‹ Histoire de l'hellénismeChapitre 141 sur 231 · CHAPITRE QLAÏRIÉME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QLAÏRIÉME

Le retour. — La Hotte sur rAcésine, — Combat contre les Mallieus. — Alexandre en danger de mort. — Combats sur Tlndus inférieur. — Départ de Cratère. — Combats dans le delta de l'Indus. — Navigation d'Alexandre sur l'Océan. — Son départ de l'Inde.

On pouvait être aux derniers jours d'août 326 lorsque l'armée macédonienne se prépara, sur les bords de Fflyphase, à revenir en arrière. D'après les ordres du roi, les troupes élevèrent, sur la rive du fleuve, douze grands autels *, semblables à des tours, en action de grâces aux dieux qui jusqu'ici avaient accordé aux Macédoniens de s'avancer toujours victorieux, et en même temps à la mémoire de ce roi et de cette armée. Alexandre sacrifia sur ces autels, tandis que les troupes

1) ô'.cXfov 'KOL-za Tcc^ct? Tr,v (TTpaTiàv odjoîxa ,3(oijL0'j? xaraffxî'jâwc'.v [Arriax,, V, 29, 1) : ce qui ne veut pas dire, comme je l'ai cru jadis, que les tocUiç en question fussent des régiments de phalange. Sans doute, le roi avait avec lui. comme on le voit par Arrien (V, 20, 3), Ttbv Tvîrwv àno z^iloLyyo:; £xdc(7TrjÇ £TC'.)ixTO"j; : maison ne saurait démontrer qu'il y eût à l'époque plus de dix phalanges. Ce nombre de douze se rapportait-il aux douze dieux, comme le prétend Diodore (XVII, 95), ou tenait-il à quelque autre raison, c'est ce que nous n'examinerons pas ici. Pour ce qui concerne les ornements de ces autels et l'idée qu'on prête à Alexandre de faire croire, par la dimension colossale des ustensiles laissés en ce lieu, que les Macédoniens étaient une race de géants, les textes des auteurs ont été rassemblés par les commentateurs de Q. Curce (IX, 3, 19). On Hsait, dit-on, sur les autels l'inscription suivante : « A mon père Ammon, et à mon frère Héraclès, et à l'A- (( théna Prévoyante et à Zeus Olympien, et aux Cabires de Samothrace, et à u l'Hélios indien et à mon frère Apollon». Philostrate (Fi^Apo/Zo?!., H, 15) répète cette absurdité et ajoute qu'il y avait au milieu des autels une colonne de bronze portant l'inscription : « Ici s'est arrêté Alexandre». D'après Suidas (s.v.Bpax[xàvcç. Cf. ci-dessus, p. 553, 2), il y avait sur ladite colonne : « Moi, le roi Alexandre, j'ai pénétré jusqu'ici ».

(•(Mc'hmitMil (les joules (le loiiles sortes, coiil'ormémciil à Tu. saj;e liell(3ni(jue'.

A lois l'année se mit en loiite vers l'()cci(l(îiit. La route traversait iiii jKiys alli(}; on iTavait d'autres (lifliciilt(3S à vaiuerc (]iie celle (Tune plui»' loiijoiirs torrentielle. On arriva au bord de rilyarot('s ; puis, apri'S l'avoir traverser ainsi (ju(; la contrée de la (landarilide, on atteignit la rive de l'Acésine. Déjà, sur ce point, la ville (prilé[)heslion avait été chargé de construire élait achevée". Alexandre y lit un peu reposer ses troupes, alin de prendre les dispositions que rendait nécessaire la navigation du fleuve jus(ju';ï Tludus et jus({u'à la Grande-Mer, en même temps que pour coloniser la nouvelle ville. A cette iin, les Indiens du voisinage furent contraints de venir s'y lixer, tandis qu'on y laissait aussi pour habitants les mercenaires de l'armée qui n'étaient plus propres au service des armes.

Pendant ce séjour, le frère du prince Abisarès de Kaschmir et quelques autres petits princes du haut pays voisin arrivèrent avec des présents de prix, pour offrir leurs hommages au grand roi. Abisarès, en particulier, envoyait trente éléphants, et, en réponse à l'ordre que le roi lui avait envoyé d'avoir à se présenter en personne, il faisait protester de son entière sou-

*) On ne sait plus où se trouvaient ces douze autels. D'après ce que dit Q. Curce (IX, 2,' 2), à savoir qu'il y avait de l'autre côté du fleuve onze jours de marche à travers le désert pour atteindre le Gange, on pourrait croire que l'endroit en question est au-dessous du confluent de la Vitasta et du Çatadrou, car la région comprise entre ces deux cours d'eau, région que l'empereur Akbar nommait Beyt-Ialindher (Ayeen Akbery, II, p. 108), est extraordinairement cultivée, et de plus le nom du fleuve au-dessous du confluent, Bhis ou Béas (Elphlnstone, II, p. 559), est évidemment l'Hyphase. nom sous lequel l'Indus reçoit les cinq fleuves réunis. Il faut dire cependant que, suivant Lassex (II, p. 164), cette assertion d'Klphinstone est inexacte. Pline (VI, 47), parlant d'après iNIégasthène, affirme que l'armée n'est pas allée plus loin que la Vitasta et que c'est sur la rive opposée de la rivière que furent dressés les autels : ad Hypasin... qui fuit Alexandri itinenim terminus, exsuperato tamen amne arisque in adversa vipa dicatis... Reliqua Seleuco ISicatori peragrata sunt ad Hesudrum CLXyiIlI milia (Cf. Asiatic Journal, V [1818], p. 216 sqq.). Si le chiffre donné par Pline n'était évidemment corrompu, on en pourrait tirer des mesures plus précises.

-) Cette ville d'Alexandrie sur l'Acésine, sur la grande route que semble indiquer Pline, correspondrait à peu près à la Vouzirabad actuelle.

Sept. 326 : ol. cxui, 3] Alexandre sir l'hydaspe TiG.')

mission, alléguant comme excuse une maladie qui le retenait au lit et l'empêchait de se rendre près d'Alexandre. (iOmme les Macédoniens que le roi avait envoyés à Kasclimir confirmaient cette déclaration et que la conduite actuelle du prince semblait garantir sa soumission à l'avenir, sa principauté lui fut laissée à titre de satrapie ; on fixa le tribut qu'il devrait payer dorénavant, et l'on étendit même sa puissance jusque sur la principauté d'Arsace (Ouraça), dans le voisinage de Kaschmir*. Après les sacrifices solennels offerts pour la consécration de la nouvelle ville, Alexandre traversa l'Acésine, et, vers le milieu de septembre, les différentes divisions de l'armée se réunirent à Bucéphala et à Nica?a sur THydaspe.

Ce fut une grande et féconde pensée qu'eut le roi de ne pas sortir de cette région du fleuve de l'Indus, qu'il venait de traverser de l'ouest à l'est, en suivant pour retourner dans son empire le même chemin par lequel il était venu, mais au contraire de faire égalementsentir dans les régions inférieures du fleuve la puissance de ses armes^ et d'y répandre aussi la semence des mœurs helléniques. Son attitude vis-à-vis de ce monde indien nouvellement découvert n'était pas celle d'un souverain immédiat ; elle était dictée par les relations qui venaient d'être ouvertes pour la première fois avec ces peuples, et calculée sur le développement successif de ces liaisons nouvelles et de Tœuvre qu'il avait commencée ; sa suzeraineté ne pouvait avoir une action efficace, ni même offrir une garantie de durée, si la satrapie indienne restait le seul lien servant d'intermédiaire avec le fleuve du Gophène. Bien que cette satrapie fut la voie principale des relations mutuelles^ il fallait cependant que la ligne entière du fleuve de l'Indus fût entre les mains des Macédoniens, et que les populations qui habitaient la région inférieure du fleuve apprissent à connaître la même influence que les peuples des Cinq-Fleuves avaient subie ; il fallait agir envers eux d'une manière d'autant plus décisive que beaucoup d'entre eux, et particulièrement les Malliens et les Oxydraques, se prévalaient de leur indépen-

') D'après Lassen (II, p. UkJ), le nom indigène de ce prince est Ouraça, ou plutôt c'est ainsi que s'appelait sa capitale, située à six jours de marche de Kaschmir.

y)C)Ci coNsmnc vnoN di: la flottk [III, 4

(lance, (léicsiaiciil cl iiirprisaieiil loiitc influence clran^bro; il rlail néressaii'o avani loiil (jiie cette iiilliicncc elle-niemc ac(jiiît, par des colonies lielléni(]nes inndées snr Tlndus, un ])(»inl (ra[»pni v{ une garantie (raulorilé. (Vélail dans ce dess(;in qu'Alexandre, di's \v moment où il avait qnilté Tllydaspe pour se dirif^cr vers l'est, avail donné Tordre de construire la grande llolle d'eau douce sur la(|uelle il avait rintenlion de descendre jus(|u'à riiulus et jusqu'à la Grande Mer; mais maintenant qu'il était impossible de pousser la campagne jusqu'au Gange el jus(|u'à la mer Orientale, Alexandre devait redoubler de zèle pour cette expédition, qui, tout en ne promettant pas autant de gloire et de butin que l'expédition du Gange, permettait cependant d'espérer un grand succès.

Pendant les quatre mois qu'Alexandre était resté éloigné de l'Hydaspe, l'état extérieur de cette contrée où il avait fondé ses deux villes s'était complètement transformé. La saison des pluies était passée ; les eaux commençaient à rentrer dans leur ancien lit; d'immenses champs de riz couvraient de leur luxuriante végétation le sol fertile naguère encore submergé et s'étendaient en aval sur la rive gaucbe du fleuve, tandis que la rive opposée, au pied des hauteurs boisées, disparaissait, sur une étendue de plusieurs milles, sous les chantiers où des centaines de navires, grands et petits, étaient soit en construction, soit déjà terminés. Du bois flotté venant des montagnes, des bateaux remplis de provisions de toutes sortes, des transports pour le matériel de construction et de guerre se réunissaient sur ce point du fleuve, dont la rive était animée de la manière la plus étrange par le va-et-vient que pouvait offrir, dans un camp ou une halte, cette armée composée de soldats de toutes les nations. Avant tout, Alexandre prit soin d'achever la construction des deux places fortes qui, fondées rapidement sur un sol peu élevé, avaient beaucoup souffert dans leurs retranchements de terre et dans leurs baraquements à cause de la violence des eaux. On commença à préparer alors les vaisseaux ; Alexandre nomma trente-trois triérarques, comme c'était la coutume chez les Hellènes; il les choisit parmi les hommes les plus riches et les plus qualifiés de son entourage, et cette liturgie^ l'honneur de fournir un gréement

Atttomne 326 : ol. cxiit, 3] les trier ARor^s S67

confortable et solide devint pour eux l'objet d'une émulation trèsfavoral)le à l'entreprise même'. La liste de ces triérarques donne un aperçu fort instructif de l'entourage du roi. Elle comprend vingt-quatre Macédoniens : les sept gardes du corps du roi, ainsi que Peucestas qui avait été dernièrement élevé, lui huitième, à cette dignité; le stratège et hipparque Cratère ; parmi les stratèges de la phalange, Attale; parmi les chiliarques des hypaspistes, Néarque ; ensuite Laomédon^ qui n'était pas soldat, Androsthène, qui, après le retour à Babylone^ fit contourner l'Arabie à la flotte. On ne mentionne pas les noms des onze autres Macédoniens; il est possible que plus d'un parmi eux appartînt, comme Laomédon, au service civil ou à celui de l'intendance, car l'étendue et l'importance de ces services, dans une armée comme celle d'Alexandre, se comprennent d'eux-mêmes, bien que les historiens n'en parlent pas. On trouve ensuite, parmi les triérarques, six Hellènes, au nombre desquels étaient le secrétaire du roi, Eumène de Cardia, et Médios de Larissa, un des confidents les plus intimes d'Alexandre ; enfin le Perse Bagoas et deux princes royaux de Cypre. Il n'est plus possible de reconnaître si ces triérarques s'occupèrent de l'équipement de toute la flotte ou seulement de celui des gros navires, c'est-à-dire des quatre-vingts navires à trente rameurs.

Pour former l'équipage de la flotte, on choisit dans l'armée les Phéniciens, les Égyptiens, les Cypriotes etles Grecs des îles et de la côte d'Asie; on les répartit sur les embarcations en qualité de matelots et de rameurs, et en moins d'un mois tout fut prêt pour le départ. Sur les eaux du fleuve se balançaient déjà mille navires de toutes sortes - : parmi eux se trouvaient

^) Cette forme hellénique de la triérarchie est mentionnée par Arrien {Ind. KS), confirmée par Plularque (Ewncn. 2) et Pline (XIX, \). Il est impossible que la dépense imposée par le cahier des charges à chacun des trente-trois triérarques montât, comme le ferait croire Plutarque, à 300 talents, bien que dans cette circonstance, où le triérarque devait prendre aussi à son compte la construction des navires, les frais aient été plus considérables qu'à Athènes.

2) 0 y.xaxéatat (Arrian., Ind., 19, 7). La rectification -/O^tat xa\ oxxaxoaiai est une simple conjecture. Il est vrai que le même Arrien {VI, 2, 4) porte : o'j iro^ù ànoôeovTwv xtbv oiayùJ.oi^j. Mais, d'autre part, Diodore (XVII, 95) et Q. Curce (IX, 13, 22), qui d'ordinaire enflent les chiffres, parlent ici de

.'i()S Di:uNif:ni:s dispositions |III, 4

les ([iKilir-N iiii^ls vaissoau.v (jiii iivaient clé armés comme navires de ,i;uerro <'L (Icuxc-oiils (wiil)arcations non [ioiitées pour le transport (h^s chevaux; tous les aulnes, (ju'ou avait ré(juisilionnés tels qu'on l(»s trouvait sur les rives voisines, étaient destinés au transport des troupes ou devai(Mit être chargés de vivres et du matériel de guerre et suivre la Hotte. Un texte d'une valeur douteuse nous apprend (jue, précisément à ce moment, de grands transports durent arriver des rives voisines, avec de nouvelles troupes composées de six mille cavaliers et plusieurs milliers de fantassins '.

Le départ de la flotte était fixé aux premiers jours de novembre ^. Le roi convoqua les hétan'es et les ambassadeurs indiens qui se trouvaient à l'armée, pour leur faire les communications qui étaient encore nécessaires. Il dut leur exprimer l'espérance que la paix qu'il avait rendue à la contrée des Cinq-Fleuves serait fondée d'une manière durable et g-arantie par ses dispositions. Le prince Porus vit confirmée l'extension de son territoire, qui comprenait maintenant sept peuples et deux mille villes et s'étendait jusque dans le voisinage de l'Hyphase, et l'on fixa ses rapports avec les princes voisins Abisarès, Sopithès et Phégée; ïaxile fut reconnu comme prince indépendant dans ses anciens et nouveaux domaines; on mentionna les principautés dépendantes comprises dans le territoire de la satrapie de l'Inde, avec leur tribut et leurs autres obligations envers le satrape de cette contrée; puis on li-

tOOO navires. Diodore dit : ôtaxoaîwv [jlsv àçpâxTwv, oxxaxocn'wv oï 'JTrrjpcTtxûv, comme s'il n'y avait pas eu de xaTacppaxTat en plus. Il ne faut pas prendre les 80 xpiaxôv-opoi pour des triacontères comme en construisit plus tard Ptolémée II (Athe.x., p. 203 d) ; ce sont, au contraire, les petits vaisseaux de guerre (BOckh, Sceurkunden, p. 74). C'est bien, du reste, ce qu'indique Arrien dans le passage (VI, 5, 2) où il appelle les [j.axpa\ Yr^z; de la flotte des

ôîxpOTOC,

^) Diodore (XVII, 95) compte, en fait d'alliés et de mercenaires helléniques, plus de 30,000 hommes de pied et environ 6,000 cavaliers, plus 25,000 excellentes panoplies pour fantassins et 100 talents de médicaments. Q. Curce (IX, 3, 21) parle de 7,000 hommes de pied envoyés par Harpale, 5,000 cavaliers venus de Thrace, Tun et l'autre détachement sous la conduite de Memnon, et 25,000 armures garnies d'or et d'argent.

-) Strabon (XV, p. 691 j dit : u peu de jours avantle coucher des Pléiades », c'est-à-dire avant le 13 novembre suivant Callippe, le contemporain d'Alexandre. Voy. Ideler, Ucber das Todesjahr Alexanders, p. 275.

Atf tonifie 326 : ol. cxhi, 3] le départ 569

cencia leur contingent, ainsi que celui des autres peuples indiens. Puis vinrent les instructions pour la suite de la campagne : le roi lui-même, avec tous les hypaspistes, les Agrianes, les archers et l'escorte de la cavalerie, formant en tout environ huit mille hommes, devait monter la flotte \ dont le commandement général fut donné au chiliarque Néarque; Onésicritos d'Astypalée obtint le commandement du vaisseau royal. Sur les deux rives du fleuve devaient s'avancer les autres troupes, séparées en deux colonnes, dont l'une, sous les ordres de Cratère, devait suivre la rive droite ou occidentale, tandis que l'autre, plus nombreuse et comprenant les deux cents éléphants, devait marcher sur la rive gauche, sous la conduite d'Héphestion. Ces deux colonnes reçurent l'ordre de s'avancer aussi rapidement que possible et de faire halte après avoir marché trois jours en descendant le fleuve % afin d'attendre la flotte. Philippe, qui avait reçu la satrapie de l'Inde, devait les rejoindre à cet endroit.

Avant le départ, l'armée eut encore à célébrer une solennité funèbre : Thipparque et stratège Cœnos avait succombé à une maladie. Les documents historiques semblent indiquer que le roi n'avait pas oublié le rôle qu'il avait joué sur les bords de l'Hyphase; il fut enseveli « d'une manière brillante, eu égard aux circonstances ^ » .

Enfin le jour fixé pour le départ arriva. Dès le matin commença l'embarquement des troupes; sur les deux rives du fleuve, Héphestion et Cratère firent avancer en brillante lig^ûe de bataille leurs phalanges, leurs cavaliers et leurs éléphants. Tandis que chaque escadre se rangeait l'une après l'autre, le roi otfritun sacrifice solennel sur la rive du fleuve, suivant

*) D'après ce chiffre total donné par Arrien {Ind. 19), on peut évaluer l'effectif des Agrianes et archers pris ensemble à 2,000 hommes, à moins qu'Arrien n'ait ajouté indûment dans un passage (VI, 2, 2) les Agrianes, qu'il a laissés de côté dans un autre {Ind. 19).

-) Arrien (VI, 2) désigne la paaiXeia Sio7ret6o.j comme le but vers lequel Héphestion doit marcher aussi rapidement que possible. C'est un nom dont il n'a pas fait mention au moment opportun, lors de la marche à travers le bassin de l'Hyphase. N'aurait-il pas peut-être confondu ce prince avec Spitacès?

3) ex Tcbv TtapôvTwv (XEyaXoTrpîTrw; (Arriax , VI, 2, 1). L'expression de Q. Curce (IX, 3, 20) est encore plus sèche.

:;70 NAVIGATION SIU L IIVDASIM: [TÏT, I

la coutiimo h('II(''iii(|iio. Sur Tavis du pivhc marodoiiion, il sacrilia aux dieux nationaux, à Posoidon, à la socourable Ainpliilrilc, à l'Océan, anx Néréides (;t au llcuve llydaspo; puis il luonla sur son vaisseau, s'avan(;a jusqu'nu l)ord do l'avant, fit des libations avec une coupe d'or, fit sonner le signal du départ, et au même inslant les rames do tous les navires frappèrent les eaux^ au bruit des trompettes et des cris de joie. L'escadre aux voiles de mille couleurs fondit les eaux; les quatre-vingts vaisseaux de guerre s'avançaient les premiers, descendant b» lleuve dans le plus bel ordre; c'était un merveilleux et indescriptible spectacle. « Rien de comparable au bruissement dos rames de tous les navires frappant les eaux d'un seul coup, puis s'élevanl et s'abaissant alternativement, à ces ordres que faisaient retentir les commandants des vaisseaux pour donner aux rameurs le signal de s'arrêter ou de reprendre leurs mouvements, aux acclamations des matelots lorsqu'ils plongeaient leurs rames dans le fleuve; les cris résonnaient avec d'autant plus force que les rives étaient plus élevées, et revenaient répétés par les échos des ravins, tantôt à droite, tantôt à gauche. Puis le fleuve s'enfonçait de nouveau dans de sombres forêts, et les cris des navigateurs retentissaient au loin dans la solitude des bois. Les Indiens, par milliers, se pressaient sur les rives du fleuve et contemplaient avec admiration cette armée qui passait devant eux, et ces chevaux de bataille montés sur dos vaisseaux aux voiles bariolées, et cet ordre admirable de l'escadre qui ne se dérangeait jamais; leurs cris de joie répondaient aux acclamations dos rameurs, et ils accompagnaient la flotte le long du fleuve en faisant entendre leurs chants, car aucun peuple n'est plus porté à la musique et à la danse que les Indiens * ».

Après trois jours de navigation^, le roi arriva au lieu où

*) Arrian., VI, 3, 5. Pline (XIX, i) décrit surtout le magnifique spectacle des voiles multicolores.

2) Au dire de Pline, Alexandre faisait 600 stades par jour : Q. Curce (IX, 3, 24) dit 40. Ils ont tort tous les deux. Au bout de huit jours, la flotte arrive à l'embouchure de l'Acésine ; or, de cet endroit au point de départ, il y a par voie de terre cinq à six jours de marche (voy. Vincent, p. 110), et par eau (d'après la carte de Macartney) environ 24 milles, c'est-à-dire —

Page 1