oL. cxiv, 1] évasion d'harpale
s'en réjouissaient forlV En effet, si les Athéniens avaient ou sérieusement l'intention de s'opposer au retour des bannis, de refuser au roi les honneurs divins et de faire valoir leur complète indépendance, ils avaient, dans les ollres et les ressources que présentait ce suppliant, tout ce qui leur était nécessaire pour commencer une défense énergique; ils auraient pu espérer que IcsÉtoliens, les Spartiates, ainsi que les Achéens et les Arcadiens auxquels le roi avait interdit la diète générale de leurs villes^, se seraient réunis à eux. D'autre part s'ils ne pouvaient se dissimuler qu'Harpale avait trahi pour la seconde fois son devoir de serviteur du roi et appelé sur sa tête le châtiment du maître par un crime odieux de droit commun, on ne leur aurait pas imputé à déshonneur d'avoir consenti à livrer le coupable, et d'avoir laissé toute la responsabilité à celui qui le réclamait comme mandataire du roi. Ils préférèrent se décider pour une demi-mesure qui, bien loin d'offrir un moyen sur et honorable de sortir d'affaire, faisait peser sur la ville une responsabilité qui devait bientôt la mettre dans la position la plus critique.
On comprend facilement, semble-t-il, que Philoxénos soit revenu à la charge pour réclamer d'une façon plus pressante l'extradition du coupable, et il peut être exact qu'Antipater et Olympias aient adressé la même demande. Mais un matin, malgré les gardes qu'on avait mis près de lui, Harpale avait disparu. Pareille fuite eût été impossible, si la commission préposée à la garde du coupable, etDémosthène à sa tête, eussent fait leur devoir, et il est facile de comprendre qu'on ait dit et cru immédiatement que Démosthène s'était laissé corrompre, comme tels et tels autres.
Le moins qu'il pouvait faire, c'était d'exiger qu'on ouvrît aussitôt l'enquête dont l'Aréopage avait été également chargé,
*) CuRT., X, 2, 2. Justin., XIII, 5, et surtout le toast de Gorgos dans Athénée (XII, p. 538 a), qui le rapporte d'après Éphippos. Gorgos fit annoncer par ministère de héraut « qu'il donnerait à Alexandre fils d'Ammon une « couronne de 3,000 statères d'or, et, lorsqu'il assiégerait Athènes, 10,000 u panoplies, autant de catapultes, et tous les autres projectiles en usage à « la guerre ». Voy. ci-dessous, p. 707.
-) xa\ 7rep\ toO touç xoivouç (ruXXoyovj; 'A-/aca)v ii xa\ 'Apxâôoov (Hyperid., In Demosth., XV).
f;7() L*AFFAinK d'iiahpalk [IV, 2
sur sa proposilion. Le slraU^ge IMiiloclos domanda et obtint du jKMi})!»' un décret dans ai sens.
L'enquête de l'Aréopage se poursuivit assez lentement. On n'avait pas encore vidé la question de savoir si l'on rendrait au roi les liouneurs divins; il fallait prendre une résolution, alin de pouvoir dépêcher à Babylone les andjassadeurs qui devaient s'y trouver avant le retour du roi. On débattit de nouveau devant le peupb^ les questions relatives aux honneurs divins et au retour des bannis, et Démosthène i)rit la parole plusieurs fois sur ces sujets. Voici les paroles qu'Hypéride adressait plus tard à Démosthène, au cours de son procès : « Lorsque tu crus que le moment était arrivé où l'Aréopage devait dénoncer ceux qui s'étaient laissés corrompre, alors tu devins tout à coup guerrier et tu mis la cité en mouvement, afin d'empecber que tu fusses démasqué; puis, lorsque l'Aréopage différa la notification, parce qu'il n'était pas encore arrivé aune conclusion, alors tu commandas d'accorder à Alexandre les honneurs de Zeus, de Poséidon et de tel autre dieu qu'il voudrait». Ainsi, Démosthène conseilla de céder sur la question des honneurs divins, et de tout risquer par rapport aux bannis. Les ambassadeurs reçurent des instructions en ce sens et furent envoyés vers le commencement de novembre ^
Harpale, en fuyant d'Athènes, s'était dirigé vers le Ténare, et, voyant qu'il n'y avait plus à espérer une levée de boucliers en Grèce, il avait quitté le promontoire avec ses mercenaires et ses trésors et gagné la Crète, où il avait été assassiné par son ami, le Spartiate Thibron, qui s'enfuit ensuite à Cyrène avec les hommes et l'argenté L'esclave qui avait
*} D'après Élien {Var. Hist., II, 12), Démade proposait d'adjoindre Alexandre comme treizième membre au cénacle des Olympiens. Ce que Démosthène dit à ce propos, au rapport d'Hypéride {In Bemosth.j XXV, éd. Blass), se trouve malheureusement très mutilé. Blass restitue le texte de la façon suivante : o-jy/wpcïv "AXsçâvoofp x[a\] xoO Acbç xa\ xoO noo-ctotovo[ç elvat et Po"j).]oito 7ca\ à?i[xo[X£vo-j... [Hermès, X, p. 33). Sauppe avait proposé de lire: ... noas'.ofôvo; ei[vai 'j\a>, el fJouX^oiTo xa\ à 9;>>[ov sir, aOrô) àTrevéyxacïôat...
2) DiODOR., XVII, IÔS.Arrian., De rehiis suce . , § 16, âp. Miiller, Fragm., p, 242. Pausan., II, 34, 4 C'est en son honneur que fut rendu quelques années plus tard à Athènes le décret inséré dans le C. I. Attic, II, n^ 231.