OL. r.xiii, 3] consternation de i/armék o
Déjà des nouvelles de ce combat, de la blessure et de la mort du roi étaient parvenues dans le camp situé à l'emboucbure de THyarotès, et y avaient causé une agitation indescriptible. D'abord on n'entendit que des cris, des plaintes et des larmes, puis le calme revint ; on commença à se demander ce qu'on allait devenir, et cette question redoubla encore les inquiétudes, le découragement, les plaintes et l'indécision. Qui allait conduire l'armée maintenant? comment retournerait-elle au pays ? comment trouver la route ? comment pourvoir au voyage à travers ces distances sans fin, ces fleuves terribles, ces montagnes désertes et ces solitudes? comment se défendre contre tous ces peuples guerriers qui n'hésiteraient plus à défendre leur liberté, à reconquérir leur indépendance et à assouvir leur vengeance contre les Macédoniens, maintenant qu'ils n'avaient plus Alexandre à redouter? Et quand arriva la nouvelle que le roi vivait encore, ce fut à peine si on put y croire : on doutait qu'il eût été possible de l'arracher à la mort, lorsqu'une lettre du roi lui-même arriva pour annoncer qu'il serait bientôt de retour au camp : on dit alors que la lettre avait été fabriquée par les gardes du corps et les stratèges afin d'apaiser les esprits, que le roi était mort et qu'ils n'avaient plus ni guide ni espoir de salut.
Cependant Alexandre était réellement sauvé, et au bout de sept jours, sa blessure, quoiqu'elle fut encore ouverte, n'offrait plus de danger. Les nouvelles qui arrivaient du camp et la crainte que la persuasion de sa mort ne causât des désordres dans l'armée le portèrent à ne pas attendre son complet
veur cF Alexandre {Alexandrî magni servator. Plin., XXXIV, 8). Nombre d'auteurs, outre la blessure reçue par Alexandre à la poitrine, parlaient d'un coup de massue sur la nuque. Le trait fut retiré soit par Perdiccas, soit par l'Asclépiade Critobule de Cos (appelé Critodème par Arrien), le célèbre médecin du roi Philippe, celui qui lui avait extrait de l'œil la flèche reçue à Méthone (Plln., VII, 37). Plutarque (De fort. Alex., 11) raconte un peu autrement l'extraction du dard : on ne venait pas à bout de l'arracher à travers la cuirasse, et on n'osait pas scier la hampe, de peur de faire éclater Tos : Alexandre, voyant l'anxiété des assistants, commença à couper luimême la hampe avec son poignard au ras de l'armure, mais sa main retomba inerte; il ordonna alors d'y aller hardiment, reprochant à ceux qui l'entouraient leurs larmes et leur compassion, les appelant traîtres parce qu'ils lui refusaient leur secours, etc.
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rôlalilissomcnt cl. à roloiirncr di^s lors parmi U^s troupes. Il lit disposer un yacht sur lc(|ucl on pla(;a un lit de malade, protégé par une tiMite; puis, s'ctant cmhanpié, iidosccndit Tllyarotès: pour éviter réhranlenuMil, on ne se servait pas des rames et Tembarcation était entraînée seulemcnl par lo cours du lleuve ; le quatrième jour enfin, elle approcha du camp. L'annonce de l'arrivée d'Alexandre l'avait précédé, mais un petit nombre seulement y croyaient. On apercevait déjà le yacht avec son pavillon qui descendait le courant; les troupes, dans une anxieuse attente, se tenaient le long^ du fleuve. Le roi fit enlever le pavillon afin que tous le vissent. On se figura encore que c'était le cadavre du roi qu'amenait la barque ; mais avant d'atteindre la rive, Alexandre leva le bras, comme pour saluer ses troupes ; alors ces milliers de soldats poussèrent des cris de joie; ils étendaient les bras vers le ciel ou vers leur roi, et les larmes de joie se mêlaient aux cris d'allégresse sans cesse renouvelés. Alors le yacht s'approcha de la rive ; quelques hypaspistes amenèrent une litière pour transporter le roi de la barque dans sa tente, mais il ordonna qu'on lui amenât un cheval. Quand l'armée le vit monté sur son coursier, il s'éleva un tel cri de joie, de tels applaudissements accompagnés de coups frappés sur les boucliers, que la rive opposée ainsi que les forêts d'alentour en retentirent. Le roi mit pied à terre près de la tente qu'on avait dressée pour lui, afin que ses guerriers le vissent aussi marcher; alors tousse pressèrent autour de lui, pour toucher sa main, ses genoux, ses vêtements, pour le voir de près, pour lui adresser une bonne parole, pour lui jeter des banderoles et des fleurs.
C'est lors de cette réception que dut se produire le fait raconté par Néarque. Quelques amis avaient reproché au roi de s'exposer ainsi au danger, lui disant qu'une telle conduite était celle d'un soldat, mais non celle d'un général. Un vieux Béotien, qui les avait entendus et qui avait remarqué le mécontentement du roi, s'approcha et dit dans le dialecte de son pays : « A l'homme l'action, ô Alexandre ; mais qui agit doit souffrir ». Le narrateur ajoute que le roi lui marqua son assentiment et, même plus tard, n'oublia pas cette bonne parole. ; La rapidité avec laquelle Alexandre s'était emparé de la