‹ Histoire de l'hellénismeChapitre 179 sur 231 · OL. (xiv, 1] les partis a Athènes · texte numérisé non relu

OL. (xiv, 1] les partis a Athènes

boucliers contre la Macédoine, et on le vit bientôt après se porter comme accusateur contre lui. Il est vrai qu'Eschine n'était plus à Athènes; depuis que les jurés attiques avaient décidé en faveur de l'accusé, et du même coup à l'honneur de Démoslhène, dans le procès contre Ctésiphon, peu de temps après la défaite du roi Agis, il avait quitté sa patrie pour aller vivre désormais à Rhodes. Mais, dans la capitale de TAttique, on rencontrait encore Phocion, qui avait repoussé les riches présents d'Alexandre*; ce rigide patriote comprenait autant qu'il déplorait la décadence de sa patrie, et cherchait à dissuader de toute tentative de guerre contre les Macédoniens ce peuple d'Athènes malheureusement trop excitable, car il voyait bien qu'il n'était plus de taille à lutter contre eux. Restait Démade, dont l'influence reposait autant sur ses rapports avec la Macédoine que sur sa politique de paix, laquelle répondait aux désirs des classes aisées et faisait qu'on pouvait gagner la multitude avide de plaisirs par des festins et des dépenses d'argent. « Ce n'est pas le guerrier «^ disait-il un jour dans l'assemblée, « qui regrettera ma mort, car il retire profit de la guerre, et la paix ne le nourrit pas; mais ce sera le paysan, l'ouvrier, le marchand, et quiconque aime une vie tranquille ; c'est pour eux que j'ai protégé l'Attique contre les puissants, non par des fossés et des murailles, mais par la paix et l'amitié. »

Du reste, s'il est vrai que Démosthène lui-même avait, à Sparte et ailleurs, comme on le disait, poussé à l'insurrection au temps où le roi Agis prit les armes, et que cependant à Athènes il se bornait à prononcer de « merveilleux discours »;

1) Suivant Plutarque {Phocion, 18\ comme Alexandre était irrité de ce que Phocion avait refusé les 100 talents à lui offerts (çO^o'jç txrj vofxiî^stv toÙç. {AYjoèv a-jToO oeofxÉvo'jç), Phocion lui demanda une faveur, la mise en liberté de quatre détenus incarcérés à Sardes : Plutarque nomme le sophiste Échécrate, Athénodore d'Imbros, qui vers 358 avait joué un grand rôle dans les affaires de Thrace, les deux Rhodiens Sparton et Démarate. De ces noms, le dernier tout au moins est corrompu : ne s'agirait-il pas peut-être du Aa[xdc-ptoç et du SxpaTojv que l'on rencontre sur les monnaies rhodiennes de cette époque ? L'empressement que mit Alexandre à les relâcher paraît indiquer qu'ils étaient détenus pour crimes politiques ; mais nous ne savons pas ce qui s'était passé.

fiOG l'A Mowiu.niK d'atexandre [IV, 2

s'il osl \ lai (jn'il «nlrelcnait, romme on lo disait encore, fies rai)j)orts secrets avec Olympias et avec Alexandre lui-menae*, cela n'était certainement pas fail ponr reliansser la confiance dn peuple dans sa manière de le conduire. Sans doute, pendant la désastreuse année de la disette, on lui confia, à lui Tliahile administrateur, la charge de pourvoir à l'importation du blé; mais, en fait de diiection politique, l'assemblée écoutait en même temps que lui ses adversaires de droite et de gauche, et, en général, la résolution finale du peuple souverain devait être impossible à prévoir.

Le temps des petits États était passé: il était manifeste sous tous les rapports que ce morcellement à l'infini de petits gouvernements était devenu insoutenable en face de la nouvelle puissance qui venait de se fonder, et que le changement complet des conditions politiques et sociales exig'eait aussi une

transformation radicale dans Torganisation des Etats. Alexandre avait l'intention de ne laisser dorénavant la démocratie aux villes helléniques que pour leur administration communale, et d'asseoir au-dessus la puissance unitaire etTautorité de sa grande monarchie; mais cette entreprise resta inachevée à cause de la mort trop prompte du roi, ou, si l'on aime mieux, par un effet nécessaire du tempérament hellénique, et c'est là précisément qu'il faut chercher la raison de cette langueur déplorable qui devait, en Grèce, au siècle suivant, ternir la gloire de temps meilleurs.

Il était conforme à ce plan qu'Alexandre prît deux mesures qui certainement tranchèrent dans le vif.

Il exigea même des Hellènes les honneurs divins. Quelque conclusion qu'on puisse tirer de cet ordre, par rapport aux vues personnelles du roi et à leur transformation, il n'était ni si inouï, ni si criminel que nous pourrions le croire avec nos idées façonnées par le monothéisme; il ne faut pas méconnaître non plus le caractère essentiellement politique de cette mesure. La mythologie hellénique était habituée depuis longtemps à considérer les dieux comme anthropomorphes, ainsi que le témoigne cette parole du vieux penseur :

^) .'EscHiN,, InCtesiph., § 162. Hyperid., In Demosth., IX, 17.

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