OL. cxiii, 4| extinxtion des dettes
sans quonlourdemandât leur nom. Tous se présentèrent alors, en se réjouissant moins encore de voir leurs dettes payées que de savoir leur nom ignoré, car tous ces braves troupiers avaient administré leurs affaires avec une incurie inimaginable; malgré le butin, malgré les présents du roi, l'armée entière se trouvait tellement obérée, qu'il ne fallut pas moins de vingt mille talents pour couvrir ses dettes*. Les officiers, en particulier, avaient dépensé sans compter, et, comme le roi avait souvent exprimé son mécontentement de leur insouciante prodigalité, ils ne devaient pas être peu satisfaits de pouvoir se présenter aux tables chargées d'or et remettre promptement ordre à leurs finances compromises, sans qu'Alexandre en eût aucunement connaissance. On raconte qu'Antigène, commandant des hypaspistes à la bataille de l'Hydaspe, lui qui en 340 avait perdu un œil devant Périnthe et n'était pas moins connu par sa bravoure que par son avarice, se présenta aussi devant les tables et se fit remettre une somme considérable; on constata ensuite que cet officier n'avait aucune dette et que tous les comptes qu'il avait produits étaient faux. Alexandre fut très irrité de l'indélicatesse de ce procédé ; il chassa Antigène de la cour et lui enleva son commandement. Cet affront mit le vaillant stratège hors de lui, et personne ne doutait que, poussé par la honte et le chagrin, il n'attentât à ses jours. Le roi en fut peiné : il pardonna au stratège, le rappela à la cour^ lui rendit son commandement et lui laissa la somme qu'il avait réclamée -. En même temps que ce grand amortissement des dettes avait lieu, Alexandre distribua des présents vraiment royaux à tous ceux qui s'étaient distingués autour de sa personne par leur bravoure, les dangers qu'ils avaient surmontés ou leurs fidèles services; il posa des couronnes d'or
1) C'est le chiffre d'Arrien (VII, 5). Plutarque {Alex., 70) dit 970 talents : Q. Curce {X, 2, 10) et Diodore (XVII, 109) ne parlent pas, à vrai dire, de celte abolition des dettes à Suse : ils songent aux cadeaux faits à Opis aux vétérans qui ne retournaient pas au pays, mais ils confondent en effet ces largesses avec ce qui s'est fait à Suse.
-) Plut., ibid. D'après [Plut.,] De fort. Alex., le héros àe l'histoire s'appelle Tarras: c'est évidemment le même Atharrias, dans lequel nous avons cru pouvoir reconnaître un type de vétéran familier aux chroniqueurs que suit Q. Curce. (^'ov. ci-dessus, p. 215, 1).
()'\'2 COURONNES d'honneuu |IV, I
sur la h'Io du i^anlo du corps Pcuc(3stas, satrape do Perse, (|iii dîiiis la ville des Mallions l'avait couvert de son bouclier; du garde du corps Léonnatos, commandant du pays des Orites, (jui avait comballu à ses côtés dans cette périlleuse attaque, vaincu les Jiarbares sur le fleuve Toméros, et réussi, par son zèle, à mettre tout en ordre dans Ora; de l'amiral Noarqu(% qui avait conduit la flotte avec tant do gloire de Tlndus à l'Euphrate; d'Onésicritos, capitaine du vaisseau royal sur rindus et depuis Tlndus jusqu'à Suse, puis du fidèle lléphcstion et des autres gardes du corps, Lysimaque de Pella, Arislonous fils de Pisa?,os, Thipparquo Pordiccas, le Lagide Ptolémée et Pi thon d'Eordée \
C'est vers cette époque que doit avoir eu lieu une autre féto, une fête sérieuse et touchante dans son genre. Un des pénitents de la plaine de Taxila, sur l'invitation d'Alexandre dont il admirait la puissance et l'amour pour la sagesse, avait suivi l'armée macédonienne depuis l'Inde, malgré l'indignation de son maître et les railleries des pénitents ses compagnons. Sa gravité douce, sa sagesse et sa piété lui avaient gagné le respect du roi, et beaucoup de nobles macédoniens entretenaient volontiers des rapports avec lui, particulièrement le Lagide Ptolémée et le garde du corps Lysimaque. Ils le nommaient Calanos, d'après le mot dont il se servait habituellement pour les saluer, mais son nom propre semble avoir été Sphinès. Il était fort avancé en âge, et il se sentit malade, pour la première fois dans sa vie, dans les contrées de la Perse. Il dit alors au roi qu'il ne voulait pas traîner plus loin une vie afl'aiblie, car il était plus beau de mourir avant que la souffrance corporelle ne le contraignît à abandonner la règle de vie qui avait été la sienne jusqu'ici. Alexandre chercha en vain à s'opposer à son dessein : rien n'était plus indigne aux yeux de l'Hindou que la position d'un homme dont le calme d'esprit est troublé par la maladie ; la règle de sa croyance, disait-il, l'obligeait à monter sur le bûcher. Le roi vit bien qu'il fallait céder; il donna l'ordre au garde du corps Ptolémée de préparer le bûcher et de disposer tout le reste avec la plus grande solennité. Dès
») Arrian., ibid. Cf. VI, 28.