OL. cxiv, 1] troubles dans les cités
lesquelles se révélait « l'autre face » des choses, celle du fait accompli, et tout cela ne faisait qu'imprimer une impulsion plus énergique au mouvement commencé.
Nous avons montré quels furent les résultats politiques de la mesure publiée par Nicanor aux fêtes olympiques. Mais les bannis qui rentraient dans leur patrie avaient possédé des maisons, des champs, qui, après la confiscation, avaient été vendus et revendus. Dans chaque ville hellénique, leur retour était suivi de scandales et de procès de toutes sortes. A Mitylène^ on eut recours à un traité entre les exilés rentrants et ceux qui étaient restés, et, d'après ce traité, une commission générale devait régler les rapports de possession \ A Érésos, on laissa « d'après l'ordre d'Alexandre » les tribunaux rendre justice aux bannis contre les tyrans qui les avaient chassés, contre leurs descendants et leurs adhérents". A Calymna, la décision fut remise entre les mains de cinq citoyens d'Iasos^ Ce sont là les renseignements qui se sont conservés par hasard, mais il était dans la nature des choses que cette même question excitât des troubles pareils dans presque toutes les villes helléniques.
Un renseignement fortuit, de nature analogue, nous apprend qu'Alexandre avait attribué un lot de terre aux soldats qui avaient fixé leur résidence au pied du Sipyle, à Magnésie-la- Yieille ; mais il n'est plus possible de connaître à quelle époque^ ni en quelles circonstances, ni avec quel droit, pas plus qu'on ne peut dire si ces soldats étaient des Macédoniens, des mercenaires ou quelque chose d'autre \ Ce ne fut certainement pas là un cas isolé ; par les monnaies, on voit que des Macédoniens s'établirent à Dociméion et à Blaundos, et des Thraces à Apollonie. Les portions de terres qui furent attribuées à ces colons étaient-elles prises sur les possessions de la ville, ou
1) G. I. Gr.ec., II, n°2166.
2) D'après la grande inscription trouvée par Coxze et commentée par Sauppe {Comm. de duabiis inscr. Lesb.). Le passage est conçu comme il suit: al (xèvxaTaTcov ouyâôwv xpcaetç ai y.ptôeîaat utco AXe^âvôpou xupioi eaTaxrav xa\ (I)v xaTsyva) cp"JYr,v, çsuysTWffav [lèv, àycoyifxoi ôè (xr, saTœffav.
3) G. I. Gr.ec, II, n°2671.
*) G. I. Gr.ec, n° 3137 : c'est une inscription d'une importance capitale pour toute la question de colonisation.
080 |/\|)MIMSIIIA ll(>.N KANS LKMIMMK |IV, 2
faisaicnl-cUos parlic du doinaino royaP? Lani(>mc question se présonlo pour les villes qu'Alexandre fonda et ([ui étaient au nombre de « jjIus de soixante-dix». Puis, quelle conslitution, (|uel droit réglait la silualion de ces colons, par rapport aux anciens luibilants ou aux indigènes qui furent invités à s'établir avec eux dans la ville ? En quoi consistait ou de quoi fut formé le domaine royal? A quel titre Alexandre disposait-il des villes de Cbios, de Gerg-itbos, d'Ela3a et de Mylasa, lorsqu'il oiïrit à Pbocion de s'en choisir une^?
Nous ne savons pas jusqu'à quel point Alexandre modifia ou maintint l'ancien système d'administration, le cadastre perse des impôts, le système traditionnel des taxes. Arrien déclare que le roi, à son retour en Perse, punit avec tant de sévérité, afin d'eiïrayer ceux qu'il avait laissés « comme satrapes, byparques et nomarques^». Etaient-ce là les degrés de la hiérarchie administrative? se répétaient-ils dans toutes les satrapies, ou bien y avait-il, comme l'Egypte semble en fournir un exemple, des systèmes d'administration différents pour les différents territoires de ce vaste empire, un autre peut-être pour les pays syriens, un autre pour ceux de l'Iran, pour ceux de la Bactriane? Était-ce seulement dans les satrapies del'Asie- Mineure et dans les pays de langue syriaque que la caisse et la perception du tribut étaient confiées à des fonctionnaires spéciaux? Il n'est pas davantage possible de reconnaître comment étaient fixés les rapports de ces fonctionnaires avec les commandants militaires dans la satrapie, comment était limitée la compétence des différentes charges, comment on avait réglé leurs appointements aux uns et aux autres. Mais nous apprenons, à propos d'autre chose, que Cléomène de Naucratis, qui
') En ce qui concerne le Domaine, pao-tXrxr, y d) pu et les paai aixoI Xaot qui l'habitent, nous devons les premiers renseignements à Tinscription trouvée à Hissarlik par H. Schliemann {Trojanische Alterthùmer, p. 203).
2) Plut., Phocion, 18.
^) 0(701 aatpdcTîai r, u7iap-/ot yj vo'fxap^at ocTioXetuoivTO ^Arrian., VI, 27, 4). L'explication du titre de nomarque se trouverait peut-être dans le passage où Hérodote (V, 102), parlant de l'attaque des Ioniens sur Sardes, nous montre courant au secours de la place o\ Ilipaat ol Ivtoç "AX-joç TîorafxoO vofjLoùç e^ovreç, car l'absence d'article ne permet guère d'entendre par vo[xo'j; des satrapies, que du reste Hérodote a l'habitude d'appeler par leur nom technique.
3'24 : OL. cxiv, 1] les métaux précieux 687
administrait TArabie égyptienne, put augmenter les droits d'exportation du blé et acheter tous les blés de sa province, pour tirer profit de la cherté qui se faisait sentir à Athènes ; qu'il imposa les crocodiles sacrés, etc. On rapporte qu'Antimène le Rhodien, qui avait obtenu à Babylone un emploi qu'on ne peut clairement déterminer^, renouvelant un usage tombé en désuétude, établit un impôt de dix pour cent sur tous les objets importés à Babylone ; qu'il avait établi, au sujet des esclaves, une assurance qui, moyennant une contribution de dix drachmes par tète, garantissait aux maîtres le remboursement de la valeur de tout esclave qui s'enfuyait. Mais nous n'avons guère plus d'un ou deux détails de cette nature ; nous ne savons pas davantage sur quel pied se trouvaient, au point de vue administratif, les villes par rapport aux tribus (à'Ovr;), aussi bien que les dynastes. États sacerdotaux (Éphèse, Comana, etc.) 2, et princes dépendants.
Un des ferments les plus énergiques qui travaillaient ce monde en voie de formation dut être la masse immense de métaux précieux que la conquête de l'Asie mit aux mains d'Alexandre. Avant la guerre du Péloponnèse, Athènes était devenue la grande puissance financière, parce qu'elle avait dans son Trésor de l'acropole 9,000 talents d'argent monnayé, en dehors des ustensiles d'argent et d'or ; et c'est avant tout à cause de ce trésor qu'elle avait vu s'aiîermir sa prépondérance politique sur les États de la ligue du Péloponnèse, qui persistaient encore à se contenter des échanges en naturel Il s'agissait maintenant de sommes bien autrement importantes. En dehors du butin qu'Alexandre recueillit dans le camp des Perses à Issos, à Damas, à Arbèles, etc., on rapporte qu'il trouva 30,000 talents à Suse \ autant à Persépolis,
1) T,"(xi6Sto; 'A).£|avopo-j vevotxevo; 7:sp\ Ba6-j).tbvoç [[Aristot.], (Ecoilom. , II, 35) : à supposer toutefois que le mot désigne ici une fonction et ne soit pas une leçon corrompue, sous laquelie se cache tout autre chose.
-) Plutarque [Alex., 42) mentionne des instructions données par Alexandre au « Mégabyze » du temple dArtémis à Éphèse.
3) Ta oï -rroXXà toO 7:oXstio-j yvaSfiy) y.a\ -/pr/j-iTtov r.t^'.ojd'.x •/.ç,0L-t\(jb%'. (Thucyd., II, 13, 21. — a-jxo-jpyo'. tî yap s'.atv o\ nî/.07:ovvr,'7'.0'. y.a"; o-jts :o:a ojtî h y.O'.'fià yç.r,u.x-i Ècttiv tx-JZoXç (Thugyd., I, 141, 3 .
*) Diodore (XVII, 66) évalue autrement la somme. Il compte « plus de
(;88 C.IRCIILATKJN F)ll MIMIÔUAIHIO [IV, 2
(),()()() à l*asar{:^a(le, et (rjuilrcs soniincs encore à Ecbalane ; on prétend qu'il (léj)osa dans cette dernière ville 180,000 lalents. On ne dit ])as ce qu'il recueillit par surcroît en usiensiles d'or el d'argent', en pour|)re, en pierres jjrécieuses, en joyaux, etc., ni ce qu'il y ajouta dans les satrapies et dans l'Inde.
Sans doute, il n'est pas question de fonder sur ces chillres une évaluation statistique des masses d'or et d'argentqui, par la conquête d'Alexandre et dans le cours de dix années, furent remises en circulation. Mais, quand la nouvelle puissance royale qui régnait maintenant sur l'Asie donna la volée à ces richesses jusque-là ensevelies, lorsqu'elle les laissa déborder de son sein, comme le cœur projette le sang, il est facile de comprendre que le travail et le commerce les répandirent, par une circulation de plus en plus rapide, à travers les membres longtemps ligaturés et ilétrisde l'empire; onvoitcommcnt, par ce moyen, la vie économique des peuples, dont la domination perse avait sucé les forces comme un vampire, dut se relever et prospérer. Il est vrai qu'à ces avantages étaient inévitablement liés une élévation des prix^, un déplacement de l'ancien centre de gravité du négoce international, l'abaissement du bilan commercial pour les places dont il s'éloignait^, circonstance qui expliquerait peut-être bien des phénomènes
40,000 talents d'or et d'argent non monnayé, plus 9,000 talents '/çi-j(jo\t yapxy.ir^çioi. oapecxov s'/ovia ». Plus loin (XVII, 71), il dit qu'il a été trouvé dans les Ôr^^aupoî; de Persépolis une somme de 120,000 TaÀàvxwv si; àpyupto-j Xoyov àyop-évou toO -/(^Çi'ja'.o'j.
^) On trouva, par exemple, à Suse 5,000 talents d'étoffes de pourpre, qui y avaient été amassées depuis 120 ans et qui étaient encore dans toute leur beauté et leur fraîcheur (Plut., Alex., 36).
2) C'est le cas de rappeler ici un fait mentionné plus haut (p. 155, 1), à savoir que, d'après le rapport en reddition de comptes fait par Lycurgue, on pou- A^ait acheter à Athènes de lor avec de l'argent dans la proportion de 1 : H , 47; tandis qu'au temps de Philippe le rapport était de 1 : 12, 51 et de 1 : 12,30 au début du règne d'Alexandre.
3) Par exemple, pour Athènes, dont le privilège pour l'entrepôt des grains, déjà contesté antérieurement par Byzance (Demosth., Bepacc, § 25) et par Rhodes (Ltclrg., In Lcocrat.. § 18), se trouvait maintenant compromis au profit de Rhodes parles grandes spéculations faites sur les grains en Egypte par Cléomène ([Demosth.,] In Bionysodor., § 7-10). A. Schafer a conclu avec raison de l'expression KX£0(x£vouç toO ev xr, AlyuTïTO) ap|avïo;,que le discours a été écrit vers 322/1.