OL. cxiii, 4] retour de néarque
leur roule. Toutefois Archias soupçonnait la vérité et disait : « Il semble que ces hommes soient envoyés pour nous chercher, mais nous sommes tellement changé et si différents de ce que nous étions dans l'Inde, qu'il n'est pas étonnant qu'ils ne nous reconnaissent pas. Disons-leur qui nous sommes, et demandons-leur où ils vont ». Son compagnon suivit ce conseil, et les hommes répondirent qu'ils cherchaient Néarque et l'armée embarquée sur la flotte. Alors le commandant reprit : « C'est moi que vous cherchez ; conduisez-nous au roi ! » Ils les prirent avec une grande joie dans leurs voitures et revinrent au camp. Quelques-uns coururent en avant à la tente du roi en criant : « Voilà Néarque et Archias, et cinq autres avec eux, qui arrivent I » Mais, comme ces hommes ne savaient rien du reste de l'armée ni de la flotte, le roi crut que ceux qu'on nommait avaient pu sans doute se sauver d'une manière inattendue, mais que l'armée et la flotte avaient péri, et sa douleur fut plus grande encore qu'auparavant. Enfin Néarque et Archias entrèrent : Alexandre put à peine les reconnaître ; il tendit la main à Néarque, le prit à part et pleura longtemps ; enfin il s'écria : « En te voyant, toi et Archias, je sens diminuer la douleur que j'éprouve de cet immense désastre; mais parle, comment ma flotte et mon armée ontelles péri? » Néarque répondit : « 0 roi, tu possèdes encore Fune et l'autre, ta flotte et ton armée, et nous sommes venus vers toi pour t'annoncer leur conservation ». Alors Alexandre versa des pleurs plus abondants encore; une bruyante allégresse se répandit autour de lui, et il fit serment par Zeus et par Ammon que ce jour lui était plus cher que la possession de l'Asie tout entière *.
*) C'est ainsi que Néarque raconte les faits (dans les Indica d'Arrien). On peut fixer la date de cette rencontre par l'itinéraire de Néarque. Celui-ci avait mis à la voile le 21 septembre et, d'après le calcul de Vincent, avait dû aborder à l'embouchure de FAnamis le quatre-vingdèmejour, c'est-à-dire le 9 décembre : ce fut probablement entre le 15 et le 20 décembre qu'il rejoignit le roi. Il est plus difficile, il est même impossible de déterminer le lieu où campait Alexandre. Diodore (XVII, 106) raconte qu'Alexandre se trouvait avec son armée dans la ville de Salmos, au bord delà mer, et qu'on était justement réuni au théâtre lorsque Néarque avait abordé avec sa flotte et était venu immédiatement au théâtre pour rendre compte de sa traversée. Persuadé que dans ce récit, d'ailleurs parfaitement absurde, le nom de Sal- 1 40
(;2l) AnniNKi: jdo (HAikiik |IV, 1
Dojîi (iralîTc, .'ijiiî's iiiic inarclic luMirousc à travers l'Ara" cliosic cl la J)ran<^ianc, élail aussi arrivé en (larinanie avec son armée el ses éléplianls ' ; à la nouvelle des perles immenses qu'Alexandre avail éprouvées, il s'étail liAlé de lui amener son armée fraîche el vigoureuse. Les conunandanls qui depuis cinq ans se tenaient en Médie se renconlrèrent avec lui; c'étaient Cléandros avec les vétérans des mercenaires; lléracon, avec les cavaliers mercenaires que ^lénidas avait précédemment commandés; Silalcès, avec Tinfanlerie Ihrace; Agathon, avec les cavaliers odryses ; en tout cinq mille fantassins et mille cavaliers". Stasanor, satrape d'Arie et de Drangiane, et Pliarasmane fils de Phrataphernc, satrape deParlliie, étaient aussi arrivés en Carmanie, avec des chameaux, des chevaux et des troupeaux de bétail, surtout avec Tintenlionde pourvoir aux besoins de Tarmée dans sa marche à travers le désert, car ils ne pensaient pas qu'elle fût déjà arrivée ; toutefois, ils n'en furent pas moins bien reçus, même à cette heure, avec ce qu'ils amenaient ; les chameaux, les chevaux et le bétail furent partagés entre les troupes de la façon accoutumée. Tout ceci, ajouté àl'heureux climat de la Carmanie, aux soins et au repos qui furent donnés aux-soldats, enfin à la présence immédiate du roi, dont l'activité n'avait jamais été ni plus grande ni plus vigilante, fit disparaître en peu de temps les traces de l'affreuse misère et rendirent à l'armée macédonienne sa force
mos tout au moins était exact, Vincent (p. 306) a supposé que ce nom (Salmoun) correspondait ù la localité appelée JMaaoun par les Orientaux. Cette hypothèse paraît bien risquée. La seule indication qui puisse servir à déterminer à peu près la situation de l'endroit cherché, c'est que de là à l'ancrage de l'Anamis (fleuve Ibrahim) il y avait cinq jours de marche, c'est-à-dire de 15 à 20 milles. Il est par conséquent impossible de songer à Kerman, à loumaU ou à quelqu'une des localités que Pottinger a visitées au cours de son voyage. Si l'orographie de la Carmanie n'était pas si mal connue, on arriverait tout au moins à situer avec quelque certitude la ville d'Alexandrie : peut-être est-ce là précisément qu'eut lieu la rencontre. On se demande si Giroft ne correspondrait pas à peu de chose près à l'endroit en question.
*) En ce qui concerne la marche de Cratère, tous les renseignements font défaut. Il est à supposer qu'il a longé l'Hindmend en descendant, et passé par Lash et Nikh : de là il s'est dirigé à travers le désert sur Kerman, en suivant à peu près la route décrite par Khanikoff {Recueil de la Société de GéograiMe, VII, 2 [1855], p. 404 sqq.).
2) Arrian., VI, 27. Q. Curce (X, 1, 1) donne le chiffre de 5,000.