OL. cxiv, 1] voies ouvertes au commerce
lances fortuites, mais, autant qu'on peut en juger, elle fut voulue et poursuivie avec pleine conscience du but. Lorsqu'une fois les populations de TAsie furent réveillées de leur torpeur^ lorsque l'Occident eut appris à connaître et à réclamer comme un besoin les jouissances de l'Orient, et l'Orient les arts de TOccident; lorsque les Occidentaux restés dans l'Inde ou dans la Bactriane, et les Asiatiques de toutes les satrapies réunis à la cour ne firent que désirer avec plus d'ardeur, au milieu de tous les objets qui leur étaient étrangers, ceux qui leur étaient familiers dans leur pays ; lorsque le mélange des usages et des besoins les plus divers, poussé jusqu'au faste le plus luxueux à la cour du roi, fut devenu une mode qui domina plus ou moins dans les palais des satrapes, dans les maisons des grands, dans toutes les classes de la société, alors le besoin de grandes et actives transactions commerciales se fit immédiatement sentir, et il fallut avant tout ouvrir à ce commerce les voies les plus sûres et les plus commodes, lui donner de la suite et de la régularité en échelonnant sur le parcours une série de centres importants. Dès le commencement de ses fondations et de ses colonisations, Alexandre associa toujours cette préoccupation aux considérations d'ordre militaire, et la plupart de ses villes sont restées jusqu'à nos jours les centres de commerce les plus importants de l'Asie, avec cette différence qu'aujourd'hui les caravanes sont exposées aux surprises des pillards et à l'oppression arbitraire du pouvoir, tandis que, dans l'empire d'Alexandre, les routes étaient sures, les rôdeurs des montagnes et des déserts étaient tenus en respect par la crainte ou forcés à se fixer aussi dans une résidence, les fonctionnaires royaux étaient obligés et disposés à faciliter et à assurer les relations commerciales. La marine marchande sur la Méditerranée s'accrut aussi d'une manière extraordinaire, et, dès ce moment, Alexandrie d'Egypte commença à devenir centre du commerce pour les pays méditerranéens, commerce qui, d'après les plans du roi, devait bientôt être assuré contre le brigandage des pirates étrusques et illyriens. Ce qui agissait avec une efficacité particulière, c'était le zèle infatigable que mettait le roi à ouvrir de nouvelles communications par voie de mer.
Gî)2 M SION I)i:S NATIONAI.ITKS [IV, 2
Hélait (li'jà [)aiV(Miii à Iroiivci' la roule par mer cnlrc rindiis et riMipliralc cl h^ Tiii^re ; la loiidation de sillcs ln'lléni(jiie.s avec (les poris à rcmboiicliurc do ces llciives donna au comnu'i'cc des points d'appui suflisanls. Nous pai'Ierons plus loin do ce «lu'AJcxaudre lit pour activer ce mouvement, pour créer des iclalions conmicrciales inuiiédiales entre l'intérienr de la Syrie et remhoucliure des rivières, de la mémo manière qu'il l'avait fait entre les bouches de Tlndus et le bassin supérieur du fleuve; comment il projetait] la découverte d'une route maritime continuant la j)remi('re, partant du g^olfe j^ersiquc, tournant la presqu'île Arabique et arrivant dans la mer Rouge jusque dans le voisinage d'Alexandrie; comment il avait l'intention d'ouvrir une route militaire et commerciale allant d'Alexandrie d'Egypte vers l'Occident, le long de la côte méridionale de la Méditerranée ; enlin, comment il donna l'ordre de construire des vaisseaux dans les forêts de FHyrcanie, dans l'espoir de trouver une communication de la mer Caspienne avec l'Océan du nord, et plus loin avec l'Océan indien.
11 y a encore un autre point de vue qui mérite d'être noté ici, c'estle commencement de la fusion des nationalités. Alexandre en faisait à la fois le moyen et le but de son œuvre de colonisation. Dans l'espace de dix années, tout un monde avait été découvert et conquis; les barrières qui séparaient l'Orient da l'Occident étaient tombées, et les routes qui devaient mettre dorénavant en communication les contrées du levant et du couchant étaient ouvertes. « Comme dans une coupe d'amour, dit un écrivain ancien, étaient mêlés les éléments de toute nationalité ; les peuples buvaient en commun à cette coupe et oubliaient leur vieille inimitié et leur propre impuissance* ». Ce n'est pas ici le lieu d'examiner quels furent les résultats de ce mélange des races ; elles sont l'objet de l'histoire des siècles suivants : mais on reconnaît déjà dans leur début les tendances qui se développèrent ensuite dans les arts, les sciences, [la religion, dans toutes les branches du savoir et du
or/.o'jixévrjV r,y ôïcr6 ai Tip ocrera ;£v ndcvxa;, etc.. ([Pllï.,] De fort. Alex., I, 6).