‹ Histoire de l'hellénismeChapitre 166 sur 231 · OL. cxiii, 4] les fètks de suse · texte numérisé non relu

OL. cxiii, 4] les fètks de suse

Pendant cinq jours conséciilifs, les fêtes succédèrent aux fêtes. Les ambassades, les villes et les provinces de l'empire, les alliés d'Asie et d'Europe, présentèrent au roi d'innombrables présents de noces ; il reçut, rien qu'en couronnes d'or, la valeur de quinze mille talents. De son côté, il donna à pleines mains: beaucoup de fiancées n'avaient plus de parents, il leur tint lieu de père et les dota toutes; il fit de riches présents à tous ceux qui se marièrent ce jour-là, et il exempta d'impôts tous les Macédoniens qui épousèrent des filles asiatiques; le nombre de ceux qui s'inscrivirent monta à plus de dix mille \ De nouveaux festins de noces, de joyeux banquets, des spectacles, des cortèges de fête, des réjouissances de toutes sortes remplirent les jours suivants; l'allégresse, une joie tumultueuse remplissait le camp; ici des rapsodes, des joueurs de harpe venus de la Grande-Grèce et d'Ionie; là des mages, d'habiles écuyers des contrées de la Perse ; puis des danseuses, des joueuses de flûte, des troupes d'acteurs helléniques. Il y eut en effet des représentations dramatiques, car on était précisément au temps des grandes Dionysies: on joua entre autres pièces un drame satyrique, Agèn, qu'on prétend avoir été composé par le Byzantin Python, rempli de joyeuses railleries sur la fuite d'Harpale, le grand-maître estropié de la Trésorerie ^

auteurs, au contraire (Diodor., XVII, 107. Plut., Alex., 70. Curt., IV, 5, 1. Justin., XII, 10. Memnon ap. Phot., p. 224 a 50) l'appellent Statira, nom qui était aussi celui de sa mère (Plut., Alex.^ 30. Phylarch., ap. Athen., XIII, p. 609 b). Peut-être la princesse, à l'exemple de quelques autres femmes d'Asie, a-t-elle en se mariant échangé son nom perse contre un nom hellénique. La reine Olympias elle-même, avant de porter ce nom, s'appelait Myrtale (Justin., IX, 7, 13). L'Amastrine d'Arrien se nomme Amestris dans Diodore (XIX, 109) et Amastris dans Strabon (XII, p. 514) ainsi que sur les monnaies de la ville dont elle était l'éponyme : les filles d'Artabaze, outre la Barsine (Pharsine ap. Syncell., p. 504) mentionnée ci-dessus, sont : Artacama ou Apama (Apamea) et Artonis ou Barsine.

1) C'est peut-être encore là un trait qui caractérise l'état de cette armée : les braves soldats n'avaient pas attendu ce moment pour chercher et trouver leurs femmes asiatiques : une bande de femmes et d'enfants devait partager avec eux la vie des camps.

'^) Ce drame satyrique intitulé Agên fut, au dire d'Athénée (XIII, p. 575 e), u représenté à la fêle des Dionysies aux bords de l'Hydaspe, alors que déjà Harpale avait gagné la mer et couronné sa trahison». Ceci n'aurait pu avoir lieu qu'en 326, soit en avril, soit en mars, ou encore en octobre, après le retour des régions de l'Hyphase; mais justement à cette époque, il est arrivé

(;V0 KXTINCTION I)i;S DKITKS |IV, \

Des lirrauls proclanicrenl onsuile(|iic lo roi prenait à sa charge el paiernil les délies de l'armée ; (jne cliariin n'avait qu'à inscrire la somme qu'il devait et ({u'il la recevrait ensuite. D'abord un petit nond)re seulement déclan.'rent leurs dettes; lajdupart, et spécialement les chefs et les hauts oflicic^rs, pouvai(M)t craindrez qu'Alexandre voulût seulement connaître ceux qui ne se contentaient pas de leur sohle vl vivaient avec trop de profusion. Le roi, informé de ce qui se j)assait, fut très blessé de cette défiance; il lit disposer sur plusieurs points du camp des tables chargées de pièces d'or, et ordonna que tous ceux qui se présenteraient avec un compte enreçussentle montant,

à l'armée (les troupes envoyées par liarpalc. Athénée a tout simplement écrit rilydaspe pour le Choaspe, le fleuve de Suse. C'est à Suse que fut représenté le drame satyrique. On cite comme auteur de la pièce Python de Byzance ou de Calane, ou même le roi : ce Python de Byzance est sans nul doute l'orateur qui était déjà un des familiers de Philippe et qui fut chargé par lui de missions importantes (voy. A. Sguafer, Ih-mosthenes. Il, p. 351). D'après ce qu'Athénée raconte de lui (XII, p. 550), il paraît avoir été assez spirituel pour composer un drame satyrique. Les deux fragments qui nous restent de VAgcn (Nauck, Trag. fragm., p. 630) contiennent ce qui suit :

Il y a, an lieu où a poussé ce roseau que je tiens,

Un fronton bombé, sur la grande route à gauche ;

C'est la splendide chapelle d'une courtisane, que Pallidès

A bâtie, exploit après lequel il songea \i prendre la fuite.

Certains mages barbares passant par là,

Fit le voyant couché en piteux état,

Lui persuadèrent qu'ils allaient ramener en ce monde l'âme

De Pythionice,

Plus loin, un interlocuteur demande :

... Je désire que tu me renseignes, Habitant, comme je fais, loin d'ici, sur ce qui se passe en Attique, Comment les gens s'y trouvent et ce qu'ils font.

L'autre répond (il y avait eu une disette sérieuse à Athènes en l'année 326/5) :

Tant qu'ils criaient ; « Nous menons une vie d'esclaves ! » Ils avaient de quoi dîner. Maintenant, tout juste des légumes Et du fenouil à manger : de froment plus guère.

Le premier reprend :

J'entends dire qu'llarpale leur a envoyé par milliers — Autant au moins qu'Agên lui-même — Des boisseaux de farine et a été fait citoyen.

L'autre réplique :

C'était la farine de Glycère ; et c'est peut-être L'annonce de leur perte plutôt que le gain de la belle.

Le nom de Pallidès appliqué à Harpale est une équivoque aussi grossière que le « fronton bombé » (àÉTwtxa )>opo6v [çétw^x' aopvov éd. Nauck]) du deuxième vers : le sens des allusions de détail ressort du texte même.

Page 1