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CHAPITRE PREMIER

Le départ. — Combats clans le pays des Oiites. — Marche de l'armée à travers le désert de Gédrosie. — Arrivée du reste de l'armée en Carmanie. — Xéarque à Harmozia. — Désordres dans l'empire. — Châtiments infligés par le roi. — Retour en Perse. — Deuxième fuite d'Harpale. — Les noces à Suse — Nouvelle organisation de l'armée. — Départ pour Opis.

La contrée de l'Inclus est bornée à l'ouest par de hautes montagnes qui descendent depuis le fleuve du Cophëne jusqu'à l'Océan ; les dernières masses de leurs rochers dominent encore de près de 900 pieds les brisants de la mer. Ces montagnes, que traversent un petit nombre de défilés, forment un mur de séparation complète entre la région du delta de l'Indus et le littoral désert de la Gédrosie, ainsi qu'entre le pays du Sindh et la haute satrapie de l'Ariane. A Test, on trouve la température chaude et humide des tropiques, de nombreux cours d'eau, une végétation luxuriante, une faune riche, une population dense, dont les relations sociales s'étendent au loin, avec les mille productions et les mille besoins dune civilisation vieille comme le monde. De l'autre côté des montagnes-frontières, doiit les roches nues s'étagent en assises superposées, on trouve un labyrinthe de rocs escarpés, de crêtes abruptes, de steppes montagneuses, et au milieu le plateau de Kélat, nu, triste^ glacé par un froid sec ou surchauffé par les feux d'un été court et brûlant, un véritable «désert de la pauvreté *». Au nord et à l'ouest, cette contrée est entourée par des rochers en pente raide, au pied desquels

') Dustihe-Dulut, d'après Pottinger, qui a fourni le fond de l'exposé cidessus.

i;i() i.i: itKSKirr dk i.kdhosiI': [IV, 1

la iiirr de sablu du dôsciL de rArkuie ('.'Icnd sa iia[)pe nuit', comme un Océan sans lin, avec son ahnosjjliî'rerougeàln; (pii réverbère \os ardeui's des sables iiiKUsanls, avec ses ondulalions scndjlables à des values rornnM'S [lai* des dunes toujours en mouvemeni, au milieu des(|uelles le voyageur s'égare el le chameau succombe. Telle est la l liste roule (]ui Ir.iversc l'intérieur du pays, et cependant le désert de la côte et le chemin qui le traverse en se dirii^(;ant à Touest est encore plus solitaire et plus terrible. Lorsqu'en sortant de l'Inde, on a gravi les délilés de la grande chaîne qui sépare les deux contrées, une région basse se déploie: à gauche, la mer; vers Touestet le nord, des montagnes; au fond, un lleuve qui roule vers rOcéan, le dernier cours d'eau qu'on rencontre sur ce chemin; au pied des montagnes, des champs de blé; puis des villages et des bourgs disséminés dans la plaine, et qui sont les derniers qu'on rencontrera pendant un voyage de plusieurs mois. Vers le nord, de mauvais défilés, tracés en zigzag dans les montagnes désertes de Kélat, conduisent hors de cette plaine '; à l'ouest, les montagnes des Orites descendent jusqu'à la mer. Lorsqu'on les a franchies, le désert commence dans toute son horreur; la côte est plate, sablonneuse, brûlante, sans herbe et sans buissons, sillonnée par des lits que les torrents desséchés ont creusés dans le sable, presque inhabitable; çà et là de misérables cabanes de pêcheurs, à plusieurs milles les unes des autres, sont disséminées sur la côte; elles sont construites avec des arêtes de poisson et du limon de la mer et protégées par des groupes isolés de palmiers ; les quelques hommes qu'on rencontre sont encore plus misérables que leur pays. A un jour de marche vers l'intérieur des terres s'étendent des chaînes de rochers nus, traversées par

^} Le nom de la province de Loussa a dans la langue youdgali cette significalion. Les défilés oa u louklis » sont : du côté du nord, la route des montagnes [Kohcnwan; voy. le journal de Pottixger, l^r févr.) ; du côté de rinde, à l'est, la route qui va à Hyderabad et Kourache ; du côté de l'ouest, celle de Hinglatz (Hingol, marquée comme station télégraphique sur la carte que H. KiEPERT a publiée dans la Ze'dschr. der Gesellschaft fur Erdkunde ^1870] V, 3, d'après les relevés de GoLDSMm), qui descend vers la plage, et le défilé de Bêla sur la route qui va à Kedye. Cf. Pottlnger fp. 431 trad. alL).

^'lo : UL. CXllI, 4j LA GIÎDUUSIE (j i 1

(les torrents qui, dans la saison des pluies, s'entlent tout à coup et se précipitent en grondant et en mugissant vers la côte, où ils creusent des lits profonds pour se déverser dans la mer, tandis qu'ils restent à sec pendant tout le reste de Tannée, couverts de genêts, de mimosas et de tamaris, remplis de loups, de chacals et d'essaims de moucherons. Derrière ces chaînes de rochers s'étend le désert de Gédrosie, large de plusieurs jours de marche et parcouru par des tribus nomades isolées qui sont plus que redoutables pour l'étranger. La solitude, l'aridité, le manque d'eau sont ici les moindres maux; on a à supporter un soleil torride, une poussière brûlante qui enllamme l'œil et oppresse la respiration: la nuit, une fraîcheur pénétrante; le hurlement des bêtes sauvages affamées retentit dans l'obscurité ; nulle part un abri, nulle part un peu de sazon; rien à mans^er, rien à boire; aucune voie assurée, aucun terme au voyage. Ce fut par ce désert, dit-on, que revint des Indes la reine Sémiramis, des cent mille soldats de son armée, elle ne ramena pas vingt hommes avec elle à Babylone. On raconte que Cyrus aussi suivit cette route dans sa retraite et subit un destin semblable; le fanatisme musulman lui-même n'a pas osé poursuivre à travers ce désert sa marche conquérante; le calife interdit à son général Abdallah l'entrée de ce pays, que la colère du prophète avait manifestement frappé.

Cette route, Alexandre osa la prendre^ et ce ne fut pas pour accomplir un exploit plus grand que ceux de Cyrus et de Sémiramis, comme Ta prétendu l'antiquité, ni pour faire oublier par un plus grand désastre les pertes qu'avait causées la campagne de l'Inde, ainsi que l'ont imaginé certains historiens modernes à vues pénétrantes. Ildevait choisir cette voie: il était de son devoir de ne pas laisser, entre les satrapies de l'Indus et de la mer Persique, une immense étendue dépourvue de maître, et de ne pas permettre à des tribus insoumises de rompre la continuité de l'occupation: il fallait d'autant moins leur en laisser la faculté que les chaînes de rochers qui s'étendent aux confins du désert auraient offert un asile toujours prêt aux hordes de pillards et aux satrapes rebelles. L'importance était encore plus grande par rapport à la Hotte qui devait

(il J I.l. IM.AN DAI.IX \Mtlti: [IV, 1

ouvrir la voÏl' tic l;i nier riilrr riiide cl la IV'i'se, un suivant lus côlcs (lûsortcs; il lui était impossible, en ullet, de se munir de vivres ut dVau pour un voyage de plusieurs mois; pour s'en procurer, il était nécessaire qu'elle abordât de temps en temps à la cote, dont Tari nautique de cette époque lui interdisait absolument de s'éloigner. Si cette expédition devait avoir quelcjuc beureux résultat et atteindre son but, qui était d'ouvrir la navigation de l'Eupbrate à Tlndus, il était nécessaire avant tout de rendre la côte accessible , de creuser des puits, de pourvoir aux vivres, d'empêcher la résistance du côté des indigènes et de rattacher à Tempire les populations, particulièrement celles des districts les plus riches. Tels furent les motifs qui poussèrent le roi à prendre à son retour la voie de la Gédrosie, bien que la nature de la contrée ne put lui être inconnue; il ne devait pas abandonner son grand plan à cause de dangers qui étaient inévitables ; il ne devait pas reculer devant les sacrifices que lui coûterait une entreprise dont il espérait à bon droit les plus grands résultats. Sibyrtios, satrape de Carmanie*, dut recevoir Tordre d'envoyer d'Occident, aussi promplement que possible^ tout ce qui était nécessaire à larmée^, et les renseignements apprirent bientôt que la contrée qui confinait immédiatement à Tlnde était habitée à l'intérieur et possédait assez de fertiles vallées pour qu'elle put, si elle était occupée, fournir les provisions nécessaires au voyage le long- de la côte.

Les documents ne permettent pas d'indiquer, même approximativement, à combien se montait l'effectif des troupes que le roi conduisit à travers la Gédrosie. On peut évaluer la Hotte à environ 100 vaisseaux, et les hommes qui la montaient à 12,000, plus environ 2,000 matelots [izioi-T.) . L'armée que Cratère conduisait par FArachosie devait être notablement plus forte. D'après un rapport de source sûre, les forces du roi, lorsqu'il était à Alexandrie Sogdienne, comprenaient en tout 120,000 hommes; en estimant à 30,000 environ les hommes qui étaient restés dans la satrapie de l'Inde et dans

^) D'après Q. Curce, le roi avait nommé en 330 Aspastès satrape de Carmanie. Suivant Arrien (IV, 27, 1), Sibyrtios avait été installé peu de temps avant le retour dp l'Inde.

32'^) : OL. cxiiT, 4] le départ 613

les villes nouvellement fondées, on peut estimer à 30 on 40,000 le nombre des combattants qui suivirent le roi. Xoii^ne donnons ces cbifTres que pour rappeler ce qu'on devrait savoir pour se faire une idée pragmatiquement claire de l'expédition accomplie par Alexandre à son retour.

On pouvait être à la fin d'août de l'année 32^) lorsque Alexandre quitta Pattala et le pays de l'Inde. Bientôt on eut atteint les montagnes qui en forment la limite; on gravit les défilés qui se trouvent le plus au nord,, et, vers le neuvième jour', on pénétra dans le bassin de l'Arbios. Les Arbites- babitaient en deçà de ce fleuve, tandis que les Orites occupaient la rive opposée jusqu'aux montagnes. Comme ces deux tribus ne s'étaient pas encore soumises, Alexandre partagea son armée de manière à parcourir leur contrée en divers sens, et, au besoin, à la dévaster. Quelques colonnes, sous les ordres du roi,de Léonnatoset dePtolémée, descendirent dans leur pays, tandis qu'Héphestion conduisait derrière le reste de l'armée. Profitant de la circonstance pourfaire creuser des puits le long de la côte en prévision des besoins de sa flotte, Alexandre se porta sur la gauche, vers la mer, afin de tomber à l'improviste siu' les Orites, qui avaient la réputation d'être un peuple nombreux et guerrier. A l'approche des Macédoniens, les Arbites avaient abandonné leurs villages et s'étaient enfuis dans le désert. Le roi arriva sur le bord de l'Arbios, qu'il franchit facilement, car l'eau étaitbasse et le lit étroit; puis, continuant sa marche pendant la nuit, à travers la contrée sablonneuse qui s'étend vers l'occident à partir de la rive droite du fleuve, il se trouva, au lever du jour, près des champs bien cultivés et des villages des Orites. Aussitôt la cavalerie reçut l'ordre de se porter en avant par escadrons espacés à une distance convenable, afin d'occuper d'autant plus de terrain, tandis que l'infanterie suivait en ligne compacte. Les villages furent ainsi

1) Ceci d'après Q. Curce (IX, 10, 5 , qui du reste est, comme Diodore, absolument hors d'état de nous renseigner sur la géographie de cette région. De Pattala au défilé d'Hyderabad il y a environ 16 milles, et de là jusqu'au fleuve Arbios (le Pourally actuel), environ 12 milles.

2; Lassen (II, p. 189i démontre qu'Arba est le nom indigène.

(il 4 Ai.i;\ \M>nir oniTroî'r. [IV, 1

.•illa(jni''s (»l pris les uns après les aiilrcs; lorsipio les liabilants lonlaionl do résister ol osaiont comballro les lances niacédonioiinos avec leurs ni'clios empoisonnées, ils étaient facilement vaincus, leur village était livré aux llamnies, et eux-mêmes étaient massacrés ou faits prisonniers et réduits en esclavage. La région basse des Orites fut soumise sans pertes bien importanles, el le Lagide IMolémée lui-même, dont la vie avait élé mise en danger par un coup de flèclie, fut promptement et heureusement guéri de sa blessure'. Alexandre s'arrêta sur le bord d'un cours d'eau ety établit son camp, pour attendre Tarrivée dllépbestion. Lorsque celui-ci l'eut rejoint, il s'avança avec lui vers le bourg- de liambacia, qui était le plus considérable du pays des Orites ; comme sa position semblait favorable pour le commerce et pour la défense de la contrée, Alexandre résolut d'en faire la capitale de la satrapie d'Oritide et de la coloniser; Héphestion reçut l'ordre d'y fonder Alexandrie Critique^ Le roi lui-même, avec la moitié des hypaspisles et des Agrianes, l'escorte de sa cavalerie et les archers achevai, s'avança contre les montagnes qui séparent le territoire des Orites de celui des Gédrosiens, car on lui avait rapporté que ces deux peuples, en nombre très considérable, s'étaient portés dans les défilés à travers lesquels passe la route de la Gédrosie, afin d'y barrer la roule aux Macédoniens au

1) Strab., XV, p. 723. Cic. De Divin., II, 66, etc. Dlodore (XVII, 103} et Q. Curce (IX, 8, 20) transportent l'épisode de la blessure du Lagide dans le delta de J'Indiis.

~) Vincent, et Van der Chys avec lui, croient retrouver Rambaciadans la Ramyour moderne, qui n'est indiquée ni sur la carte de Pottinger ni sur celle des stations télégraphiques. Diodore dit que, comme Alexandre désirait fonder une ville et qu'il trouva là un port sûr ( axX'jaxov) et un terroir bien situé, il y bâtit une Alexandrie. Q. Curce ajoute qu'elle fut peuplée d'Arachosiens (peut-être tirés de l'armée). Le journal de Néarque ne fait point mention de cette ville nouvelle : le « Port des femmes », qu'il appelle ax)v'j(7Toç, se trouve à l'est de l'Arbios. Les commentateurs de Diodore, de Q. Curce et d'Etienne de Byzance, ont démontré que la quatrième Alexandrie d'Etienne de Byzance, ttôXiç Neaprcôv e6vo'j; 'lyô'jo^âywv, et la ville Nîwpsttwv de Diodore, n'est autre que cette Alexandrie 'Qpsixcôv et la colonie mentionnée par Arrien à Rambacia. Sur une deuxième ville fondée dans ces régions par Léonnatos, voy. Lassen (II, p. 188). On ne dit pas jusqu'où s'étendait au nord le pays des Orites; cependant les chaînes de montagnes paraissent en marquer avec assez de précision les frontières du côté de l'ouest et du nord.

32o : OL. cxîii, 4] la satrapie d'oritide 615

moyen de leurs forces réunies. Mais, dès que les troupes s'approchèrent de rentrée de ces défilés, les Barbares s'enfuirent devant un ennemi dont ils redoutaient l'irrésistible énergie autant que la colère après la victoire ; les chefs des Oritcs descendirent et se soumirent humblement au roi, se rendant à merci, eux et leur pays. Alexandre les reçut avec plus de bienveillance qu'ils ne l'avaient espéré, les chargea de rassembler de nouveau les habitants des villages qui s'étaient dispersés, et de leur promettre en son nom paix et sécurité ; il leur recommanda vivement d'obéir à son satrape Apollophane, sous le commandement duquel il les plaça, ainsi que les Arbites et le pays des Gédrosiens, et surtout d'exécuter exactement les ordres qui leur seraient donnés en vue des besoins de la flotte macédonienne ^ Le garde du corps Léonnatos, avec une armée considérable comprenant tous les Agrianes, une partie des archers, quelques centaines de cavaliers macédoniens et helléniques et un nombre correspondant de soldats pesamment armés et de troupes asiatiques, fut laissé dans la nouvelle satrapie, avec ordre d'attendre l'arrivée de la flotte sur cette partie delà côte, de préparer tout ce qu'il fallait pour la recevoir, d'achever la colonisation de la nouvelle ville, de réprimer les désordres et les résistances qui pourraient encore se produire de la part du peuple, et de faire tous ses efforts pour gagner au nouvel ordre de choses les Orites, qui jusqu'ici avaient été indépendants. Apollophane fut chargé d'employer tous les moyens pour réunir du bétail à abattre et des provisions dans l'intérieur du pays des Gédrosiens, afin que l'armée ne souffrit pas des privations.

Alexandre quitta ensuite le pays des Orites et se dirigea vers la Gédrosie. Déjà le bord du littoral, chaud et plat, deve-

1} On voit par un passage d'Arrien (VJ, 27, 1) que cet ordre avait été donné à Apollopliane. Ce qui permettait d'approvisionner la flotte, c'est qu'à 10 ou 15 milles de la côte, sur une longueur d'environ iO milles, s'étendent les fertiles vallées de Kolvan et de Kedye, où l'on pénétrait facilement du pays des Orites par le col de Bêla : surtout la vallée de Kedy, arrosée par l'abondante artère du Khori-desht (Voy. L. Ross, Xoti's on Mckran dans les Trmisact. of the Bombay Geogr. Society, XVIII [1868], p. 36 sqq.) ; ce fleuve débouche dans la baie de Gvatar, évidemment le port Cophas où Néarque trouva a de l'eau pure et en grande quantité ». (Arrian., Ind , 27, 6).

(il(i MARClIi; A TnAVKHS LK DI^SKUT 'IV, 1

ii.iil plus I.niîv, plus (IrsciM ; la rhal(3ur était plus hrùlanlo, la nulle |»lus iM'uihlc; |M'U(l;nil des jiuirniM's cnli^ros, rui voyai;(Niil (laus uuc coulri'c sahifuuiciisc cl di-scrlc, <u"i di' t(;mps à autres (juclcjucs L;r(uij)«'s de pahnicrs (dlVai(uit une unil)r(i luiséral)l(î contre les rayons pr('S(|ne ]K'rp('ndi('ulair<'S du soleil ; les buissons de myrrhe devenaient plus fi'é(|uents ; sous l'ardeur du soleil, ils exhalaient une odeur pénétrante et laissaient suinter en abondance une résine dont on ne tirait aucun ])arli. Les négociants phéniciens rpii suivaient Tarmée avec de nomhreux chameaux firent là une riche récolte de cette précieuse marchandise, si estimée en Occident sous le nom de myrrhe d'Arabie^'. Dans le voisinage de la mer et des rivières fleurissait l'odorant tamaris; le sol était couvert des racines entrelacées dunard et des pousses de buissons épineux, dans lesquels les lièAresefTrayés par l'approche de l'armée venaient se prendre comme des oiseaux dans un lacet. On passait la nuit dans le voisinage d'un de ces endroits, et les soldats préparaient leur couche avec des feuilles de myrrhe et de nard. Mais, à chaque nouvelle étape, la côte devenait plus déserte et plus difficile ; les ruisseaux s'absorbaient dans le sable brûlant ; la végétation cessa; sur une immense étendue on n'apercevait aucune trace d'homme ou d'animal ; on commença à marcher la nuit, pour se reposer pendant le jour ; on s'avança dans l'intérieur des terres pour s'éloigner un peu de ce désert et en même temps afin d'apporter sur la côte des provisions pour la flotte; quelques troupes détachées furent envoyées sur le rivage pour emmagasiner les provisions, creuser des puits et chercher sur la côte les points accessibles aux vaisseaux. Quelques-uns de ces cavaliers, sous les ordres de Thoas, rapportèrent la nouvelle qu'il se trouvait sur le rivage quelques misérables huttes de pécheurs, construites avec des côtes de baleine et des coquillages; les habitants, pauvres et d'une intelligence bornée, A'ivaient de poissons desséchés et réduits en farine et buvaient l'eau saumâlre conservée dans les trous du sable : on avait atteint le territoire des Ichthyophages. En s'avançant dans l'intérieur des terres, on trouvait, disait-

*j Sur cette plante, voy. Asiatic Researches, vol. IV, p. 97 et 433.

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