‹ Histoire de l'hellénismeChapitre 183 sur 231 · OL. cxiv, 1] harpale · texte numérisé non relu

OL. cxiv, 1] harpale

la puissance des Athéniens et de donner du poids à leur refus*.

Nous avons dit qu'IIarpole, le grand trésorier d'Alexandre, après avoir pris la faite, s'était embarqué sur la côte de TAsie- Mineure à destination de l'Attique, avec trente vaisseaux, six mille mercenaires et les immenses trésors qui lui avaient été confiés. Vers le mois de février de cette année, il était heureusement arrivé dans la rade de Munychie, et il comptait sur l'impression favorable que les distributions de blé faites par lui pendant l'année de la disette avaient produite sur le peuple, ainsi que sur le droit de cité qu'un décret du peuple lui avait alors conféré; Ghariclès, gendre de Phocion, avait reçu de lui trente talents pour construire le tombeau de Pythionice, et^ par des présents, il pouvait encore s'être fait d'autres obligés parmi les hommes influents. Cependant, sur le conseil de Démosthène, le peuple refusa de le recevoir, et ordre fut envoyé au stratège Philoclès, qui gardait le port, d'avoir à s'opposer par la force au débarquement du trésorier, dans le cas où il tenterait de l'effectuer. Harpale avait donc fait voile, avec ses mercenaires et ses trésors, vers le Ténare. Or, comme, d'après la proclamation de Nicanor, beaucoup des vagabonds réunis sur le Ténare pouvaient retourner dans leur patrie, ce même décret causait chez les Etoliens et à Athènes des effets tels qu'Harpale pouvait les souhaiter. Il revint pour la seconde fois en Attique sans ses mercenaires et n'apportant avec lui qu'une partie de l'argent volé. Philoclès ne lui refusa pas l'entrée, car Harpale était citoyen athénien et se présentait sans forces militaires, comme un homme qui demande protection. Il parut devant le peuple athénien dans cet humble appareil et mit à sa disposition ses trésors et ses mercenaires % en ayant soin d'insinuer que maintenant,

') Le rapport qui unit ces faits, indiqué jadis par moi à titre de conjecture, est aujourd'imi confirmé par les fragments de papyrus qui contiennent les discours d'Hypéride, comme le démontre en particulier von Dlhn, Iuy Geschichte des harpalischen Processes (in Fleckeisens Jahrbuchern, 1871, p. 33 sqq.). Cf. A. Cartault, De causa Harpalica, Pans, 1881, p. 28 sqq.

2) Plut., Bemosth., 25.— irpbç Tr,v 'EX).dôa (et non pas '0)vU[j.Tïcâôa, leçon que VON DuHN substitue à tk-^ioa.) TipodéTîeaev œafe |xr,o£va TipoaKjOéaôat. (Hyperid., ïn Bemosth., XV, i, éd. Blass).

()7i llMtl'Al.i: A ATUICNKS (IV, 2

avec lie la résohilinn cl de Taudac^e, on pouvait faire do i^n-andes choses.

Déjà le trésorier royal JMiiloxéiios avait expédié d'Asie- Miiieiire à Atlicnes la soniiiiatioii de livrer le voleur du Trésor'. Un violent débat comnien(;a sur cette question. Le bouillant llypéride était d'avis (ju'on ne devait pas laisser échapper une occasion si favorable de délivrer la Grèce ; les amis des Macédoniens durent demander non moins vivement que le coupable fût livré, mais Phocion lui-même s'opposa à la motion faite en ce sens ; Démosthène appuya son avis et proposa au peuple de mettre sous bonne garde le suppliant et son argent, jusipi'à ce qu'Alexandre envoyât quelqu'un pour s'en saisir. Le peuple rendit un arrêt conforme à la proposition de l'orateur et le chargea lui-même de prendre livraison de l'argent, ce qui devait se faire le lendemain. Démosthène demanda aussitôt à Ilarpale quelle était la somme qu'il avait avec lui, et Ilarpale répondit qu'il avait sept cents talents ; mais le jour suivant, comme la somme devait être portée à l'acropole, on n'en trouva plus que trois cent cinquante. Harpale semblait avoir employé à se faire des amis la nuit pendant laquelle on lui avait encore laissé, avec une imprévoyance si singulière, l'argent qu'il avait dérobé. Démosthène négligea de notifier au peuple la somme qui manquait; il se contenta de faire en sorte que l'Aréopage fût chargé de faire une enquête, avec promesse d'impunité pour quiconque remettrait volontairement l'argent qu'il avait reçu.

Alexandre s'attendait, ce semble, à ce que les Athéniens reçussent avec empressement Harpale avec ses mercenaires et ses trésors; du moins il avait envoyé dans les provinces maritimes l'ordre de tenir la flotte en état de pouvoir au besoin attaquer l'Attique sans retard. Dans le camp d'Alexandre, il était alors beaucoup question d'une guerre contre Athènes, et les Macédoniens, qui n'avaient pas oublié leur vieille inimitié,

*) Diodore (XVII, 108) dit que rinjonction vintd'Anlipater etd'Olympias : dans Photius, Plutarque {Vit. XOratt. [Demosth.]) et autres auteurs, il n'est question que d'Antipater. Pausanias (II, 33) dit que l'extradition a été demandée par Philoxénos, et Philoxénos est seul nommé dans le discours d'Hypéride contre Démosthène (ot Tiapà ^do^évou. 1, 14, 21).

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