OL. cxiv, 1] l'argent substitué aux prestations
survenus au cours des années suivantes clans les pays depuis longtemps helléniques.
Au rapport d'Hérodote, le rendement des tributs dans l'empire perse, pour l'impôt foncier, était de 14,560 talents cuboïques. Une indication, qui ne remonte pas, il est vrai, à une source bien sùrc, porte à 30,000 talents le rendement des tributs dans la dernière année d'Alexandre, et ajoute qu'il ne se trouvait plus dans le Trésor que 50,000 talents ^ Ce qu'il y avait de plus écrasant, du temps des Perses, c'était le nombre infini des prestations en nature ; car, rien que pour la cour royale, on les a évaluées à 13,000 talents par an, et chaque satrape, chaque hyparque et dynaste suivait dans sa circonscription l'exemple du Grand-Roi. Certains indices portent à croire qu'Alexandre abolit le système des prestations en nature^; le séjour de la cour royale devait maintenant faire prospérer une ville ou un pays, autant que la présence du Grand-Roi l'épuisait jadis. La pompe dont le roi s'entourait, parliculièrcment dans les derniers temps, ne pesait plus sur les peuples, mais activait, au contraire, le commerce et accroissait la prospérité. S'il est vrai, comme on le dit, qu'il envoya en lonie l'ordre d'acheter toute la provision d'étoffes de pourpre qui s'y trouvait, afin de se vêtir, lui et toute sa cour, il est permis de conclure de ce cas particulier à plusieurs autres semblables. Il va de soi que de même les satrapes, les stratèges et autres fonctionnaires n'étaient plus défrayés dans les provinces par voie de prestations en nature, et que leurs émoluments, proportionnés à leur grade, étaient assez élevés pour leur permettre de vivre avec éclat. Quoi qu'on puisse dire de leurs dépenses souvent insensées, du moins, ce qu'ils dépensaient, ils le donnaient à gagner. Par de riches présents, tels
') Justin (XIII, 1) dit qu'à la mort d'Alexandre : crant in thcsmais quinquaginta miliia talentum, et in annuo vectigali iribiito tricena milUa
-) L'auteur des Économiques attribuées à Aristote dit (II, 39) que le Rhodien Antimène avait enjoint aux satrapes sur le domaine desquels passaient des troupes de touç Or^TaupoùçToù: T^apàxà; ooov; àva7rAr,po0v xaTa xôv voaov xbv TY); x^poLç, et qu'il prenait ensuite dansées magasins pour vendre aux troupes ce dont elles avaient besoin. C'est à peu près au même système que reviennent les prestations volontaires obtenues par contrainte qu'imagina Philoxénos {ibicL, II, 32).
(*)!)() MiMiicKNci: d'alkxandhk . |IV, 2
que celni (|ii'il lil «l'un l.ilriit p.ir Irle aux vélérans qui s'éloii;naiiMil d'Ojjis pour rculrcrdaus Unir pairie, le roi avait soin défaire eu sorte (pie les Iroupj'S, surtout celles (|ui avaient fini leur service, [)usseut ainsi vivre à Taise; el, lors(|U(; le soldat dépensait plus qu'il ne possédait, ce qui arrivait assez souvent, le roi payait ses dettes avec une libéralité inépuisable. On sait assez qu'il avait toujours la main ouverte pour les poètes, les artistes, les philosophes, les virtuoses, pour toute sorte de recherche scientifique ; quand on entend dire qu'Alexandre mit la somme de 800 talents à la disposition d'Aristote, pour Taîder dans ses recherches sur Thistoire naturelle, on serait porté à douter de la vérité de cette assertion si l'ensemble de sa vie ne la rendait pas facile à comprendre.
On peut du moins rappeler ici les grandes bâtisses entreprises par Alexandre, celles dont il est fait çà et là mention dans les auteurs; telles sont la restauration du système des canaux babyloniens, le curage des fossés de décharge du lac (^opaïs*, la reconstruction des temples tombés en ruine dans rilcllade, ouvrage auquel il consacra, dit-on, 10,000 talents^ la construction de la levée près de Clazomène et le percement de l'isthme depuis cette ville jusqu'à Téos, ainsi que bien d'autres travaux ^
En voilà assez pour faire remarquer quelle importance eurent les succès d'Alexandre au point de vue économique*. Peut-être, sous ce rapport, n'a-t-on jamais vu depuis l'influence d'un homme produire une transformation si soudaine^ si profonde et sur une étendue aussi immense. Cette transformation ne fut pas le résultat d'un concours de circons-
^) 0. MuLLER, Orchomenos, p. 57.
2) [Plut.,] De fort. Alex., II, 13.
3) C'est à dessein qu'il n'est pas parlé ici du système monétaire d'Alexandre, de l'unité d'étalon qu'il introduisit dans son empire, de la quantité extrêmement remarquable de types de monnaies, etc. L'excellent recueil de L. MuLLER {Numismatique d'Alexandre le Grand, 1855) a ouvert des points de vue qui, sans être partout à l'abri de la critique, ont leur importance au point de vue des études historiques.
*) O'j vàp ).r,i7Tpixcoç xr,v 'Aatav y.aTaopafjLwv oOoÈ ÔjcttcP apuay[j.:z v.'x: /.ây-jpov £'jrjy''a; àvsATriTVO..' CTTrap^Eat, y.a\ àvaTupacrOai otavor,Os\;... àÀX'ivô: -jTîvxoa Aoyo'j Ta Ètï'. Y>'i; '^''^'' {J-'.a; Tco).'.Tî''a:, i'va 'jr^]i.ov àvOpcouou; aTcavxa? aTio^riVa'. Pouaoixevoç, oG-to;, etc. ([Plut.,] De fort. Alex., I, 8).