‹ Histoire de l'hellénismeChapitre 175 sur 231 · OL. c.xiv, Ij les troupes asiatiques · texte numérisé non relu

OL. c.xiv, Ij les troupes asiatiques

en phalanges ; il y eut Vagéma perse, les hétaeres perses à pied, une division perse d'hypaspistes à boucliers d'argent*, une cavalerie perse des hétœres et un agéma de cavalerie perse. Les postes du château furent occupés par les Perses, et on leur confia le service près de la personne du roi. Ordre fut donné aux Macédoniens d'avoir à quitter le camp et à se retirer où ils voudraient, à moins qu'ils ne préférassent se choisir un chef pour combattre Alexandre, leur roi, et reconnaître, lorsqu'il les aurait vaincus, qu'ils n'étaient rien sans lui-.

Dès que cet ordre du roi fut connu dans le camp, les vieilles troupes ne purent se contenir plus longtemps ; les soldats coururent au château et jetèrent leurs armes devant les portes, en signe de soumission et de repentir. Puis^ devant ces portes fermées, on les vit pleurer et supplier, demandant à être introduits pour livrer les chefs de la sédition, disant qu'ils ne bougeraient pas de là, ni jour ni nuit, jusqu'à ce qu'enfm le roi eût pitié d'eux.

Quelques instants après, le roi sortit du château^; en voyant le repentir de ses vétérans, en entendant leurs cris de joie et l'expression répétée de leur douleur, il ne put retenir ses larmes, et il s'avança davantage afin de leur parler. Alors ils se pressèrent autour de lui, ne cessant leurs supplications, comme s'ils avaient peur d'entendre la première parole de leur roi, qu'ils craignaient de n'avoir pas encore apaisé. Un

') Arrien prononce ici pour la première fois le nom des argyraspides (y.ai àpY'jpao-utôwv Ta^tç Trepa'.xr,. VII, II, 3). Même en admettant quexa^cç appliqué aux hypaspistes a ici un sens différent de celui qu'on lui donne au début de l'expédition, il est probable que les hypaspistes avaient déjà reçu auparavant des boucliers d'argent. Diodore (XVII. 56) cite déjà à la bataille de Gaugamèle to tûv àpyupaaTrîôwv TTc^tbv Tay|j.a, et l'on voit par Q, Curce (IV, 13, 27) qu'il s'agit bien du corps entier des hypaspistes, encore que la mention expresse : sentis argenteas lam'mas addidit, ne se trouve que beaucoup plus loin (VIII, 5, 4).

2) Arrien ne parle pas de cet ordre : mais il était tout indiqué, pour pousser les mutins à faire ce qu'ils firent aussitôt après. Aussi a-t-on suivi ici Polysenos (IV, 3, 7), qui suppose même les deux armées rangées sur le terrain par ordre du roi, et celui-ci offrant la bataille aux Macédoniens.

3) (77io'j6y) è|£px£-rat (Arriax., VII, 11, o). Plutarque {Alex., 71) dit qu'Alexandre les laissa se lamenter deux jours et deux nuits : il parle à coup sûr d'après Glitarque, qui ne tient pas à se rendre compte de la réalité des choses.

SV/iH M.N i)i; i/kmkutk [IV, 2

vieil oflicier des plus considôrcs, l'un des liippar([iies de la caviik'iio, Callincs, s'avaii(;a [)Our j)arl(3r au nom de tous : (^e (|ui, plus que toul le reste, avait rempli de douleur les Macédoniens, c'était de voir qu'Alexandre avait pris des Perses pour liét^rcs, que les Perses se nomniaieut maintenant les parents d'Alexandre et avaient droit au baiser, tandis qu'aucun des Macédoniens n'avait jamais partagé cet honneur. Alors le roi s'écria : « Vous tous, je vous fais mes parents, et, dés maintenant, je vous donne ce titre! » Puis il s'avança vers Callinès pour l'embrasser, et, parmi les Macédoniens, l'embrassait qui voulait ; ils reprirent leurs armes et retournèrent dans le camp, remplis de joie. Pour célébrer la réconciliation, Alexandre ordonna de préparer un grand sacrifice^ et il l'offrit aux dieux auxquels il avait coutume de sacrifier. Ensuite il y eut un grand festin, et l'armée presque tout entière y prit part: au milieu était le roi ; tout auprès de lui étaient placés les Macédoniens, puis les Perses et, plus loin, beaucoup des autres peuples de l'Asie; Alexandre but au même broc que ses troupes et fit avec elles les mêmes libations ; les devins helléniques et les mages perses accomplirent ensuite les cérémonies sacrées. Le roi, portant la santé des convives, demanda aux dieux d'accorder toutes leurs faveurs, et avant tout la concorde et l'unification de l'empire des Macédoniens et des Perses. Le nombre de ceux qui prirent part au festin pouvait être de neuf mille^ et tous firent en même temps des libations et chantèrent l'hymne de louanges ^

Ainsi finit cette crise difficile ; ce fut la dernière fois que le vieux tempérament macédonien, se manifestant sous son aspect le plus original et le plus sérieux, regimba contre le nouvel ordre de choses ; il était maintenant moralement vaincu. Les mesures devant lesquelles il avait plié donnaient

*) Le nombre des vétérans renvoyés au pays est de 10,000 d'après Arrien (toÙ; jjiup'ouç. VII, 12, 1) ; Diodore donne le même chiffre (ovtwv (j-upîtov. XVllI, 4, d'après Hiéronyme) ; c'est pour cela que, plus loin (XVIII, 12), il faut corriger le texte de Diodore, et, au lieu de ovra; uTiàp xptanupîouç, écrire uuàp Toù; tx'jpîouç. D'après le même auteur (XVIII, 16), il y avait 6,000 hommes de pied, qui étaient partis en guerre en 334 avec le roi, 4,000 xtbv èv t9; Ttapôoo) Tzpoazil-i)\Kiv(xiv (c'est-à-dire tirés des garnisons), 1,500 cavaliers, l,o6o archers et frondeurs perses.

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