‹ Histoire de l'hellénismeChapitre 154 sur 231 · OL. rxTii, 4] sir l'océan GOI · texte numérisé non relu

OL. rxTii, 4] sir l'océan GOI

abritée et d'un abord facile. Les matelots rapportèrent la nouvelle qu'en effet l'île avait une rive commode, qu'elle était d'une grandeur considérable et bien pourvue d'eau potable ; en conséquence, Alexandre s'y rendit avec la flotte et lit aborder, sous la protection de la rive, la plus grande partie de ses vaisseaux. De cette île, on apercevait déjà les brisants couverts d'écume de l'embouchure de l'Indus et, par delà, l'horizon élevé de l'Océan ; à peine pouvait-on découvrir les rives basses, dépourvues d'arbres et de collines, qui bordaient le fleuve, large de deux milles. Alexandre gouverna en avant avec les meilleurs de ses vaisseaux, pour franchir l'embouchure proprement dite et éprouver si elle était navigable. Bientôt la côte occidentale disparut à ses regards, et les hautes vagues de l'Océan s'éten daient à perte de vue du côté du couchant. Après une navigation de quatre milles, on atteignit, vers l'est, une seconde île ; déjà la houle de l'Océan venait se briser tout autour sur ses côtes plates et sablonneuses . Comme le soir était venu, les vaisseaux retournèrent avec le flux vers l'île où la flotte avait abordé ; un sacrifice solennel à Ammon célébra, ainsi que le dieu Tavait ordonné par un oracle, cette première vue de l'Océan et de la dernière contrée au sud de la terre habitée. Le lendemain^ le roi partit de nouveau, aborda dans l'île qu'il avait rencontrée la veille en mer et y sacrifia encore aux dieux qui, dit-on, lui avaient été désignés par Ammon; puis il continua sa route en pleine mer, afin d'examiner autour de lui si l'on n'apercevait pas encore quelque terre ferme. Comme les rivages avaient déjà disparu de tous côtés et qu'on ne voyait plus que le ciel et l'eau, il sacrifia des taureaux à Poséidon et lança les victimes dans l'O céan , puis il fit des libations avec une coupe d'or qu'il jeta aussi dans les flots; enfin, il fit de nouvelles libations aux Néréides, aux Dioscures sauveurs, à ïhétis aux pieds d'argent, mère de son ancêtre Achille, les priant de recevoir favorablement son escadre et de la conduire vers l'Occident jusqu'aux bouches de l'Euphrate; puis il jeta la coupe d'or dans la mer, en signe de prière.

Ensuite il retourna vers la flotte et remonta le fleuve avec elle jusqu'à Pattala. Il y trouva la citadelle achevée et la construction du port commencée; Pithon y était également arrivé

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avec son armée, après avoir exécuté les ordres qu'il avait reçus; il avait rendu la traii(|uillité au pays plat «'t jieuplé les nouvelles villes. Le roi avait appris à connaître le hras droit des bouches de l'indns cl les obstacles de toutes sortes qu'il présentait à la navigation, car les vents moussons et la crue des eaux du fleuve se réunissaient dans cette saison de l'année pour le liMidre difficile. Il résolut de descendre et d'explorer également le second bras du fleuve, celui qui coule à l'est, alin (le voir s'il n'était pas plus propre à la navigation. Après qu'on eut effectué un parcours assez considérable en descendant vers le sud-est, on trouva que l'eau s'élargissait de manière à former un très grand lac^ alimenté par quelques affluents, grands et petits, qui venaient de l'est ; ce lac ressemblait à un golfe de l'Océan ; on y trouva même des poissons de mer. Des pilotes indigènes indiquèrent les endroits les plus favorables, et le roi fit aborder la flotte sur ses rivages. Il laissa en cet endroit la plus grande partie de ses troupes, avec toutes les cercoiires, sous les ordres de Léonnatos, et descendit lui-même jusqu'à l'emboucbure de rindus, en traversant le lac, avec les demi-trirèmes et les vaisseaux à trente rames. Il parvint jusqu'à la mer sans rencontrer la houle furieuse ni la marée haute qui rendait si périlleux le bras occidental et plus large de l'Indus ; il fit aborder près de l'embouchure et s'avança, avec quelques-uns de ses hétaïres, à trois jours de marche le long du littoral, partie pour explorer la nature de la côte, partie pour faire creuser des puits à l'usage des navigateurs. Alors il retourna vers ses vaisseaux, puis traversa le lac avec eux et remonta jusqu'à Pattala, tandis qu'une partie de l'armée s'avançait sur la rive afin de creuser également des puits dans ces parages arides. De Pattala, il descendit pour la seconde fois dans le lac, prit des dispositions pour la construction d'un port et de plusieurs chantiers pour les vaisseaux et laissa en arrière une petite garnison pour protéger ces ouvrages ^

*) Les relations et les cartes les plus récentes concernant les bouches de rindus ne connaissent point de lac proprement dit formé par un bras du fleuve, sauf le lac Sindri, qui s'est formé dans notre siècle sur le bras oriental de rindus (Pourana), artère ancienne et aujourd'hui très peu abondante.

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Ainsi tout était convenablement organisé par rapport au grand plan du roi ; pour en achever la réalisation, il ne restait plus qu'une chose, mais c'était, il est vrai, la plus difficile et la plus périlleuse; c'était la découverte de la route maritime qui devait réunir désormais l'Indus et l'Euphrate. Si Ton considère l'état des connaissances nautiques et géographiques à cette époque, on appréciera à sa juste valeur la hardiesse d'un tel plan. La construction des vaisseaux était imparfaite, ou du moins n'était pas appropriée aux conditions particulières de la navigation sur l'Océan; on n'avait pour se diriger en mer que les astres et les côtes, dont naturellement le voisinage devait être souvent dangereux; l'imagination des Hellènes peuplait l'Océan de prodiges et de monstres de toutes sortes, et les Macédoniens, si intrépides et si courageux lorsqu'ils avaient Tennemi devant leurs yeux, étaient sans armes et non pas sans peur devant le perfide élément. Et puis, qui prendrait la conduite de l'expédition? Le roi lui-même était assez hardi pour tenter les plus téméraires entreprises; il était déjà prêt à braver de sa personne et à vaincre l'Océan; mais

Comme Alexandre put s'avancer à trois jours de marche de la bouche orientale dans la direction de l'ouest, il est certain que, sur cette étendue de 10 à 15 milles, il n'a rencontré aucune des six autres bouches de l'Indus, au lieu qu'aujourd'hui, de la bouche de Rin(Kori) à la bo uche voisine, il y a à peine 1 1/2 mille ; il n'y a pas plus de 10 milles jusqu'à la bouche principale, et dans l'intervalle, il y a une série d'îles découpées par le courant. Dans ce qu'on appelle le Périple d'Arrien, il est dit (c. 40 : p. 24, éd. Hudson) du golfe de Barake (Katschha, le Kâvôi xôXuoç de Ptolémée) qu'on voyait dans cette région (de Minnagara) quantité de traces laissées par l'armée d'Alexandre. Suivant iMac Murdo {Bombay Tvansact., II, p. 236) et Tod (II, p. 290 sqq.), il y a à l'est du bras de Pourana un marais dans lequel se déversent plusieurs cours d'eau venant de l'est et qui, dans la saison des moussons du sud-ouest, se transforme en un véritable lac, nommé Aranya ou simple* ment Rin. Un large canal de décharge part de là et va se jeter dans le golfe de Koutsch. Ce pourrait être la région visitée par Alexandre ; comme Néarque, au dire de Strabon, évaluait la base du delta de l'Indus à 1,800 stades (45 railles), ce chiffre concorde d'une façon surprenante avec nos cartes dès qu'on mesure de la grande bouche de l'Indus à l'exutoire du marais. Dans le Périple (d'Arrien), le golfe de Barake est signalé comme dangereux et barré à l'entrée par quantité de bancs de sable ; on ajoute que la bande de terre qui l'entoure au sud se dirige à l'est et tourne ensuite à l'ouest ; peut-être l'Eî'ptvoç de l'auteur est-il le lac sur lequel a navigué Alexandre, l'Aranya avec un nom grécisé (Ton, Bajastan, II, p. 295).

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il (Icvail (r;ml.'ml moins sn iiu^llr»' à la l('*L(' de l;i flolle que déjà, jM'iKlanl sji cainpaf^iH; de l'indo, il s'tUaiL prodnil dans l'empire bien des désordres (jni exiii^oaiont impériciiscunoiit son retour; la route de Perse; par tern» était dillicile, et, pour traverser ces contrées désertes et redoutables, les troupes de terre avaient besoin de Tavoir en personne à leur tête, car c'était seulement en lui (ju'elle avaient une confiance absolue. Qui donc choisir pour conduire la tlotte? Qui aurait assez de courage, assez d'adresse, assez de dévouement? Qui pourrait imposer silence aux préjugés et à la peur des troupes qui devaient former la Hotte, et, au lieu de ces vaines imaginalions qui leur faisaient croire qu'elles étaient abandonnées sans souci à un péril évidemt, leur inspirer confiance en elles-mêmes, conliance dans leur guide et dans l'heureux résultat de leur entreprise?

Le roi lit part de toutes ces pensées au fidèle Néarque et lui demanda conseil pour savoir à qui il devait confier ses vaisseaux. Néarque lui nomma les officiers les uns après les autres ; le roi les repoussa tous : l'un paraissait manquer de décision ; un autre n'avait pas assez de dévouement au roi pour s'exposer au danger à sa place ; d'autres manquaient d'expérience nautique ; ils ne connaissaient pas assez l'esprit des troupes, ou bien désiraient ardemment revoir leur patrie et retrouver les commodités d'une vie tranquille. Néarque, ainsi qu'il le raconte dans ses Mémoires, s'olfrit enfin luimême : «Je veux bien, ô roi, prendre la conduite de la flotte et ramener sains et saufs, avec l'aide des dieux, hommes et vaisseaux jusque dans la terre de Perse, pourvu que la mer soit navigable et que surtout l'entreprise ne dépasse pas les forces humaines. » Le roi lui répondit qu'il ne pouvait exposer à de nouveaux dangers un homme si fidèle et d'un si grand mérite. Les prières de Néarque n'en furent que plus pressantes, et le roi ne lui cacha pas qu'il était réellement, plus que tout autre, propre à remplir cette tâche. Les troupes, qui respectaient le chef éprouvé de la flotte et qui connaissaient l'affection profonde du roi pour lui, durent voir dans ce choix une garantie pour elles-mêmes, car Alexandre n'aurait certainement pas confié l'entreprise à un ami et à un de ses meilleurs

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