‹ Histoire de l'hellénismeChapitre 188 sur 231 · OL. r.xTv, 1] politiofe d'alexandre · texte numérisé non relu

OL. r.xTv, 1] politiofe d'alexandre

La vie hellénique n'avait-elle pas pénétré jusque chez les Libyens de la Syrte,chez les Scythes aux bords dulacMéotide, chez les tribus celtiques entre les Alpes et les Pyrénées, de la même façon qu'Alexandre voulait maintenant l'étendre sur l'immense continent asiatique*? Est-ce que les mercenaires helléniques, qui pendant si longtemps et en nombre toujours plus grand avaient dissipé leurs forces par le monde, et même trop souvent contre la Grèce, leur patrie, n'étaient pas euxmêmes une preuve que la Grèce leur patrie n'avait plus assez d'espace pour la surabondance de forces qu'elle produisait? Est-ce que la puissance de ces Barbares, que les Grecs croyaient nés seulement pour la servitude, ne s'était pas soutenue, depuis un siècle, presque uniquement par les forces vives que leur vendait la Grèce ?

Certainement, Aristote avait raison d'exiger que l'on continuât à bâtir sur les conditions données ; mais il n'enfonçait pas la sonde de sa pensée assez profondément lorsqu'il prenait ces données telles qu'elles étaient alors, avec leurs côtés faibles et plus que faibles, avec leurs formes devenues intenables-. Le monde hellénique, comme le monde asiatique, avait été brisé par le choc puissant de la conquête macédonienne : par elle s'accomplissait la critique historique d'institutions complètement pourries, vides d'idées et mensongères ; mais ce n'était là qu'un des côtés de la grande révolution qu'Alexandre apportait dans le monde. Les souvenirs et la civilisation de l'Egypte comptaient par milliers d'années. Quelle abondance de perfectionnements dans les arls, d'observations astronomiques, de vieilles littératures, n'offrait pas le monde syrobabylonien I Et dans la ^Taie doctrine des Parsis de l'Iran et de la Bactriane, dans la relig"ion et la philosophie de la région merveilleuse de l'Inde, ne s'ou^Tait-il pas tout un monde de

*) xaTaaîTs-'pa? TV 'Actav *E)>XT,viy.oîç té).ô(7'.v (probablement -ô/.ôg-iv, et non pas y£v£(71v ou sOec.v) — o-j yàp Àr.aTp'.xoJ: Tr,v 'Aa-lav y.aTaopaawv oOok lùCTZtç, apTiayfxa v.oC: Àac^vpov Z'j-rjy'.T.:; àvcATiioro-j (77:apâcai y.a"'. àva<rjsa'7^a'. oiayor,bt\ç, etc. ([Plut.], De fort. Àlejs., I, 5, 8).

2) Que l'on consulte la critique si judicieuse d'Ératosthène (ap. Str.\b., I, p. 66] à propos de l'avis donnépar Aristote à Alexandre : ToîçiJ-b ''E/./.r.T'.v (oç çiXoi? ypTjorôa'., Tot; ôè ^apêâpotç wç TroUfjLs'oiç. Eratosthène remarque : PeÀT-'ov eTvai ocpETT, y.a\ -/.ax-la o'.a'.pôTv Taôra, et ajoute que c'est ainsi qu'agit Alexandre.

i'tH'i i/avknfii nr svsTibiK [IV, 2

rréali()ns(nron ne soupcjonnail pas cl dcvaiiL lesquolles la civilisation iicllcniquc, encore si licre et si salisfaile crelle-mènie, pouvait bien éprouver quel(jue étonnenicnt? En rcalité, ces Asialiijues n'étaient j)as des Barbares comme les lllyriens, les Triballcs et les (jètes; ils n'étaient ni sauvages, ni demi-sanvai^es, ainsi que le » cbauvinismc » hellénique se représentait volontiers tout ce qui ne parlait pas grec; avec eux, les conquérants n'avaient pas seulement à donner, mais aussi à recevoir ; ils avaient à apprendre et à rapprendre.

Et c'était là, pourrait-on conclure, que commençait la seconde partie de la tâche qu'Alexandre s'était imposée,, le travail pacihque, qui, plus difficile que les victoires des armes, devait les justifier en en consolidant les résultats et leur assurer l'avenir.

L'état dans lequel Alexandre avait trouvé son empire, à son retour de l'Inde, devait lui montrer quels défauts s'attachaient à son œuvre trop précipitée, telle qu'elle était encore. La sévérité de ses châtiments pouvait bien écarter les dangers immédiats, garantir par la crainte contre de nouveaux crimes, montrer aux opprimés comme aux oppresseurs qu'un œil perspicace aidé d'une main vigoureuse veillait sur eux; mais le plus difficile était d'habituer chacun à une vie tranquille, à la modération, à Fallure de tous les jours, après dix années pareilles, pleines de changements, d'immenses bouleversements, après toutes les surexcitations des passions^ des prétentions, des jouissances chez les vainqueurs, delacrainte et de l'exaspération chez les vaincus.

Une telle manière de procéder n'était pas, en tout cas, dans le caractère d'Alexandre, et peut-être n'était-elle pas non plus dans la nature des choses avec lesquelles il avait aussi à compter. Le point culminant de sa vie était désormais passé ; le soleil déclinait pour lui, et l'ombre allait grandissant.

Qu'il nous soit permis de mettre ici en lumière les principaux éléments dont se compose le flot grossissant de difficultés qui entrait alors en jeu. A mesure qu'allaient se constituer, sous l'elîort des actes antérieurs et des principes qu'ils portaient en eux, des Etats définis, on voyait apparaître des conséquences, des contradictions, des impossibilités, dans

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