‹ Histoire de l'hellénismeChapitre 158 sur 231 · uL. cxui, 4] en car.mame · texte numérisé non relu

uL. cxui, 4] en car.mame

après les événemenls qui venaient de se passer et après leur indescriptible horreur, pouvait donc bien être porté à tout redouter, plutôt qu'à espérer la réussite d'un grand plan. Cette côte, oii la plus grande partie de son armée avait trouvé une mort misérable, était le dernier, le seul refuge pour la flotte, et, déserte, sablonneuse, sans port comme elle était, elle semblait être plutôt propre à augmenter les dangers des coups de vents inattendus et des tempêtes qu'à offrir contre eux un abri; un seul ouragan, et flotte et armée pouvaient disparaître sans laisser de traces ; une seule course imprudente, et l'Océan était assez grand pour qu'on put s'y égarer à l'infini sans espoir de salut.

Dans ce moment « l'hyparque du pays' » vint trouver le roi et lui apporter des nouvelles : iXéarque avait heureusement abordé avec la flotte à cinq jours de marche vers le sud^ à l'embouchure de l'Anamis, et, après avoir appris que le roi se trouvait dans le haut pays, il avait fait établir pour son armée un camp retranché par des murs et des fossés ; il ne tarderait pas à se présenter en personne devant Alexandre. Au premier moment, la joie du roi fut extraordinaire ; mais bientôt revinrent l'impatience, le doute, les poignantes inquiétudes; on attendait en vain l'arrivée de Néarque, et les jours se succédaient; on envoya messager sur messager: les uns revenaient, annonçant qu'ils n'avaient rencontré nulle part les Macédoniens de la flotte^, que nulle part ils n'en avaient eu de nouvelles; les autres ne revenaient pas du tout. Enfin Alexandre donna l'ordre d'arrêter et de mettre aux fers l'hyparque félon qui avait forgé des contes ets'était fait un jeu du deuil de l'armée et de celui du roi. Il était plus triste qu'avant; sa pâleur accusait les souffrances d'àme et de corps qu'il éprouvait.

L'hyparque cependant avait dit vrai: ?séarque avec la flotte avait abordé à la côte de Garmanie, après avoir heureusement accompli une entreprise encore sans pareille sous le rapport des dangers et des prodiges, et rendue plus difficile par un enchaînement de circonstances accidentelles. Les diffi-

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(122 I A TilAVEI^SKi: DE .NLAUOli: flV, I

riillés av.'iit'iil coniiiicncr'. I()rs(nr(ni cLail eiicoi'c sur les rivus (le rindiis. A [)('ine Alexaudi'e ;ivait-il passé les frontières (le rindeavec l'ariiKic de (erre, (juc les Indiens, se croyant alors aIVrancliis. avaieni coinniencé à se livrer à une agitation sus- [M'cle, tellenicnl (jne la flotte no }Kiraissait plus r[V(t en sûreté sur rindus'. iNéarque, considérant (jii'il ifavaitpas rG(}u mission de contenir le p;ivs, mais seulement de conduire la flotte dans le golfe Persique, s'était rapidement préparé au départ, sans attendre l'époque où le vent d'est prend une direction constante ; il avait mis à la voile le 21 septembre et dépassé en peu de jours les canaux du delta de l'Indus. Le vent, qui soufflait du sud avec violence, l'avait alors obligé d'aborder au-dessous du promontoire qui sépare l'Inde du pays des Arbites, dans un port auquel il avait donné le nom d'Alexandre, puis de descendre à terre et de s'y arrêter pendant vingtcinq jours, jusqu'à ce qu'enfm les vents eussent pris un cours régulier. Le 23 octobre, il s'était embarqué de nouveau, et, au milieu de dangers de toutes sortes, tantôt naviguant entre desécueils, tantôt luttant contre la houle puissante de l'Océan, il avait dépassé l'embouchure de l'Arbios. Après une terrible tempête, qui arriva le 31 octobre et fit couler trois embarcations, il était descendu à terre près de Gocala, pour se reposer pendant dix jours et réparer les avaries de ses vaisseaux; c'était dans cet endroit que Léonnatos, peu de temps auparavant;, avait vaincu les Barbares des environs dans une

1) C'est ce que rapporte Strabon (XV, p. 721) d'après Néarque. Arrien néglige ce détail dans ses extraits : il dit que la flotte avait mis à la voile après que les vents étésiens d'été se furent apaisés, ce qui est en effet exact : mais on n'en était pas encore aux vents étésiens d'hiver, que cependant IXéarque aurait attendus si la chose eût été possible. On trouvera dans l'étude chronologique mise en Appendice à la fin du volume de plus amples renseignements sur cette date importante. Ce qui complique la question, c'est qu'Arrien {Ind., 21) se trompe d'archonle et qu'en même temps, au lieu de mettre en regard du quantième attique (20 Boédromion) la date macédonienne correspondante, il se contente d'indiquer l'année (l'an XI d'Alexandre). Cependant, l'affirmation positive que Néarque est parti de l'Indus le 20 Boédromion fournit une date relativement sûre : ce jour correspond, si l'on accepte pour la conversion en dates juliennes le talDleau du cycle métonien calculé par Ideler, au 21 septembre. La traversée de l'Indus à Harmozia a été évaluée, suivant une estimation fort plausible, à 80 jours, et les dates indiquées ci-dessus ont été échelonnées en conséquence.

32o : OL. cxiii, 4] voyage de .néahùli: 623

sanglante rencontre où le satrape de Gédrosie, Apollophane. avait trouvé la mort. Néarque s'était pourvu de vivres en abondance et avait eu plusieurs entrevues avec Léonnatos ; puis il avait quitté cette plage pour se diriger vers Touest avec la Hotte, qui était arrivée le 10 novembre à Fembouchure du Toméros. Des troupes d'Orites armés se tenaient sur les rives de ce tleuvc, pour en barrer l'entrée aux vaisseaux; mais une attaque hardie suffit pour les mettre en déroute et assurer pendant quelques jours aux Macédoniens une rive oîa ils purent descendre à terre en sécurité.

Le 21 novembre, la flotte était arrivée en face de la côte du pays des Ichtbyopliages, ce pauvre et terrible désert où les souffrances de l'armée de terre avaient commencé; l'armée de mer en eut aussi beaucoup à supporter dans ces parages; le manque d'eau douce et de vivres devenait chaque jour plus pressant. Enfin, derrière le promontoire de Bagia, on trouva dans un village de pêcheurs un indigène nommé Hydracès, qui s'offrit à accompagner la flotte en qualité de pilote et qui lui fut d'une grande utilité ; sous sa conduite, on put dorénavant faire de plus longues navigations et y employer les nuits, où la température était plus fraîche. Ce fut au milieu des privations toujours croissantes qu'on passa devant la côte sablonneuse et déserte de la Gédrosie, et déjà le mécontentement des troupes avait atteint une intensité menaçante, lorsqu'on atteignit enfin les côtes de la Carmanie, couvertes de bois de palmiers et de vignobles. Maintenant la détresse était passée; maintenant on approchait de l'entrée de la mer Persique, après laquelle on soupirait depuis si longtemps ; on était en pays ami. Sur la gauche, on apercevait la pointe de TArabie, nommée Macéta, qui s'avançait au loin dans la mer et d'où l'on apprit que la cannelle, ainsi que d'autres marchandises de l'Inde, était transportée à Babylone.

La flotte aborda sur la côte d'Harmozia, à l'embouchure de l'Anamis, et les troupes qui la montaient campèrent sur la rive du fleuve, pour se reposer après tant de fatigues et réfléchir aux dangers qu'on avait surmontés ; plus d'un, sans doute, avait craint de n'en pas réchapper. De l'armée de terre on ne savait rien ; depuis la côte des Ichthyophages, on en avait perdu

r)2i NKAHOUK A IIAUMOZIA [IV, i

loiili' Irare '. Tu jour (juchiucs-uns des «^rns de Néaniiic, (|ui s'élaieiU un pou avancés dans rinlùrieur alin dr se procurer des vivres, aperçurent dans le lointain un homme vêUi du costume hellénique; aussitôt ils courureni à lui cl reconnurent, en versant des larmes de joie, que c'était un mercenaire g-rec. Ils lui demandèrent d'où il venait, (pii il étail ; il répondit qu'il venait du camp d'Alexandre et que le roi n'était pas loin de là. Remplis de joie, ils le conduisirent alors devant Néarque ; cet homme lui apprit qu'Alexandre se trouvait à une distance crenviron cinq jours de marche dans l'intérieur des terres et s'ollrit en même temps à le conduire à l'hyparque du pays. A cette nouvelle, Néarque se consulta sur la manière dont il pourrait aller rejoindre le roi. Pendant qu'il retournait vers les vaisseaux pour y tout disposer et pour faire retrancher le camp, l'hyparque, dans l'espoir de gagner la faveur du roi en étant le premier à lui annoncer l'heureuse arrivée de la flotte, était remonté en toute hâte vers l'intérieur des terres, par le plus court chemin, et avait porté ce message qui, en tardant à se confirmer, lui attira tant de désagréments.

La suite de ce récit est racontée par Néarque lui-même. Les dispositions prises pour la sécurité de la flotte et du camp furent enfin assez avancées pour permettre à Néarque de quitter ses troupes et de remonter vers l'intérieur du pays; il était accompagné d'Archias de Pella, qui commandait la flotte en second, et de cinq ou six autres personnages. Quelques-uns des messagers envoyés par Alexandre les rencontrèrent en route ; mais l'extérieur de Néarque, aussi bien que celui d'Archias, était tellement changé qu'ils ne les reconnurent ni l'un ni l'autre; leurs cheveux et leur barbe étaient longs, leur visage pâle, leur corps amaigri, leurs vêtements en lambeaux et souillés de goudron, et, comme ils demandaient dans quelle direction pouvait bien se trouver le camp d'Alexandre, ces hommes leur donnèrent le renseignement et continuèrent

*) Après les recherches si consciencieuses de Vincent, je n'ose pas ajouter de détails plus circonstanciés sur les incidents de cette traversée; il faudrait pour l'essayer une connaissance des travaux géographiques récents à laquelle on ne peut arriver que par une étude approfondie, et aussi plus d'espace que n'en comportent nos éclaircissements.

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