‹ Histoire de l'hellénismeChapitre 138 sur 231 · OL. cxiii^ 3] le retour oo · texte numérisé non relu

OL. cxiii^ 3] le retour oo

gTcsse; ils se pressaient autour de la tente du roi et le félicitaient hautement de ce que, toujours vainqueur, il s'était laissé vaincre par ses Macédoniens.

Tel est le récit d'Arrien * ; dans Quinte-Curcc et dans Diodore % quelques circonstances accessoires, qui font pour ainsi dire partie du domaine de la rhétorique, sont changées et amplifiées : Alexandre, pour pousser les troupes à continuer la campagne en avant, les aurait envoyées marauder dans les riches environs de la rive de THyphase, et par conséquent sur le territoire ami de Phégée; puis, pendant l'absence des troupes, il aurait fait présent aux femmes et aux enfants des soldats de vêtements et de provisions de toutes sortes et spécialement de la solde d'un mois; ensuite, lorsque les soldats étaient rentrés avec leur butin^ il les avait convoqués en assemblée et avait agité l'importante question de la continuation de la campagne, non peut-être en conseil de guerre, mais devant Farmée réunie.

Strabon rapporte qu' « Alexandre fut poussé au retour par certains signes sacrés, par les dispositions de l'armée qui se refusait à continuer la campagne, à cause des fatigues inouïes qu'elle avait déjà endurées, mais surtout parce que les troupes avaient eu beaucoup à souffrir des pluies continuelles S) . Il faut avoir devant les yeux toute l'importance de ce dernier point pour comprendre le mouvement rétrograde qui commença sur l'Hyphase. Clitarque, dont on reconnaît l'inspiration sous les paroles de Diodore, fait de la misère des troupes le sombre tableau que voici : « Il ne restait plus, dit-il, qu'un petit nombre de Macédoniens, et ce petit nombre était près du désespoir; les sabots des chevaux étaient usés par la longueur de la campagne; après tant de combats, les armes des soldats étaient émoussées et brisées. Personne ne portait plus de vêtements helléniques; des haillons, provenant du butin sur les Barbares et les Indiens et grossièrement cousus les uns aux autres, couvraient les corps cicatrisés des conquérants du

') Arrian., V, 28, 4, d'après Ptolémée et Strabon.

2) CURT., IX, 2. DiODOR., XVII, 9 i.

'^) 7tîpX'.-£p(o yàp TipOcXOîIv £xo)).-jOrj, to-jto (xèv [xav-s-'ot; t'.tI Tt^oai'/^iùv , xoOio û'aTib Tr,; cxpaTtaç à7ï/)Yop£"jy.*jla; rfir^ upo; xou; uôvo'j; àvayr-aCTOsi;, [xocÀiaxa o ex Tcov vootrœv à'xajxvov (T'jvî/cb; uôixsvo'. (Strab., p. 697).

*1*»S Mollis m iu;r<»in |lll, .*{

inoiidc; (Irpiiis soixante jours, diis (onciils d'urK^ pluio diliivitMiiK», mrlés il la fondre cl à la tempùUî, iravaicnt cessé do tomber dn riel. » Il est certain qu'alors les JNîScheUal ou pluies tropicales, accompagnées du débordement dos lleuves, étaient dans toute leur violence. Qu'on se représente ce qu'une armée d'Occidentaux, depuis trois mois dans les camps ou en marcbe,, dut souffrir de cette terrible température, de riiumidité vaporeuse d'un climat auquel elle n'était pas accoutumée, de la privation inévitable de vêtements et des moyens d'existence les plus vulgaires; combien d'hommes et de chevaux durent succomber aux intempéries et aux maladies qu'elles engendraient'; combien enlin les forces morales, en même temps que les forces physiques, devaient être brisées par les maladies qui étendaient leurs ravages, par les tourments incessants qui venaient de la température, des privations, des mauvais chemins et des marches continuelles, par la misère, la mortalité, le désespoir qui grandissaient d'une manière eflrayante; qu'on se représente tout cela, et on comprendra que, dans cette armée jadis si enthousiaste et si avide de combats, le découragement, la nostalgie, le relâchement, l'indolence, se soient introduits, avec le désir général et particulier d'avoir ce pays bien loin derrière soi avant que revinssent pour la seconde fois les mois terribles des pluies tropicales. Si Alexandre n'opposa pas une implacable sévérité à ces dispositions de l'armée ainsi qu'au refus de poursuivre la campagne ; si, au lieu de briser et de punir par tous les moyens disciplinaires cette opposition, il lui céda au contraire, c'est une preuve qu'au fond de tout cela il n'y avait ni mutinerie, ni haine contre le roi, mais que c'était une suite trop facile à comprendre des souffrances sans fin des trois derniers mois.

Il semble bien que la volonté d'Alexandre avait été de porter ses armes victorieuses jusqu'au Gange et jusqu'à la mer d'Orient; mais les motifs qui l'y déterminaient ne se laissent

') Timour a passé par ces pays environ un mois plus tard (en Safar) ; le Peschekal occasionna alors une grande mortalité, surtout parmi les chevaux (Chereffeddin, IV, 13, p. 59).

Page 1