OL. cxiv, 1] état de la grèce
d'Antipaler' ; l'historien pense que Tordre de venir en Asie ne fut pas donné à l'administrateur du royaume comme une punition, mais seulement afin que cette discorde n'entraînât pas de résultats funestes pour la reine mère et pour Antipater et irréparables même pour Alexandre*. Du reste, Antipater n'était pas tenu de déposer immédiatement sa charge et de venir aussitôt en Asie ^ ; il devait au contraire continuer à gouverner les pays qui lui avaient été confiés jusqu'à l'arrivée de Cratère, qui, vu la lenteur de la marche des vétérans, pouvait se faire attendre plus d'une année. La tournure étrange que les affaires helléniques prenaient en ce moment rendaient doublement nécessaire en Macédoine la présence de ce lieutenant éprouvé.
On devrait croire que, s'il restait encore quelque sentiment national sain dans le monde hellénique, les victoires d'Alexandre sur le Granique, à Issos,à Gaugamèle, la délivrance des Hellènes asiatiques, l'anéantissement delà puissance commerciale de Tyr, la destruction du pouvoir des Perses^ avaient réconcilié les plus irréconciliables eux-mêmes et rafraîchi dans toutes ses fibres le peuple des Hellènes : on s'imaginerait que les États helléniques, qui, de par les traités, avaient non seulement le devoir mais le droit de coopérer à cette entreprise, auraient dû mettre la main à l'œuvre avec une joyeuse émulation. Mais les États qui avaient la principale influence comprenaient autrement le patriotisme et le bien national. Nous avons vu comment Athènes, l'année même de la bataille d'Issos, était sur le point d'employer sa puissance maritime en faveur des Perses; comment le roi Agis, dans le temps où Darius fut massacré dans sa fuite, était en campagne contre
^J Alexandre l'engagea à s'entourer d'une garde personnelle, pour se garantir des embûches de ses ennemis (Plut., Alex., 39).
2) Arrian., Vil, 12, 6.
3) Justin (XII, 14) dit que « Antipater avait récemment porté des peines cruelles contre les chefs de nations vaincues (m prœfedos devictanim nationum), et qu'il s'était figuré à cause de cela que le roi le mandait en Asie pour le punir ». Il est possible qu'après la défaite d'Agis, les peuples de Thrace •eient senti à leur tour la lourde maiu d'Antipater. Plutarque {Alex.. 74) rapporte, lui aussi, que Cassandre vint trouver Alexandre au printemps de 323, pour détourner l'effet de nombreuses plaintes portées devant le roi par des intéressés. C'est à cette occasion qu'Alexandre fut, dit-on, empoisonné.
GOI DIVISION DKS l'AUTIS flV, 2
les Mactulonions, ol ronimonl los polits Mials allnnclaicnt sa proniii'ro vicloiru ])niir so joiiidn», jï lui.
La (It'failc des Spaiiialcs, (lai)s l'rU'i de 3.'}0, avait rélal)li le calme dans rilellade, mais la rancuDc et l'olisliiialion avaient porsevért' ; les Hellènes ne comprenaient pas la grarideur de leur temps. « Quelle est la chose inattendue, inespérée, qui ne soit arrivée de nos jours? dit Eschine da ns un discours prononcé dans l'aulomne de 338 ; ce n'est pas une vie d'homme ordinaire que nous avons vécue, et les années que nous traversons seront un sujet d'étonnement pour la postérité. » Et depuis lors, des événements plus merveilleux encore avaient eu lieu ; ces cinq années avaient été aussi riches en exploits surprenants dans les contrées reculées de l'Asie, qu'elles avaient été mesquines et pauvres d'énergie dans l'IIellade ; là, la conquête des contrées de la Bactriano, de l'Inde, l'Océan du sud ouvert à la navigation; ici, latrivialité usée des affaires de petites villes et des phrases sur des phrases; en réalité, la valeur morale, ou, si l'on aime mieux, le poids net de cette politique et de ces cités helléniques tombait de jour en jour plus bas.
Depuis que la puissance macédonienne était devenue démesurément grande, la continuation de la résistance contre elle, cette pensée qui seule avait donné encore un peu de nerf à la vie publique des Etats de THellade et particulièrement à Athènes et à Sparte, était devenue impossible; le dernier reste de Ténergie politique dans les masses s'atrophiait aussi, et la distinction des partis, tels qu'ils s'étaient développés dans leur préférence pour ou contre les Macédoniens, commençait elle-même à s'embrouiller et à s'effacer.
A Athènes du moins, on peut observer jusqu'à un certain point cette décomposition des partis et la versatilité croissante du démos. Lycurgue, qui avait parfaitement administré les finances de l'État pendant douze ans, les vit passer, lors de l'élection de 326, entre les mains de Mnéssechmos, son adversaire politique et son ennemi personnel. Le bouillant Hypéride, qui jadis se tenait constamment aux côtés de Démosthène, s'éloigna de lui à partir des événements de 330, à partir du moment où on eut laissé échapper l'occasion d'une levée de