OL. cxiv, 1] importance de la crise
une double importance à la victoire d'Alexandre. La préférence que le roi avait dû jusqu'ici accorder aux troupes macédoniennes était mise de côté ; les troupes asiatiques participèrent aux titres et aux honneurs de Fancienne armée macédonienne, et désormais, entre vainqueurs et vaincus, il nV eut plus d'autre différence que celle de la valeur personnelle et de la fidélité au roi.
Quelque puissante, quelque prépondérante que puisse apparaître, dans cette circonstance, la personnalité du roi, cependant elle n'explique pas tout. On peut toujours dire que, si le système d'Alexandre fut capable de soutenir cette épreuve, c'est là un signe certain que ce système de gouvernement, improvisé avec tant de promptitude et de hardiesse, était déjà assez achevé et se tenait assez solidement pour qu'on put enlever les échafaudages et les supports qui en soutenaient les fondements. Mais ne pouvait-il pas aussi bien arriver que les vétérans eussent remporté la victoire à Opis, et mis par là un terme à cet enivrement que ressentait le roi, comme un autre Ixion, donnant ainsi la preuve que, dans son ardeur, il avait embrassé un nuage au lieu de la déesse? Certainement, s^'ils eussent encore été eux-mêmes de véritables Macédoniens; mais ils ne l'étaient plus, ils s'étaient habitués à la vie asiatique, bien qu'ils refusassent d'accorder à ce nouvel élément la place à laquelle il avait droit ; et cet orgueil, de vouloir seulement être considérés comme les vainqueurs de cet élément qui les avait vaincus eux-mêmes dans leur nature intime et les avait pénétrés, fut la raison pour laquelle ils succombèrent. Lorsque l'armée macédonienne, cet instrument dont le roi s'était servi pour produire l'œuvre du temps nouveau, fut brisée par la main puissante du maître, il proclama que l'œuvre elle-même était terminée et qu'il n'y avait plus à discuter sur son caractère spécifique et sa nature. Quelque chose qu'aient pu changer aux formes extérieures de cet empire ou qu'aient pu détruire les troubles et les désordres des temps qui suivirent immédiatement, la vie hellénistique et la grande unification du monde grec et du monde asiatique était fondée pour des siècles, avec toutes les conséquences, heureuses et funestes, qu'elle portait en elle-même.
OIW) DKl'AIM l)i:S VKTKhANS [IV, 2
Ainsi le Moiivrl ordre de choses s'étîiil fail jour de vive force ;i (lavers loules les vicissiliidcs des diffiriill(''s intérieures et extérieures. Reconnu connue la pensée d'un Age nouveau, proclamé connne principe de la nouvelle royauté, organisé coninu' gouvernenienl de l'empire en voie de formation et comme armée, comme décomposition et transformation de nationalités en plein travail, cet ordre de choses n'avait plus qu'à s'atlirmcr en s'étendant le plus possible et en conformité avec les intérêts essentiels des peuples. Telle était la tâche du court espace de vie que le destin réservait encore au roi : tel en fut le but, ou en tout cas le résultat.
Le licenciement des vétérans devait même avoir une inlluence en ce sens. Jamais encore un nombre si considérable de troupes n'était retourné d'Asie dans la patrie; plus que tous leurs prédécesseurs, ces dix mille vétérans s'étaient imbus de l'esprit asiatique; leur exemple, leur gloire, leurs richesses, tout ce qu'ils remportaient d'opinions et de besoins transformés, de prétentions et d'expériences nouvelles, ne devaient pas avoir sur leurs parents et leurs amis dans leur pays une influence moins grande que celle qu'exerçait déjà l'esprit occidental sur la vie des peuples orientaux. Cette influence serait-elle bienfaisante? C'est là une question bien dilïerente, quand on considère le menu peuple, les agriculteurs et les bergers de la Macédoine. Les vétérans quittèrent le camp d'Opis de la manière la plus solennelle; Alexandre leur annonça que chacun d'eux recevrait sa solde jusqu'à ce qu'ils fussent arrivés dans leur patrie, et de plus, un talent à titre de gratification; il demanda qu'ils voulussent bien laisser près de lui les enfants qu'ils avaient eus de femmes orientales, afin qu'ils ne fussent pas un sujet de mécontentement pour les femmes et les enfants qu'ils avaient au pays, leur disant qu'il pourvoirait à ce que les enfants des soldats fussent élevés en Macédoniens et en soldats, ajoutant que, lorsqu'ils seraient devenus des hommes, il espérait bien les conduire en Macédoine et les rendre à leurs pères. Il assura qu'il prendrait soin de la même façon des enfants des soldats morts dans les campagnes, et que la solde de leur père leur resterait jusqu'à ce qu'eux-mêmes fussent en âge de gagner une pareille solde et