oL. cxni, 3] les marches indiennes
fante, plus périlleux encore par la IrausiLiun soudaine de la chaleur du jour à la fraîcheur des nuits, ce triste désert forme comme un rempart impénétrahle qui protège les contrées du Gange. Un seul chemin conduit du nord, en suivant le bord de la chaîne de l'Imaos, depuis l'Hyphase et FHésudros jusqu'aux bras du Gange, et les Orientaux l'appellent avec raison un lien trop faible pour rattacher la riche contrée de l'Inde k la couronne de Perse.
Il faut dire enfin que la politique d'Alexandre, lorsqu'on la suit depuis son entrée dans la terre de l'Inde, fait conclure avec assurance que son dessein ne fut pas de prendre la région des Cinq-Fleuves comme partie immédiate de son empire ; il est inutile, à plus forte raison, de parler de la région du Gange. L'empire d'Alexandre avait sa frontière naturelle dans la satrapie de l'Inde, à l'ouest de l'Indus ; par les hauts défilés du « Caucase », il commandait tout à la fois, au nord, le bassin de rOxus et du Sogd, au sud, celui du Cophène et de rindus; la contrée qui s'étendait à Test de Tlndus devait rester indépendante sous des princes particuliers, tout en demeurant soumise à l'influence macédonienne telle qu'elle était établie, avec assez de sécurité, sur la situation particulière des princes Taxile et Porus vis-à-vis l'un de Tautre et vis-à-vis du roi. Porus lui-même, qui fut si largement favorisé, n'obtint pas tout le territoire jusqu'au fleuve qui forme la frontière orientale du Pandjab. Pour faire contre-poids d'un côté à Taxile, on plaça de l'autre les principautés indépendantes de Phégée et de Sopithès, deux princes trop insignifiants pour oser quelque chose avec leurs forces particulières et qui ne pouvaient trouver de force et d'appui que dans leur soumission envers Alexandre. Ainsi l'assujettissement de ces princes au pouvoir d'Alexandre, lors même qu'il retournerait en Occident, était garanti, comme dans la Confédération moderne du Rhin, par une crainte et une jalousie mutuelles. La conquête de la région du Gange eùt-elle été possible. qu'Alexandre aurait été forcé de soumettre complètement le pays des Cinq-Fleuves, ainsi qu'il avait fait précédemment pour la Bactriane et la Sogdiane, dùt-il y employer les mêmes moyens rigoureux et autant de temps; et cependant, lorsqu'il avait , 36
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rir inailn' de l.i Soi^diaiiiî, il av.'iil ahaiidonno son pi'.>j«'l de s'avancer de là jiis([n'à la nier, qu'il ne croyait pas éloignée dans la direclioii (In nord, dtîiiii'rc; le Uirriloin^ des Scythes. D'ailleurs, Taxile el INuiis avaient dii lui ap[)i'endre (juelie immense distance il aurai! en à i)arconrir avant d'arriver au (ianf^e el à la mer où le lleuve déverse ses eaux. De la même manière qu'il avait fondé en Sogdiane une Marcln^ du PSord, ainsi, après s'être emparé d'une main ferme de la région du (iOpliène, il avait encore développé ce système de Marches en rendant dépendantes de sa puissance les principautés du pays des Cinci-Fleuves. Il semhle avoir été persuadé, dès le principe, que les populations des pays de l'Indus étaient en possession d'une civilisation trop particulière, pour tout ce qui concerne la vie, l'État et la religion, et qu'elles étaient trop avancées dans leur civilisation pour pouvoir entrer tout de suite dans un royaume de forme hellénique, et iVlexandre ne pouvait pas penser à incorporer à son empire, sous la forme d'une dépendance immédiate, une nouvelle série de conquêtes au delà des territoires de princes qui n'étaient que ses alliés. S'il lit commencer, aussitôt après la bataille sur THydaspe, la construction d'une Hotte sur laquelle son armée devait descendre l'Indus jusqu'à la mer Persique, c'est une preuve indubitable que son intention était de prendre pour son retour la voie de rindus, et non celle du Gange, et que par conséquent son expédition dans les contrées du Gange ne devait être qu'une incursion et une « cavalcade ». On est en droit de supposer que, s'il avait voulu qu'elle fût quelque chose de plus, n'ayant pour base d'opération que des principautés à peine soumises et attachées seulement au conquérant par les faibles liens de la reconnaissance, de la crainte et de l'égoïsme, elle aurait eu vraisemblablement un résultat aussi triste que la grande campagne de Napoléon contre l'Orient.