‹ Histoire de l'hellénismeChapitre 161 sur 231 · OL. cxiii^ 4] état de l'empire G · texte numérisé non relu

OL. cxiii^ 4] état de l'empire G

mercenaires et à prendre toutes les mesures afin de pouvoir au besoin se maintenir à main armée en possession de leurs gouvernements, dans le cas où Alexandre ne reviendrait pas des contrées de l'Inde. Les plans les plus téméraires, les désirs les plus extravagants, les espérances les plus exagérées étaient à l'ordre du jour; Tagitation démesurée de ces années où tout ce qui était habituel et certain avait été mis de côté, où ce qu'il y avait de plus invraisemblable paraissait possible, ne trouvait plus d'assouvissement que dans les entreprises les plus indisciplinées et dans l'étourdissement de jouissances et de pertes immodérées. Les hasards terribles de la g-uerre qui avaient asservi l'Asie pouvaient aussi facilement se retourner; si un seul coup de dés suffisait pour faire monter la fortune du roi jusqu'à une immense hauteur, il n'en fallait pas davantage non plus pour que tout s'en allât en fumée. La nationalité perse elle-même, après avoir été renversée, commençait à se relever avec de nouvelles espérances, et déjà plus d'une tentative avait été faite du côté des grands pour fonder des principautés indépendantes, en brisant les liens de l'empire à peine formés, ou bien pour exciter lespeuples àla défection, au nom de la vieille royauté des Perses, qui certainement devait être restaurée. Et comme maintenant, après que le roi avait été absent pendant plusieurs années, après que le désordre et l'usurpation avaient étendu leurs ravages de tous côtés, la nouvelle se répandait que l'armée avait péri dans le désert de Gédrosie, l'agitation atteignait, dans tous les pays et dans tous les esprits, un degré qui faisait craindre l'écroulement de tout ce qui subsistait.

C'était dans de telles circonstances qu'Alexandre revenait au milieu des provinces de l'Ouest^ avec les débris de son armée. Tout était en jeu ; un signe d'inquiétude ou de faiblesse^ et l'empire tombait en ruines sur ses fondements. Seule une fermeté hardie, une force de volonté et d'action résolue, pouvait sauver le roi et son empire; la bonté, la longanimité eussent été des signes d'impuissance et auraient frustré de leur dernier espoir les peuples qui étaient encore attachés au roi. La justice la plus rigoureuse, la plus implacable, était nécessaire pour garantir aux peuples opprimés sans merci

(;riO CHATIMENT ItKS S XTH APF.S |IV, 1

leurs (Iroils cl les (Mn|WM'li(M' (!<' perdre Iciii" ronfLiiirr» dans la puissance (lu loi; il fallail des mesures pi'omptes et efliraces poui* rendre louL son éclat à la niaj<'slé du Irône el lépandi'e au loin l'ellroi de sa oolcr(^ VA p(iut-èli'e Alexandie ctail-il déjà dans la sombre disposition qui rend si teriible l'autocrate irrité. Qu'il était loin à cette heure de renlliousiasme du commencement de sa victorieuse expédition I Qu'il était loin de cette conliance juvénile et pleine d'ardeur, de ces espérances qui n'avaient pas de bonnes ! Cette confiance, elle avait été trop souvent trompée; il avait appris à soupçonner, à être dur et injuste. 11 est possible qu'il ait cru tout cela nécessaire. Il avait transformé un monde, il se l'était identifié; il s'agissait maintenant pour lui de prendre en main et de tenir avec fermeté les rênes de sa toute-puissance; il fallait maintenant une prompte justice, une obéissance nouvelle, un gouvernement vig"ou-reux.

Déjà, en Carmanie, Alexandre avait trouvé à punir. Il avait destitué le satrape Aspastès, qui, en 330, s'était soumis et avait conservé sa place. Vainement Aspastès s'était avancé avec la plus humble soumission à la rencontre du maître qui s'approchait; comme l'examen confirma les soupçons qui pesaient sur lui, il fut livré à la main du bourreau, et Sibyrtios fut destiné à lui succéder en Carmanie. Sur ces entrefaites Thoas, qui devait aller remplacer Apollophane dans le pays des Orites, tomba malade et mourut ; Sibyrtios fut alors envoyé dans ce pays, et à sa place, on mit en Carmanie Tlépolémos, fils de Pythophane, qui avait fait ses preuves dans la satrapie desParthes^ La mort de Ménon, satrape d'Arachosiel, arrivée, parait-il, à la même époque^ laissa le champ libre aux désordres qui se produisirent dans l'intérieur de l'Ariane, à l'instigation du Perse Ord^anès ; mais Cratère les réprima sans peine en traversant ces contrées, et amena le rebelle enchaîné devant Alexandre. Le roi lui infligea la punition qu'il avait méritée, et la satrapie d'Arachosie, devenue vacante, fut

') Arrian., YI, 27, 1. Par conséquent, la satrapie a été un moment sans administrateur (Arrian., Jnd., 36, 8).

-) Niiper interierat morbo (Curt., X, 10, 20).

Page 1