‹ Histoire de l'hellénismeChapitre 187 sur 231 · OL. cxiv, 1] politique d'alexandre · texte numérisé non relu

OL. cxiv, 1] politique d'alexandre

ait été de poursuivre la grande lutte que son père avait préparée, et de donner la sécurité et la durée à Tempire qu'il conquérait; mais, avec Theureux radicalisme de la jeunesse, il saisit ou il trouva, pour atteindre ce but, des moyens qui surpassèrent ses campagnes militaires en audace et ses batailles en énergie victorieuse.

Son acte le plus hardi fut celui que jusqu'à nos jours les moralistes lui ont reproché avec le plus de sévérité : il brisa l'outil dont il s'était servi pour commencer son œuvre, ou, si Ton aime mieux, il jeta dans l'abîme que devaient fermer ses victoires le drapeau sous les plis duquel il avait engagé la lutte, c'est-à-dire le dessein de satisfaire la haine orgueilleuse des Hellènes contre les Barbares.

Dans un passage remarquable, Aristote désigne comme étant le but de sa Politique « de trouver la forme de gouvernement qui est, nonTa plus parfaite en soi, mais la plus utile ». Quelle est donc, dit-il, la meilleure constitution et le meilleur gouvernement pour la plupart des Etats et pour la plupart des hommes, lorsqu'on ne demande à la vertu rien de plus que la mesure moyenne de l'humanité, lorsqu'on n'exige en fait de culture que ce qui peut être obtenu sans faveur spéciale de la nature et des circonstances, lorsqu'on ne demande pas une constitution réalisable seulement dans le royaume de l'idéal, mais un gouvernement dans lequel la plupart des hommes aient la possibilité de vivre ensemble et une constitution où ils puissent se mouvoir? « L'important, ajoute-t-il, est de trouver une organisation politique telle que, en se développant d'après les conditions données, elle puisse trouver facilement adhésion et sympathie ^ » : améliorer un organisme politique n'est donc pas chose moins difficile que d'en fonder de toutes pièces un nouveau, de même qu'il est tout aussi malaisé de redresser une fausse science que d'en inculquer une vraie. Le philosophe va jusque-là dans son réalisme ; mais, lorsqu'il parle de la plupart des Etats, il ne pense qu'au monde hellénique, puisque les Barbares sont absolument pour lui comme des animaux et des plantes.

*) TOia"JTr,v Toc^iv, r,v paoï'to; ex tcov 'jizy.pyo'j'jùyy xa\ TTetffOiQffOVTat xa^t ôuvtjO'OV- Tat xotvtovsîv (Aristot., Polit., IV, 1, 4 et 11, 1).

(\H2 poLiTiQrr n'ALKXANnm: [IV, 2

Al( xandic aussi a des i(16(^s a])soliini(3iil n'^alisles, mais il ne s'en lient pas aux « condilions donurcs », ou plutôt sos victoiros en ont produit (h nouvellos; 1(î territoire auqu(d il doit adaplor son sysli'me ])oIiti(jue conii>iend les peuples de l'Asie, jus(prà l'Iudus et IMaxarte. Et il a vu que ces Barbares ne sont pas comme des animaux et des plantes, mais qu'ils sont des hommes aussi, avec lenrs besoins, buirs aptitudes, leurs vertus, avec leur manière d'être pleine d'éléments sains, parmi lesquels bon nombre que ne possèdent plus ceux qui ont méprisé en eux des Barbares. Les Macédoniens étaient d'excellents soldats; le roi Philippe les avait formés au métier, et Alexandre, qui déjà avait élevé les Thraces, les Péoniens, les Agrianes et les Odryses à une condition égale, pensait qu'il pourrait aussi donner aux Asiatiques une aptitude et une discipline semblables. La campagne de l'Inde montra dans quelle mesure il y était parvenu. En fait de civilisation hellénique, les laboureurs, les bergers et les charbonniers macédoniens n'étaient guère plus avancés que leurs voisins barbares de l'autre côté du Rhodope et de l'Hémus; et du reste, les Dolopes,lesÉtoliens, les J^lnianes, les Maliens, les paysans d'Amphissa, avaient précisément la même réputation dans les pays helléniques. Et cette civilisation grecque elle-même, si démesurément riche qu'elle fût en fait d'arts et de sciences, quelle que fût son aptitude à développer la souplesse intellectuelle et à exalter les talents personnels, qu'avait-elle fait? Elle avait rendu les hommes plus adroits, elle ne les avait pas rendus meilleurs ; la force morale qui doit servir de base à la vie de la famille, de la société et de l'Etat, elle l'avait, à mesure qu'elle progressait, affaiblie et dissoute, comme des grappes dont, le vin une fois exprimé, il ne reste plus que le marc. Si Alexandre n'avait voulu conquérir l'Asie aux Hellènes e^ aux Macédoniens que pour leur donner les Asiatiques comme esclaves, ils n'en seraient devenus que plus rapidement des Asiatiques, mais dans le plus mauvais sens du mot. Etait-ce donc la domination et l'asservissement qui avait procuré depuis des siècles au monde hellénique, dans une série sans cesse accrue de colonies, une extension toujours plus grande et de frais rejetons toujours remplis d'une vigueur nouvelle?

Page 1