‹ Histoire de l'hellénismeChapitre 186 sur 231 · OL. cxiv, 1] les petits états · texte numérisé non relu

OL. cxiv, 1] les petits états

sûrement que les hommes qui prirent en main la direction du peuple après ce procès étaient plus insignifiants, plus timides et moins consciencieux * . La politique d'Athènes devint plus flottante et plus asservie que jamais. On avait refusé aux bannis le retour dans la patrie, mais on craignait toujours de voir ceux qui étaient à Mégare franchir les frontières de l'Attique, sous le couvert de l'amnistie royale: cependant, on ne fit rien pour protéger la ville. On se contenta de décréter qu'on enverrait au roi une ambassade de théores, pour le prier de permettre à l'Etat de ne pas recevoir les bannis. C'était une mesure des plus maladroites, au moins pour les intérêts de la liberté attique, puisque, d'une part, l'Etat avait déjà manifesté sa volonté de rester dans les limites des conventions fédérales de Corinthe, et que, de l'autre, il était facile de prévoir avec certitude un refus de la part du roi -.

La défaite morale de ces principes dont Athènes était considérée et se considérait elle-même comme la représentante et le modèle, avait encore une importance plus grande que les effets extérieurs amenés par ces événements. Cléon, que le démos de son temps regardait comme le démocrate le plus avancé, avait dit autrefois au peuple que « la démocratie n'était pas apte à dominer sur les autres »; l'obligation dans laquelle Athènes se trouvait maintenant de plier devant l'autorité monarchique affirmée par la royauté hellénistique d'Alexandre brisait le dernier appui du système des petits Etats et du particularisme orgueilleux qui n'avait pas encore voulu comprendre qu'(( un vaisseau long d'un empan n'était plus un vais-

déclaré axtixoç. Parmi ces illégalités, la proposition relative à l'apothéose d'Alexandre dut être un des principaux griefs. Une amende de 10 talents, chifîre donné par Athénée, aurait été pour Démade facile à payer : les 100 talents d'Élien sont un chiffre plus vraisemblable.

') Lycurgue était déjà mort lors du procès d'Harpale (Plut., Yit.X Oratt. [Hyperid.]). Cf. Bôckh, Staatshaushaltung, II, p. 244). Ce n'est pas Hypéride, avec sa légèreté et son esprit doctrinaire, qui se mit au premier plan ; mais le jeune Pythéas, qui démasqua ses tendances macédoniennes, Stratoclès, Mnesaechmos, Proclès, tous gens de la pire espèce.

^) On n'a aucune raison de supposer qu'Alexandre ait fait des concessions aux Athéniens au sujet des bannis : Arrien (VII, 19, 2) met bien à cette époque la restitution des statues d'Harmodios et Aristogiton ; mais il l'a déjà mentionnée (III, 16, 7) comme ayant été ordonnée à Suse dès l'an 331.

()S0 pouTiorK d'alkxandiu: [IV, 2

seau ». L'organisme naissant d'une jmissance plus efficace envahissait j)eu à peu, par ini progriîs trancjuille mais éner- ^i(|iir, jus(|n*au monde li('lléni([ue, en lui demandant, il est vrai, un grand sacrifice, mais un sacrifice qu'Alexandre s'imposait à lui-même et à ses Macédoniens, et par le(juel il justifiait et expiait Tcruvre qu'il accomplissait.

Un savant célèbre a nommé Alexandre l'homme d'Etat le plus « i^énial ))de son époque. Il était, comme homme d'Etat, ce qu'Aristote était comme penseur. Dans le calme de ses méditations solitaires, le penseur pouvait donner à son système philosophique toute la rig-ueur et la perfection qui n'est possible que dans le monde de la pensée. Si l'œuvre gouvernementale d'Alexandre n'apparaît d'abord que comme une ébauche,où bien des mesures de détail portent à faux, si la façon dont il l'exécuta no semble- avoir été déterminée que par la passion personnelle, l'arbitraire et le hasard, il ne faut pas oublier que ce sont là les premières conceptions qui jaillirent du choc d'événements gigantesques, lesquels se transforment pour lui aussitôt et comme par un essor de son génie, en règles, en organisations et en conditions d'une action ultérieure; il faut encore moins se refuser à comprendre que chacun de ces éclairs de sa pensée ouvrit et illumina des horizons de plus en plus hirges, produisit des frottements toujours plus brillants et des devoirs de plus en plus pressants.

L'insuffisance des documents qui sont parvenus jusqu'à nous empêche notre regard de pénétrer dans le foyer de cette activité, dans le travail intellectuel et moral si intense de celui qui se posait tant d'immenses questions et savait les résoudre. C'est à peine si le petit nombre de renseignements que nous possédons encore nous permet de reconstituer par parcelles le dehors de son œuvre, ce qui s'est fait par lui, ce qui a abouti et est entré dans le domaine des réalités effectives. Ce n'est guère que par l'étendue qu'ils occupent dans l'espace que ces événements nous donnent la mesure de la force qui produisait de tels effets, de la volonté qui les dirigeait, de la pensée d'où ils jaillissaient, en un mot, une idée delà grandeur d'Alexandre le Grand.

11 peut se faire que la première impulsion à laquelle il obéit

Page 1