OL. cxiii, 3] motus dl iiinoiii o
pas apercevoir avec une égale vraisemblance. C'était peut-être le récit de la puissance colossale des princes de la région du Gange, des inépuisables trésors entassés dans les capitales de ces pays, de toutes les merveilles de Textrème Orient, telles qu'il les avait entendu célébrer en Europe et en Asie ; peutêtre n'était-ce pas moins le désir de trouver dans la mer Orientale un terme aux victoires et de nouveaux chemins pour des découvertes et pour des relations cosmopolites ; peut-être étaitce une tentative pour exciter par un moyen extrême le courage des troupes, dont la force morale succombait sous la puissance terrible de la nature des tropiques. 11 pouvait espérer que la hardiesse de son nouveau plan, que le grand avenir qu'il montrait aux regards découragés de ses Macédoniens, que son appel et l'enthousiasme rallumé par une marche incessante en avant feraient oublier à son armée toutes les souffrances et l'enflammeraient en lui donnant des forces nouvelles. Il s'était trompé ; son appel trouva pour écho l'impuissauce et la plainte. Le roi essaya le moyen plus sérieux de la honte et de son mécontentement ; il se déroba aux regards de ses fidèles ; il leur fit sentir tout son déplaisir ; il espérait, au moyen de la honte et du repentir, les élever au-dessus de leur misère et de leur démoralisation : les vétérans s'affligèrent de la colère de leur roi, mais ils ne purent retrouver leur vigueur. Pendant trois jours, un anxieux silence régna dans le camp; Alexandre dut reconnaître que tous les efforts étaient vains et que des tentatives plus énergiques étaient périlleuses. Il fit offrir des sacrifices sur la rive du fleuve pour célébrer le passage, et la bonté des dieux refusa de lui donner des signes favorables à la continuation de la campagne ; ils ordonnaient de retourner. Le cri du retour, qui maintenant retentissait à travers le camp, opéra comme un prodige sur l'esprit des soldats découragés : maintenant les soufl'rances étaient oubliées ; maintenant tout était espérance et joie ; maintenant une force nouvelle et un nouveau courage les animait tous ; seul Alexandre, au miUeu de ses troupes, dut jeter vers l'Orient un reg-ard de regret.
Ce mouvement de retour qu'Alexandre exécuta sur les bords de l'IIyphase — et qui fut pourluilecommencementde sa décadence, si l'on croit trouver la somme de sa vie et de ses efforts
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dans hi devise de ce inouarcjiie de l'Occideiil moderne qui le pnMiiior piif se flaltcr que le soleil ne se roncliait pas sur son enjpire, eldansle ?/^T/>//rs ////yy/, — ce retour, disons-nous, était une néressilé au point de vue delà tAclie liislorique qu'il avait H remplir; il était préparé et indiqué d'avance par renchaînemcnt de tout ce qu'Alexandre avait fait et fondé jusqu'alors ; et sa signification reste la même, bien qu'on j)uisse douter si ce furent ses propres desseins ou la force des circonstances qui lui inspira cette résolution. Continuer à marcher vers rOrient aurait été, pour ainsi dire, abandonner l'Occident ; déjà même arrivaient des provinces de la Perse et de la Syrie des nouvelles qui montraient assez clairement quelles seraient les suites d'une plus longue absence du roi et de l'éloignement à plus grande distance des forces militaires : les désordres de toute sorte, l'oppression envers les sujets, les prétentions des satrapes, les désirs dangereux et les tentatives criminelles des grands de Perse et de Macédoine, qui^ pendant qu'Alexandre s'était avancé jusqu'à Flndus, commençaient à se sentir sans surveillance et sans responsabilité, auraient pu, si la campagne eût été poussée jusque dans les régions du Gange, se multiplier sans obstacle et amener peut-être une dissolution complète de l'empire, qui n'était encore rien moins que solidement fondé. En admettant même qu'Alexandre, grâce à son génie extraordinaire, eut pu, même de l'extrême Orient, tenir d'une main ferme et vigoureuse les rênes du gouvernement, les plus grands succès dans les contrées du Gange eussent été très dangereux pour l'existence de l'empire; l'immense étendue du bassin de ce fleuve aurait demandé pour les garnisons un nombre démesuré de soldats occidentaux, et enfin aurait rendu impossible un véritable assujettissement et une véritable fusion de ces pays avec l'empire.
Il faut encore ajouter une seconde considération : un désert, qui n'est pas beaucoup moins étendu que la presqu'île de r Asie-Mineure, sépare l'Inde orientale de la région des Cinq- Fleuves; sans arbres, sans herbe, sans autre eau que l'eau croupie de puits étroits dont la profondeur atteint jusqu'à 300 pieds, rendu insupportable par les tourbillons de sable mouvant^ par la poussière brûlante qui voltige dans l'atmosphère étouf-