‹ Histoire de l'hellénismeChapitre 185 sur 231 · OL. cxTv, i] procès et condamnations · texte numérisé non relu

OL. cxTv, i] procès et condamnations

tenu ses comptes s'enfuit à Rhodes, fut livré à Philoxénos et avoua tout ce qu'il savait au sujet de l'argent d'IIarpale.

Philoxénos put ainsi envoyer à Athènes la liste des sommes dépensées et les noms de ceux qui en avaient reçu quelque partie*. Le nom de Démosthène ne se trouvait pas sur la liste. Après six mois, l'Aréopage avait enfin terminé l'enquête ainsi que les visites domiciliaires, et livrait l'affaire à la justice. Alors commença cette mémorable série de procès sur l'affaire d'Harpale, dans lesquels les hommes les plus considérables d'Athènes furent impliqués comme accusés ou comme accusateurs. Parmi ces derniers se trouvaient Pythéas, Hypéride, Mnésaechmos^ Himéraeos, Stratoclès ; parmi les accusés on cite Démade, qui devait avoir reçu 6,000 statères, puis le stratège Philoclès, Chariclès, gendre de Phocion, et aussi Démosthène. Celui-ci ne nia pas avoir pris vingt talents de l'argent d'Harpale, mais il ne l'avait fait, disait-il, que pour compenser une somme égale qu'il avait précédemment avancée à la caisse des theorika et dont il aurait désiré ne pas parler; il accusa l'Aréopage d'avoir voulu Fécarter pour plaire à Alexandre et présenta ses enfants^ afin d'exciter la compassion des jurés". Tout fut inutile ; il fut condamné à payer le quintuple de la somme qu'il avait reçue : comme il ne pouvait pas fournir cette somme, on le jeta en prison, mais, le sixième jour, il trouva ou on lui donna le moyen de s'échapper.

*) On voit bien que ces listes étaient déjà à Athènes lorsque l'affaire fut plaidée devant les jurés, et les expressions' de Dinarque [In Demosth., § 68) ne prouvent pas le contraire. L'esclave dont Philoxénos a envoyé les déclarations avait dû probablement être soumis à la question à Athènes même, pour que sa déposition fût valable aux yeux des juges athéniens.

2) Athen., XV, p. 592 c. Cependant, cette assertion est suspecte, non pas parce qu'elle serait empruntée au discours apocryphe intitulé Tîsp\ -/puatou ou autrement dénommé (Schâfer, Demosthenes, III, p. 128), mais parce que cette comparution des enfants, amenés là sans mère et pour la raison indiquée ici, viendrait plutôt du /discours d'un accusateur ou n'a d'autre garant qu'un « racontar » littéraire. Dans son discours Contre Démosthène (§ 94), Dinarque parle d'une tentative faite par Démosthène pour dévoyer le procès au moyen d'une sîaayyeXîa prétendant que Callimédon rassemblait des proscrits à Mégare et songeait à renverser le gouvernement démocratique. Schâfer {Demosth., III, p. 295) a réuni avec son exactitude ordinaire tous les détails de ce procès, et je renvoie à son ouvrage.

(178 DI-:MOSTnK.NE KXILK [IV, 2

i]o n^sullai (les procès an sujet d'llar[);ile fut fatal à Athènes; les jiiics (l(! rilélia'a, qui étaient l'expression directe de l'opinion inibli(|ii(', avaient cerlainemenL bien pris en considération cette parole des accusateurs : « qu'eux, il (;st vrai, jui^eaient les accusés, mais qu'un autre les jugerait et qu'ils se devaient à eux-mêmes de j)unir même des hommes si considérés encore». Parlant deprémisses aussi équivoques quecelles (juc leur imposait la politique athénienne, si hésitante dans Tallaire dMlarpale, ils avaient été poussés par des considérations politiques à prononcer avec une rigueur précipitée contre les uns, et avec une indulgence moins méritée encore envers les autres. Aristogiton, le plus audacieux et le plus méprisé des meneurs du peuple, qui, d'après la déclaration de l'Aréopage, avait reçu vingt talents, fut acquitté, et peut-être d'autres le furent-ils encore'. Au contraire, le grand adversaire de la monarchie macédonienne fut banni de sa patrie, et avec lui disparut le soutien du parti de la vieille démocratie et de ses traditions. Dans Philoclès, l'Etat perdit un général qui, assez souvent du moins, avait été appelé par le peuple à occuper le poste important de stratège. Malgré sa condamnation^, Démade resta, et son influence domina d'autant plus

^) Du moins d'après la deuxième des prétendues lettres de Démosthène, tout au commencement.

2) Démade fut eiïéctivement condamné dans le procès d'Harpale (Dinarch., In Aristogit., § 14). Le même Dinarque (InDemosth., § 104) dit que Démade a avoué publiquement avoir reçu de l'argent et déclaré qu'il en recevrait encore à l'avenir, mais sans oser se présenter en personne devant le tribunal (aÙToîç ôeî^ai xb upôacùTtov), ni se détendre davantage contre la dénonciation portée par l'Aréopage. D'après le résultat de l'enquête, il avait reçu 6,000 statères (vingt talents) ; si riche qu'il fût, l'eût-il été assez pour avoir pu, comme on le dit, faire paraître un jour sur la scène cent danseurs étrangers et solder immédiatement l'amende légale de 1,000 drachmes par tête? L'amende pour fait de corruption, fixée par la loi au quintuple ou au décuple de la somme reçue, l'aurait ruiné ; et, s'il n'avait pu la payer, il aurait dû ou s'enfuir ou se constituer prisonnier. Or, six mois plus tard, quand arriva la nouvelle de la mort d'Alexandre, nous le rencontrons à la tribune (Plut., Phocioji, 22). Peut-être arriva-t-il que, par égard pour Alexandre et son intervention, le peuple fît au condamné remise de l'amende, comme on l'avait fait, par exemple, pour Lâchés, fils de Mélanopos (Demosth., Epist. III, p. 642). Ce n'est qu'après la mort d'Alexandre que Démade vit baisser son crédit : il fut alors condamné pour trois ou même sept illégalités (Dio- DOR., XVIII, 18. Plut., Phocion, 26), et, comme il ne put payer, il fut

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