OT.. cxiir, 3] résistance de l'armée S
sait pour riiomme de cœur d'autre but à toute lutte que la lutte elle-même, et il voulait que tout le monde sût bien que le terme de sa campagne n'était plus de parvenir jusqu'au Gange et jusqu'à la mer d'Orient, car, arrivé à ce point, il montrerait à ses Macédoniens la route de la mer vers l'IIyrcanie, la mer de Perse, la côte de Libye et jusqu'aux colonnes d'Héraclès. Les limites que Dieu avait posées au monde devaient être les limites du royaume macédonien. Mais derrière l'Hyphasc, jusqu à la mer d'Orient, se trouvaient encore de nombreuses populations à assujettir^ et de là jusqu'à la mer d'Hyrcanie erraient encore les hordes indépendantes des Scytbes. Les Macédoniens étaient-ils donc las des dangers? oubliaient-ils et leur gloire et leurs espérances? lorsqu'ils auraient subjugué le monde, il les ramènerait en Macédoine, riches de biens, de gloire et de souvenirs. »
Un long silence succéda à ce discours d'Alexandre ; personne n'osait élever la voix pour le contredire, personne pour l'appuyer. En vain le roi leur ordonna-t-il à plusieurs reprises de parler, disant qu'il était prêt à écouter même un avis opposé. On se tut longtemps. Enfin Cœnos, fils de Polémocrate et stratège de la phalange des Élymiotes, qui s'était distingué souvent et dernièrement encore dans la bataille sur FHydaspe, se leva. « Le roi, dit-il^ voulait que l'armée obéît moins à ses ordres qu'à son propre sentiment; il ne parlait donc pas en son nom, ni en celui des autres chefs, puisqu'ils étaient préparés à tout, mais bien au nom de la majeure partie de l'armée., non pas pour plaire, mais pour dire ce qui serait le plus sûr pour le roi lui-même actuellement et pour l'avenir ; son âge \ ses blessures, la confiance du roi lui donnaient le droit de franchise ; plus Alexandre et l'armée avaient fait de grandes choses, et plus il était- nécessaire de poser enfin une limite. Les vieux soldats, tous tant qu'ils étaient, les uns dans l'armée, où ils se trouvaient en petit nombre, les autres dispersés dans les villes, soupiraient après la patrie, après leur père et
1) Sîxato? ô£ zl\ii xaO' r,Xtxtav (Arrian., V, 27, 3). Lui et Méléagre avaient obtenu un congé pour aller en Macédoine avec les nouveaux mariés, à l'automne de 334, oTt xa\ auTo'i Ttov vsoydtixwv yja-av.
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leur mrir, ajnrs \vuv rcinine et leurs onfanls; c'était dans leur palrio (juils voulaient passer le soir de leur vie, au sein de leur laniille, au milieu des souvenirs de leur vie active et eu possession de la gloire et des biens (ju' Alexandre avait partagés avec eux. Une telle armée n'était plus propn^ à de nouveaux combats; Alexandre devait la ramener en Macédoine: il reverrait sa mère, il ornerait de tropbécs les temples de sa patrie, et, si de nouveaux exploits le tentaient, il lèverait une nouvelle armée et la conduirait contre l'Inde ou la Libye, vers la mer d'Orient ou de l'autre côté des colonnes d'Héraclès, et la faveur des dieux lui réservait encore de nouvelles victoires. Le plus grand bienfait des dieux était d'être modéré dans la fortune; ce n'était pas l'ennemi qui était à craindre, mais les dieux et le destin qu'ils tiennenten réserve. » Cu.'nos termina son discours au milieu de l'émotion générale; beaucoup ne pouvaient retenir leurs larmes, et il était facile de voir comliien la pensée de la patrie remplissait leur cœur. Alexandre, mécontent des déclarations du stratège et de l'assentiment qu'elles avaient trouvé, congédial'assemblée. Le lendemain, il la convoqua de nouveau et annonça qu' « il continuerait bientôt à marcber en avant, mais qu'il ne forcerait aucun Macédonien à le suivre; il y avait encore assez de braves qui soupiraient après de nouveaux faits d'armes ; le reste pouvait se retirer, il le permettait; en rentrant dans leur patrie, ces guerriers pourraient raconter qu'ils avaient abandonné leur roi sur la terre ennemie ». Après ces paroles, il quitta l'assemblée et se retira dans sa tente. Il resta trois jours sans se montrer aux Macédoniens; il attendait que les dispositions de l'armée changeassent et que les troupes se décidassent à une nouvelle campagne.
Les Macédoniens furent très sensibles à la disgrâce de leur roi, mais leur sentiment ne changea pas. Malgré cela^ le quatrième jour, le roi sacrifia sur la rive du fleuve, pour obtenir un heureux passage; mais, comme les signes n'avaient pas été favorables^ il convoqua les hétaeres les plus anciens et les plus dévoués à sa personne et leur annonça à eux-mêmes, et par eux à toute l'armée, qu'il avait décidé le retour. Les Macédoniens pleurèrent de joie et firent éclater leur allé-