile et même impossible. Enfin on trouva un point qui était guéable; les hommes et les chevaux eurent toutes les peines du monde à lutter contre la force du courant; l'eau montait jusqu'à la poitrine des fantassins et les chevaux n'avaient que la tète hors de l'eau. Peu à peu les différentes divisions atteignirent la rive opposée; enfin l'armée s'avança en lignes serrées, à droite la cavalerie louranienne, tout à côté les escadrons macédoftiens, ensuite les liypaspistes, et enfin, à l'aile gauche, l'infanterie légère ; puis, faisant demi-tour à droite, elle se dirigea vers le camp ennemi en descendant le cours du fleuve. Pour ne pas fatiguer les fantassins, Alexandre les laissa suivre lentement, tandis qu'il les devançait lui-même d'une demi-lieue, avec tous les cavaliers et les archers commandés par Tauron. Il pensait pouvoir soutenir le combat à la tète de sa cavalerie, qui était excellente et supérieure à celle des Indiens, jusqu'à Tarrivée de ses fantassins, dans le cas où Porus s'avancerait contre lui avec toutes ses forces; au contraire, si les Indiens, effrayés par son apparition soudaine, se retiraient, il croyait avoir assez de ses 5,000 cavaliers pour les charger et les poursuivre.

Porus, de son côté^ dès qu'il avait été averti, par ses avant-

iy.\2 HATAiLLi; i)i: i/iiyi»asim: [III, Ij

poslos (jiii s'claioiit replirs en louh' li.ïlc, «jiie des forces iniporlanles s'a])prochaien(, avail ciii au pn^mitu' inoinenL (|ue c'éliiil Ahisaiî's de Kasehmir avec son armée; mais son allié aiirail-il |mi iié^lii^erde lui annoncer son apiuoclu;, on du moins, conmient, après avoir passé le lleuve, n'aurait-il pas envoyé avis de son heureuse arrivée;? Il n'élail que trop clair que ceux qui avaient débarqué étaient dos Macédoniens, que l'ennemi avait opéré heureusement et sans obstacle le passage du ileuve qui aurait du lui coûter des milliers (rhommos, et qu'on ne pouvait plus lui disputer la rive du côté de Tlnde. (cependant les masses de troupes que le prince voyait encore en amont et en aval de l'autre côté du fleuve, semblaient prouver que le corps auquel on avait fait passer le fleuve ne pouvait être bien important. Porus aurait du tenir avant tout à couper et à anéantir ce corps qui avait traversé l'eau ; il aurait diï prendre immédiatement l'offensive, ce qui, avec ses chars de bataille et ses éléphants, était chose facile et tout indiquée; mais, au lieu de cela, il ne s'occupa pour le présent qu'à empêcher rennemi d'avancer et à éviter toute rencontre décisive jusqu'à l'arrivée d'Abisarès. Il envoya son fils avec deux mille cavaliers et cent vingt chariots de guerre à la rencontre des Macédoniens ; il espérait pouvoir arrêter le roi Alexandre avec ce détachement K

Dès qu'Alexandre aperçut ce corps marchant à sa rencontre à travers prés le long de la rive, il ne put s'empêcher de croire que Porus s'approchait avec toute son armée et que ce détachement formait l'avant-garde. Il donna donc l'ordre à ses

^) Les faits sont ici exposés d'après Ptolémée, dont Arrien, le judicieux et prudent tacticien, accepte la relation comme exacte (Cf. Plut., Alex,, 68). Aristobule racontait que le prince avait rejoint les Macédoniens pendant qu'ils étaient encore en train de passer le dernier gué, mais n'avait pas osé les attaquer immédiatement; d'autres disent qu'il y eut là un engagement assez vif : ces assertions sont évidemment inexactes, car, à la distance où était le camp, il fallait au moins quatre heures au prince pour arriver sur les lieux. Si Alexandre a commencé le passage du fleuve vers quatre heures du matin, l'engagement de cavalerie aurait pu avoir lieu vers dix ou onze heures. L'effectif du corps détaché sous les ordres du prince est évalué par Aristobule à 1,000 chevaux et 60 chariots ; c'est, au dire de Plutarque, le chiffre indiqué par Alexandre dans ses lettres : les chiffres donnés dans le texte sont ceux de Ptolémée; Arrien les confirme par un raisonnement judicieux.

J/^/ 326 : OL. cxiii. 2j batatlle de l'hydaspe ."33

cavaliers de s*apprètor au combat; puis il remarqua quf ces cavaliers et ces chars n'étaii'nt pas suivis par d'autres troupes, et il donna aussitôt le sii^nal de l'attaque. De tous côtés, les cavaliers touraniens se précipitèrent sur Tennemi pour le cerner et jeter la confusion dans ses rangs; les escadrons macédoniens accoururent derrière pour charger. En vain les Indiens cherchèrent à résister, à se replier; en peu de temps, malgré leur courageuse résistance, ils furent entièrement battus : quatre cents morts, parmi lesquels se trouvait le prince royal, restèrent sur le champ de bataille, et les chariots, hors d'état de fuir rapidement sur le sol détrempé et défoncé de la prairie, tombèrent aux mains des Macédoniens, qui s'avancèrent alors bouillants d'une ardeur nouvelle.

Les restes du corps dispersé rapportèrent dans le camp la nouvelle de leur défaite, de la mort du prince et de l'approche d'Alexandre. Porus vit trop tard quel ennemi il avait à combattre ; le temps pressait pour prévenir, autant qu'il était encore possible, les suites d'une demi-mesure qui n'avait fait que hâter le danger. Le seul moyen de salut était de se jeter maintenant avec des forces supérieures sur l'ennemi qui s'approchait, de Fané antir avant qu'il n'eut le temps de faire traverser d'autres troupes et d'enlever ainsi à Porus son dernier avantage^ celui du nombre. Cependant on ne pouvait dégarnir la rive sur le point opposé au camp macédonien, pour que les troupes qui y étaient demeurées et qui se tenaient toutes prêtes au combat ne pussent traverser le fleuve et menacer sur ses derrières la ligne de bataille des Indiens. Porus laissa donc dans son camp quelques éléphants et plusieurs milliers d'hommes pour observer les mouvements de Cratère et couvrir la rive: puis il s'avança lui-même contre Alexandre avec toute sa cavalerie, forte de quatre mille chevaux, avec trois cents chars de bataille, trente mille fantassins et deux cents éléphants. Aussitôt qu'il eut traversé la prairie au sol marécageux qui s'étendait sur le bord du fleuve et qu'il eut atteint la rase campagne, dont le sol sablonneux était également favorable au développement de ses forces et aux mouvements de ses éléphants, il rangea son armée en bataille d'après l'usage indien : en avant, la ligne terrible des deux

;;3i iiATMi.i.i. i>i: i/nYDASPE |II1, *{

rcnis rIrpliaïUs, <jiii se déployail sur une Iniiminirili; près (run mille, car ces animaux iHaioiil placés à riiKiuanle pas Tiiii de raulre ' ; derrière eiix^ le second rang élail formé par l'inlanlerie groupée en délachements de ccnl cinquante honnnes placés chacun entre deux éléphants ; aux derniers détachements de l'aile droite et de l'aile gauche, qui dépassaient la ligne des éléphants, venaient s'adjoindre de chaque côté deux mille hommes de cavalerie, et les deux extrémités de cette immense li^ne de bataille étaient couvertes par cent cinquante chariots dont chacun portait deux soldats pesamment armés, deux hommes de trait avec de grands arcs, et deux conducteurs également armés. La force de cette ligne de bataille consistait dans les deux cents éléphants, dont l'effet devait être d'autant plus terrible que la cavalerie, sur laquelle Alexandre fondait son espoir de succès, n'était pas en état de tenir en face d'eux.

En effet, une attaque bien conduite aurait peut-être pu anéantir les Macédoniens ; les éléphants^ protégés par chaque détachement d'infanterie comme des machines de guerre le seraient par des archers avancés, auraient pu se porter contre la ligne ennemie, chasser la cavalerie loin du champ de bataille et écraser la phalange, tandis que la cavalerie indienne, avec les chariots de g-uerre, pouvait poursuivre les fuyards et leur couper la retraite en les empêchant de traverser le fleuve; la ligne de bataille elle-même, extraordinairement développée et dépassant de beaucoup Fennemi, pouvait avoir un grand effet : si les chariots et les cavaliers placés aux deux ailes s'avançaient en même temps que les éléphants, il leur suffirait de faire un demi-tour pour prendre l'ennemi en flanc. Dans tous les cas, Porus, à peine arrivé en face de l'ennemi, devait prendre l'initiative, pour ne pas laisser à celui-ci l'ayantage de l'offensive et spécialement le choix du point sur lequel devait commencer le combat. Il hésita; Alexandre s'avança contre lui le premier et mit tout en œuvre de son côté,

') La mention expresse de ces distances dans Arrien (un 7î)i6pov. V, 15, 5) doit naturellement prévaloir contre Q. Curce, Diodore et Polyaenos, qui parlent de cinquante pieds d'écartement. Q. Curce décrit l'équipage des chars de guerre ; je ne sais si sa description est bien conforme à la réalité.

Mai 320 : ol. r.xiii, 2] ratatlle de l'hydaspe 535

employant la prudence et la hardiesse qiii^ seules, pouvaient contrebalancer la supériorité numérique de son ennemi.

C'est à peine si sa petite armée égalait, sous le rapport de rétendue qu'elle occupait, le quart de la ligne de bataille ennemie, avec ses éléphants et les chars de guerre qui terminaient ses ailes. Comme dans ses précédentes batailles, il devait encore ici s'avancer en ligne oblique et se jeter sur un seul point en y employant toute sa force. Il pouvait, et, avec des troupes commme les siennes, il devait même s'élancer par pelotons détachés, pour ainsi dire, sur les niasses lourdes et maladroites de l'ennemi, puis attendre, comme résultat du progrès victorieux de chaque détachement de troupes, qu'ils se réunissent au moment et sur le point convenable. Comme la supériorité des Indiens consistait dans les éléphants, le coup décisif devait les éviter; il devait être porté contre le point le plus faible de la ligne ennemie et, pour réussir complètement, être porté par la division de l'armée dont la supériorité était indubitable. Alexandre avait cinq mille hommes de cavalerie, tandis que l'ennemi n'en avait à l'extrémité de chaque aile que deux mille environ^ formant deux groupes trop éloignés l'un de l'autre pour se soutenir mutueMement en temps convenable, et qui ne pouvaient trouver qu'une protection douteuse dans les cent cinquante chars placés près d'eux. En partie pour suivre les usages militaires des Macédoniens, en partie par désir d'attaquer aussi près du fleuve que possible, afin de ne pas être tout à fait séparé du corps de Cratère qui était placé sur l'autre rive, le roi avait désigné l'aile droite pour ouvrir le combat. Dès qu'il aperçut de loin la ligne indienne rangée en bataille, il donna l'ordre à ses cavaliers de faire halte, jusqu'à ce que les différentes chiliarchies des fantassins les eussent rejoints. Ceux-ci, pleins du désir de se mesurer avec l'ennemr, ariTS aient au pas de course; afin de leur laisser reprendre haleine et de tenir l'ennemi éloigné jusqu'à ce qu'ils se fussent mis en ordre, les cavaliers durent occuper l'ennemi en s'avançant çà et là. Enfin la ligne d'infanterie était formée : à droite se trouvait la garde noble de Séleucos, ensuite Yagéma et les autres chiliarchies sous Anligone, en tout environ six mille hypaspistes ; à leur gaii-

■iliO iiataiijj: i»i: i/iivn\si'r. |III, !i

clic, rinlault'ric Icj^crc coinniaiidcc par'r.'iuron.Los faiilassiiis locurcnl rordrcdc ne }>as |UTii(1rc pari à rarlioi) avant d'avoir vu l'ailo f^aucho de rciinemi (iilhiiléc par la charf^c des cavaliers, el de plus son infanlerie, qui formait la seconde ligne, mise en désordre.

Déjà les cavaliers avec lesquels le roi pensait attaquer, les hipparchies dMIéphestion et de Perdiccas, ainsi que les archers dahes, formant environ trois mille hommes, s'avançaient rapidement en ohliquant à droite, tandis que Cœnos, avec Vaf/emn et rhipparchic de Démétrios, descendait phis sur la droite, avec ordre de se jeter sur les derrières des cavaliers ennemis qu'ils avaient en face (Feux, dès qu'ils les verraient se diriger à droite pour aller porter secours à ceux que le premier choc aurait éhranlés *.

Dès qu'Alexandre fut arrivé à porlée de trait de la ligne des cavaliers ennemis, il lança en avant les mille Dahes, pour jeter le désordre parmi les cavaliers indiens au moyen d'une grêle de traits et par Fimpétuosité de leurs chevaux sauvages. Il s'avança lui-même encore plus adroite, vers le flanc des cavaliers indiens % afin de se précipiter sur eux avant qu'ils eussent le temps de se remettre en ligne et de lui faire face, et pendant qu'ils seraient encore dans le trouble et le désordre que leur aurait causé l'attaque des Dahes. L'ennemi, apercevant l'imminence de ce danger, se hâta de réunir sa cavalerie et de l'opposer au choc de ses adversaires ^ Mais aussitôt

1) Koîvov ô£ TilfjLTist w? £7i\ To ôÉ^tov etc. (Arrian., V, 16,3), CG qui veut dire, comme l'expliquent très bien Kôchly et Rustow (p. 302), l'aile droite d'Alexandre (cf. Arrian., V, 17, l).Plutarque {Alex., 60) lire d'une lettre d'Alexandre une conclusion tout opposée : aùxoç (xèv Ivasicrat -xaTà ôârcpov xlpaç, Koîvov 6è tw Ô£^t(j> TrpoaêaXeîv xsXeOcai. Les instructions d^Alexandre à Cœnos dans Q. Curce (VIII, 44, 15) sont conformes à ce système : cum ego... in lœvum cornu inpetwn fecevo...ipse dextriim move et tiirbatis signum infer : il est vrai que Q. Curce ajoute ensuite : Cœnus ingenti vi in lœvam invehitiir (Vlll, 14, 17).

-) Il n'est plus question dans Arrien des chariots de guerre qui forment l'extrémité de l'aile gauche des Indiens.

3) 01 'Ivôo\ Tou; tTiTiéa; TtàvTOÔ&v ^•jva>>t(7avT£i; 7taptTC7i£*JOv 'AXclavSpto avTtîrap- E^âyov-îrE; rr, £).àa£t (ÀRRiAx., V, 17, 1). Il entend par là sans doute uniquement les cavaliers de l'aile gauche, car ceux de la droite étaient trop loin pour pouvoir arriver si vite.

1/rt'? 326 : OL. (Xiii, 3j batatlli: de l'hydaspe o37

Cœnos s'élança pour tomber sur les derrières des cavaliers qu'il avait en face de lui, au moment où ils faisaient conversion à droite. Complètement surpris par ce second danger et troublés dans leurs mouvements, les Indiens chercbèrent à faire face aux deux troupes de cavaliers qui les menaçaient à la fois, et à former un double front. Alexandre saisit le moment où s'opérait cette transformation pour donner la charge, de sorte qu'il fut impossible aux ennemis d'attendre son choc; ils s'enfuirent de leur position pour aller chercher un abri derrière la forte ligne des éléphants. Porus fit alors tourner une partie des animaux et les fit avancer contre la cavalerie ennemie; les chevaux macédoniens ne purent supporter leurs cris rauques ; ils tournèrent bride épouvantés. En même temps, la phalange des hypaspistes accourait au pas de charge; les autres éléphants de la ligne s'avancèrent contre eux : un combat effrayant commença; les animaux rompaient et écrasaient lesrangs les plus compactes^ les abattaient avec leur trompe en poussant des hurlements et les transperçaient avec leurs défenses ; chaque blessure qu'ils recevaient augmentait leur fureur. Les Macédoniens ne cédaient pas; quand leurs rangs étaient rompus, ils luttaient contre les gigantesques animaux, comme dans un combat singulier, mais sans arriver à un autre résultat que celui de ne pas être exterminés ou chassés du champ de bataille. Les cavaliers indiens avaient repris courage en voyant s'avancer les éléphants: s'étant ralliés et reformés promptement, ils s'avancèrent à l'attaque contre les cavaliers macédoniens, mais ceux-ci, qui leur étaient de beaucoup supérieurs en force physique et en expérience, les culbutèrent pour la seconde fois, de sorte qu'ils se réfugièrent de nouveau derrière les éléphants. Déjà, par suite de la marche du combat, Co^nos s'était aussi réuni avec les hipparchies du roi, de sorte que la cavalerie macédonienne tout entière pouvait maintenant s'avancer en masse compacte. Elle se jeta de toute sa force contre l'infanterie indienne^ et celle-ci, incapable de résister et poursuivie de près par l'ennemi, qui lui fit éprouver de grandes pertes, s'enfuit à la hâte et en désordre vers l'endroit où combattaient les gigantesques animaux. Ainsi des milliers de soldats se

r)38 umaii.m: iu; i.'iivdasim: |F1I, '.\

pressaionl siii" riiorrihic cliîimp de. Ijalaillf des (''l(''j»hanls; (h'jà amis cl ciiiirinis se Irouvaienl coiifondiis dans iino mAlée épaisse cl saiii^lanto; les animaux, privés j)onr la plupart de IfHirs conduclcurs, cllrayés et surexcités par les cris sauvages des combattants, rendus furieux par leurs blessures, a])atl aient et écrasaient lout ce qui était près d'eux, amis et ennemis. Les Macédoniens avaient toute l'étendue de la vaste plaine pour se mouvoir librement (;n face des éléphants; quand ceux-ci s'avançaient, ils se repliaient; dès que les éléphants se retournaient, ils les poursuivaient et les accablaient de traits, tandis que les Indiens, qui devaient se mouvoir au milieu d'eux, ne pouvaient ni se cacher ni s'enfuir. Enfin Porus, qui du haut de son éléphant dirigeait le combat, réunit, dit-on, vingt de ces animaux qui étaient encore sains et saufs, pour décider le sort de cette sanglante bataille en chargeant avec eux. On raconte qu'Alexandre leur opposa ses archers, ses Agrianes et ses acontistes qui, déjà habitués comme ils l'étaient à les éviter, lançaient de loin leurs traits contre eux et contre leurs conducteurs dès qu'on poussait sur eux ces animaux déjà effrayés, ou bien encore s'approchaient doucement et avec circonspection pour leur couper les jarrets avec leurs haches. Déjà beaucoup de ces animaux avaient roulé expirants sur le champ de bataille couvert de morts et de mourants; d'autres, agités par une fureur impuissante et soufflant avec force^ s'avançaient encore une fois en chancelant contre les phalanges, qui maintenant serraient leurs rangs et ne les craignaient plus.

Pendant ce temps, Alexandre avait réuni sa cavalerie au delà du champ de bataille, tandis qu'en deçà les hypaspistes se formaient, bouclier contre bouclier. Le roi donna alors le signal d'une charge générale contre Tennemi cerné de toutes parts et dont cette double attaque devait écraser la masse disloquée. Alors toute résistance cessa ; échappa qui put à Taffreuse boucherie, les uns dans Tintérieur des terres, les autres dans les marais du fleuve ou dans le camp. Déjà, d'après les ordres qu'ils avaient [reçus. Cratère ainsi que les autres stratèges qui se tenaient sur la rive opposée avaient traversé le fleuve et gravi la berge sans rencontrer de résistance ; ils arrivaient

A/rt'/ 326 : OL. cxiii^ 2] batailu: di: l'hydaspe «^iSO

à temps pour épargner la poursuite aux troupes fatiguées par un combat qui avait duré huit heures.

Vingt mille ludiens environ avaient été tués; parmi eux se trouvaient deux fils de Torus, le prince Spitacès, ainsi que tous les chefs de Tinfanterie et de la cavalerie, tous les conducteurs de chars et d'éléphants ; trois mille chevaux et plus de cent éléphants gisaient sans vie sur le champ de bataille; quatre-vingts de ces gigantesques animaux environ tombèrent entre les mains du vainqueur \ Le roi Porus^ lorsqu'il avait vu ses forces brisées, ses éléphants domptés, son armée cernée et dans un désordre complet, avait cherché la mort en combattant; longtemps son armure dorée et la prudence du fidèle animal qui le portait le protégèrent; enfin un trait Tatteignit à l'épaule droite. Incapable de continuer le combat et

1) Le nombre des morts, du côté des Macédoniens, monte à peu près, suivant Arrien (V, 18,2;, à 80 fantassins et 230 cavaliers, à savoir 20 cavaliers macédoniens, 10 dahes et 200 autres. A coup sûr, ces chiffres ne sont pas trop faibles, si l'on admet que cette mêlée tumultueuse a produit environ dix fois autant d'u écrasés », c'est-à-dire, quelque chose comme 3 à 4,000 morts et blessés sur les 10 à 12,000 hommes qui ont pris part au combat. Les descriptions de la bataille dans Diodore, Q. Curce et Polyaenos, proviennent d'une source commune, comme on s'en aperçoit à la comparaison de k hgne indienne avec une enceinte garnie de tours, et c'est une source d'où il ne faut jamais attendre d'éclaircissements sérieux sur les questions militaires. Le récit d'Arrien n'en est que plus précieux : seulement, il ne faut pas s'étonner si, comme tous les auteurs anciens compétents en matière de stratégie, il ne mentionne que les mouvements décisifs, et si, même dans ces limites, il se montre peut-être trop avare df renseignements ; il ne dit rien des deux phalanges qui sont restées à l'endroit où on a passé le fleuve pour couvrir sa rive droite et la route venant de Kaschmir ; ce n'est qu'en consultant sa liste des pertes, où, après les hétoeres à pied et à cheval et les Dahes, il est encore question de twv ts aAAwv tîiTîitov m; ôiaxôa'.o'., qu'on s'aperçoit que les cavaliers bactriens, sogdianiens et scythes (V, 12, 2) ont aussi passé le fleuve et pris part à la bataille : ce ne pouvait pas être des soldats du corps de Cratère, sans quoi il y aurait eu aussi des morts dans son hipparchie. C'est avec une parfaite sûreté de main qu'Arrien trace la marche de la bataille elle-même. Alexandre savait qu'il pouvait se fier à ses hypaspistes ; l'énergie morale de ce corps a permis à Alexandre de faire ici comme à Gaugamèle, de tout risquer pour tout gagner : il fallait la discipline des troupes macédoniennes pour qu'elles aient pu, au plus fort de la mêlée, se grouper tout à coup en phalange : et c'est uniquement celle manœuvre exécutée avec la dernière précision, sans que les Indiens pussent en faire de leur côté une semblable, qui a décidé le gain de la bataille de l'Hydaspe.

l\U) iMinrs iMusoNNii.R fïTI, 3

rraiiîiianl de lonihoi' vivant dans les mains de rcfuirmi, il «l(''l(»iiiiia sa MKnilnii^ poiii' s'rloii^iH'r de la mêlée. Alexandre na\ail pas (jiiith' dcsyciix la liaiile slalinc (lu \ien.\ roi indien sur son élé[)lianL raparaconiié, jiailonl donnant des ordres et excitant les combattants^ souveni an jdns fort de la mêlée. Plein d'admiiation pour la bravoure du prince, Alexandre le suivit à la bâte pour lui sauver la vie * ; mais son vieux clieval de bataille, son iidèle JUicépbale tomba sous lui, épuisé par la cbaleur de la journée. Alors il envoya le prince de Taxila sur les traces du fugitif; mais, lorsque celui-ci aperçut son vieil ennemi, il retourna son éléphant et lança son javelot de toute la vigueur de son bras contre le prince, qui ne dut son salul qu'à l'agilité de son cbeval. Alexandre envoya d'autres Indiens, et parmi eux le prince Méroès, qui jadis avait été lié d'amitié avec le roi Porus. Celui-ci, épuisé par la perte de son sang- et tourmenté par une soif ardente, Técouta avec résignation ; alors son éléphant s^agenouilla et le posa doucement à terre avec sa trompe. Porus but et se reposa un peu; puis il demanda au prince Méroès de le conduire vers Alexandre. Lorsque le roi le vit venir, il alla vivement à lui, accompagné de quelques-uns de ses fidèles; il admira la beauté du vieux prince et la noble fierté avec laquelle, bien que vaincu, il venait à sa rencontre. Après l'avoir d'abord salué, Alexandre lui demanda, dit-on, comment il désirait se voir traiter. « En roi », répondit Porus; et l'on rapporte qu'Alexandre reprit : « C'est bien ainsi que, de mon côté, je veux agir ; pour vous, vous n'avez qu'à demander ce que vous désirerez ». Porus répliqua que « tout était compris dans ce seul mot ^ ».

^) Ceci n'est pas rapporté par Arrien, maïs par Q. Curce (VKÏ, 14, 33).

2) La chronologie de la bataille exige encore une explication. Le témoignage exprès d'Arrien la place dans le mois Munycliion de l'arcliontat d'Hégémon à Athènes (01. CXIII, 2), archontat qui, d'après les tables d'iDELER, va du 28 juin 327 au 16 juillet 326. La bataille a donc eu lieu entre le 19 avril et le 19 mai 326. On allègue contre cette date un passage où le même Arrien (V, 9, 6) dit qu'Alexandre se trouvait sur l'Hydaspe à l'époque de l'année r, [le-zk rpoTrà; aâX'.crTa £v bipti xçjÎtzz-oli 6 r).>.oç : on en a conclu que la bataille avait été livrée après le solstice et qu'il faut lire dans Arrien, au lieu de Munychion, le mois Métagitnion de l'archontat d'Hégémon, mois qui correspondrait au mois d'août 327, c'est-à-dire à une époque où Alexandre se

Mai32Q: ol. cxiii, 3] le royaujie de porus 541

Alexandre se comporta royalement envers le vaincu; sa générosité était la meilleure politique. Le but de la campagne de rinde n'était pas de s'emparer de la domination immédiate sur ce pays. Alexandre ne pouvait pas avoir la prétention d'incorporer tout d'un coup à un royaume macédonienperse des peuples dont la civilisation développée et originale lui était d'autant plus étrangère qu'il s'avançait plus loin. Etre maître de tout le pays jusqu'à l'Indus, acquérir une prépondérance politique décisive au-delà de ce fleuve et y assurer à la vie hellénique une telle influence qu'avec le temps une réunion même immédiate de Flnde avec le reste de l'Asie devînt possible, tels étaient, paraît-il, les desseins qui avaient dirigé la politique d'Alexandre dans l'Inde ; ce n'était pas les peuples, mais bien les princes qui devaient dépendre de lui. La position que Porus avait occupée jusqu'alors dans le bassin de Flndus pouvait servir de mesure pour la politique d'Alexandre. Il était visible que^ jusqu'ici, Porus avait eu ou avait cherché la prépondérance dans la région des Cinq- Fleuves et que c'était précisément ce qui avait excité la jalousie du prince de Taxila. Il est vrai que son royaume immédiat ne comprenait que les plaines très cultivées entre l Hydaspe et TAcésine^ mais son cousin Spitacès, à l'ouest de l'Hydaspe, et Porus son petit-neveu, à Test del'Acésine, dans la Gandaritide^ tenaient vraisemblablement de lui leur puissance ; de telle sorte que le territoire soumis à son inlluence politique s'étendait à l'est jusqu'à l'Hyarotès, qui formait fron-

trouvait encore dans le bassin du Choaspe. On n'a pas réfléchi à deux choses, d'abord, que !'« à peu près » dont Arrien se sert engage d'autant moins que, s'il parle du solstice, c'est uniquement pour faire remarquer qu'on était à la saison des pluies du tropique et des grandes inondations; et d'autre part, que Néarque, dont le témoignage a été recueilli par Strabon (XV, p. 691), affirme qu'à l'époque du solstice on (était déjà campé sur les bords de l'Acésine. Il y a tout autant d'inconvénients à admettre le système de Grote, qui propose d'adopter le mois Métagitnion de l'archontat suivant, celui de Chrêmes, et de reporter la date de la bataille au mois d'août 326. Cette erreur en a occasionné une foule d'autres dans la chronologie de 327 à 323.

^) Sur la profusion avec laquelle est répandu ce nom de Gandari, voy. WiLsox, dans les additions à VHislonj of Cashmerc {Aslat.Researches, XV, p. 105). Cf. Lassen, II-, p. 155.

;)i2 TAxiLi: i;t iMnirs [III, '.\

{'ù'vc (In rôle (les ]»oiiplos indiens lihics. Il y u plus; de concert avec Ahisarès, il jivail osé étendre la main sui" hîiir |)ays,et, si SOS ellorts avaient échoué contre la bravoure de ces liihus, il lui élail cependani resté un<' prépondérance incontestée dans les contrées de Tlndus. Alexandre avait déjà ani^mc^nté considérablement la puissance de Taxibj; il ne pouvait laisser tout reposer sur la fidélité d'un seul prince, car soumettre toute la région des (iinq-Fleuves au sceptre de ce prince allié eût été le meilleur moyen de le dégoûter de la dépendance d'Alexandre et lui mettre entre les mains la possibilité de s'y soustraire, d'autant plus que la vieille inimitié de Taxile contre Porus lui aurait fait trouver facilement des alliances parmi ces tribus libres. Alexandre ne pouvait fonder son intluence dans l'Inde sur une base plus solide que sur la jalousie de ces deux princes. A ces considérations s'en ajoutait une autre : s'il reconnaissait Porus comme prince, il acquérait par là même le droit d'attaquer les peuples de l'est, comme étant ennemis de son nouvel allié, et de fonder l'extension de son influence dans ces régions sur leur assujettissement. Il devait agrandir la puissance de Porus de telle sorte qu'elle pût contrebalancer celle du prince de Taxila ; il devait même lui confier une puissance plus grande et aller jusqu'à lui donner la domination sur ceux qui avaient été jusqu'ici ses adversaires, puisque dorénavant c'était uniquement dans la faveur du roi de Macédoine que Porus pouvait trouver son droit et son recours contre eux, aussi bien que contre Taxile. Tels furent à peu près les motifs qui déterminèrent Alexandre, après sa victoire sur l'Hydaspe, non seulement à confirmer Porus dans sa puissance, mais encore à augmenter celle-ci d'une façon considérable ^ Il se contenta de fonder des villes grecques sur les deux points les plus importants pour la traversée de l'Hydaspe ; l'une, qu'il nomma Encéphale, était située à l'endroit où la route de Kaschmir descend vers le fleuve, c'est-à-dire au point par lequel les Macédoniens

1) Suivant Plularque [Alex., 60), Porus fut obligé d'accepter le litre de satrape : le silence d'Arrien et le système de raltachernent adopté, système dont nous avons une idée assez nette, permettent de douter de l'exactitude de cette assertion.

Page 1