‹ Histoire de l'hellénismeChapitre 180 sur 231 · OL. cxiv, 1] l'apothéose G · texte numérisé non relu

OL. cxiv, 1] l'apothéose G

(( Les dieux sont des hommes immortels, et les hommes des dieux mortels ». Ni l'histoire sacrée, ni le dogme ne reposaient sur la base inébranlable d'Ecritures révélées et admises une fois pour toutes comme étant d'origine divine; pour les choses religieuses, il n'y avait d'autre règle et d'autre forme que l'opinion et le sentiment humains, tels qu'ils étaient et se développaient à travers les générations, sans oublier les enseignements reçus dans les endroits où se rendaient les oracles et les divinations de toutes sortes qui ne faisaient guère qu'indiquer le mouvement de l'opinion, comme fait un morceau de liège flottant sur un fleuve. Si l'on songe que l'oracle de Zeus Ammon, quelque raillerie qu'on en put faire, avait pourtant, en fin de compte, désigné le roi comme fils de Zeus ; qu'Alexandre, qui était de la race d'Héraclès et d'Achille, avait conquis et transformé un monde; qu'en réalité il avait accompli de plus grandes choses qu'Héraclès et que Dionysos; que la culture intellectuelle avait depuis longtemps déshabitué les esprits d'un besoin religieux plus profond, et réduit les honneurs et les fêtes des dieux à de simples divertissements, aux cérémonies extérieures et à une indication de calendrier, on comprendra facilement que, pour l'hellénisme d'alors, la pensée d'accorder à un homme les honneurs divins et de le diviniser n'était point par trop étrange. Les siècles immédiatement postérieurs démontrent surabondamment combien pareille chose était naturelle à l'esprit de ces temps ; seulement, le grand Alexandre fut le premier qui réclama pour sa personne ce qu'après lui les princes les plus misérables et les hommes les plus infâmes purent obtenir à bon marché des Hellènes, surtout des Athéniens. Aux yeux des uns, Alexandre peut passer pour avoir cru à sa divinité, d'autres peuvent ne voir là qu'une mesure de police ; toujours est-il que l'on nous a conservé de lui cet aphorisme : « Zeus est bien le père de tous les hommes ; mais il n'adopte pour ses fils que les meilleurs ' ». Les peuples de l'Orient sont habitués à honorer leur roi comme un être d'une nature supérieure, et, de quelque façon que se modifie, suivant les habitudes et les préjugés des siècles, le besoin d'une sembla-

*} Plut., Apophth. reg. [Alex., 15]. Alex., 27. Voy. ci-dessus, p. 323.

C)C)H I.KS HONNKIinS DIVINS [IV, 2

ble croyance, il ii'oii oM pas moins vrai que ce scntimont osl la base de toute monarcITu' rt même de toute forints de dominalion; les aristocraties doricnnes de raiiti(|uité eH(!S-memes atlribuèrent aux desccMidants d(! leurs fondaleurs lirrôujucs cet avantai^c sur Je juniple qui Jeur était soumis; ce fut sur un préjugé absolument analogue à Tendroit des esclaves que la démocratique Atbèncs fonda la possibilité d'une liberté qui perd à être comparée à la monarchie d'Alexandre, car celle-ci a tout au moins Tavantage de ne pas considérer les Barbares comme nés pour la servitude. Le roi reçut de ces Barbares y (( adoration » qu'ils avaient l'habitude d'offrir à leur roi, (( rhomme semblable aux dieux»; si le monde hellénique devait trouver dans cette monarchie sa place et sa tranquillité, le premier pas et le plus esssentiel, c'était d'amener et d'habituer les Grecs à la croyance en sa majesté, croyance que l'Asie professait et dans laquelle il reconnaissait la garantie la plus essentielle de sa royauté.

C'est au moment où l'on faisait en Asie les derniers pas pour opérer la fusion de l'Orient et de l'Occident qu'arrivèrent en Grèce les ordres enjoignant de décerner au roi, par décrets officiels, les honneurs divins Ml est certain que la plupart des villes se conformèrent à ces ordres. La déclaration des Spartiates fut ainsi conçue ; « Puisqu'Alexandre veut être dieu, eh bien ! qu'il le soit^ ! » A Athènes, ce fut Démade qui porta la proposition devant le peuple ^ Pythéas se leva pour parler contre; c'était, dit-il, une chose contraire aux lois de Solon que de rendre des honneurs à d'autres qu'aux dieux nationaux;

*) De quelle façon fut mise en avant cette proposition, peut-être sous la forme d'une invitation adressée à des personnes dont on connaissait le dévouement, c'est ce que nous ne saunons dire. Nous n'avons pas davantage le texte authentique de l'invitation : ce qui peut-être en approche le plus, c'est ce que dit Polybe (XIl, 12 a) des éloges décernés par Timée à Démosthène et autres, oioxt xatç 'AAeHâvôpo-j Tt[xaî; -aî; 'ktoOéoi; ocvTlXsyov.

2) Le mot est rapporté par Élien [Var. Hist., Il, 19), et avec plus de précision par Plutarque : o-uy^opoOiJLev 'AXslavÔpo) èàv 6éVr, 0£b; xaXstaôat (Plut., Apophth.Lacon. \Damidas, ou d'après la conjecture de Sch.efer, EOSaixiSaç]).

^) Démade fut plus tard condamné pour cette proposition (ot-. 8cbv ùar.Yr.o-aTo A>i5av6pov) à une amende de dix (Athex., VI, p. 251 a) ou de cent talents (iEuAN., Var. Hist., V, \2).

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